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 alcool et vieille connaissance

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Message(#) Sujet: alcool et vieille connaissance Dim 11 Fév - 0:19


 
alcool et vieille connaissance

 

Qu'est-ce qui avait poussé Veronika à franchir la porte du bar? La fatigue, le stress... la solitude. Oui, la solitude. La rouquine avait beau jouer les dures, elle se sentait terriblement seule. Depuis la mort de son frère, elle ne s'était plus jamais liée à qui que ce soit. Elle aimait beaucoup Sara, certes, mais c'était la seule avec qui elle parlait vraiment, pour le moment. Et la jeune femme n'était pas spécialement bavarde, d'ailleurs. Ce soir, c'était elle qui gardait Wolf. Il était rare que Veronika se passe de son chien, notamment parce que devenue à moitié sourde depuis l'accident ayant coûté la vie à son frère, elle avait besoin de lui pour entendre à sa place. Elle avait bien un appareil, que ses parents lui avaient payé, mais elle l'utilisait peu. Même s'il était discret, il fallait penser à charger la pile, à le régler sur la bonne fréquence et à prendre garde à ne pas le perdre, ce qui l'agaçait plus qu'autre chose. Ce soir, elle l'avait prit avec elle. Il n'était pas prudent qu'elle sorte seule sans le mettre. Elle entendait la voix de Jon lui dire fais attention à toi, un minimum au moins, que je n'ai pas à venir te hanter la nuit! Elle soupira en commandant un nouveau verre de vin. Le quatrième depuis une demi-heure. Même si elle avait l'habitude de boire, elle ne supportait malgré tout pas très bien l'alcool, même si en soi le vin n'était pas ce qu'il y avait de plus fort. Elle savait qu'elle le regretterait le lendemain matin, mais tant pis. Pour l'instant, elle voulait juste oublier. Oublier que son frère lui manquait, que sa vie s'était arrêtée quand il était mort, que ses relations plus ou moins amicales ne ressemblaient pas à grand chose et que sa vie sentimentale, à 30 ans, était aussi plate que celle d'une gamine de treize ans.

Elle baissa la tête, regardant au fond de son verre, l'air hagard. Elle essayait de ne penser à rien, mais son esprit vagabondait. Sa vie défilait devant ses eux: que faisait-elle d'utile actuellement? Son rôle au Refuge était-il si important que ça? Les Réfugiés n'avaient-ils pas d'autres gens sur qui compter, autres qu'humains? Elle n'avait aucun autre pouvoir que celui de les soutenir et de les écouter. Et ce soir, elle doutait que ce soit si important. Elle prit une grande gorgée de son verre, ignorant les gens autour d'elle, ignorant le barman qui lui demanda si elle était sûre de vouloir continuer à boire, ignorant tellement un gars qui vint l'aborder qu'elle le vexa suffisamment pour qu'il quitte le bar énervé... Plongée dans ses pensées, hors du monde, elle ne regardait rien d'autre que son verre, le bar ou bien ses mains, ne faisant absolument pas attention aux gens qui rentraient et sortaient, si bien qu'elle ne remarqua pas qu'à l'instant où elle commanda à nouveau un verre, de whisky pour changer un peu, une vieille connaissance passait la porte...

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Dernière édition par Veronika Faure le Sam 17 Fév - 13:05, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: alcool et vieille connaissance Jeu 15 Fév - 6:21

On est bien peu de chose, n'est-ce pas, félin.

(Il pourrait presque entendre le fauve ronronner dans sa cage)
Son pas se fait plus lent au fur et à mesure qu'il s'approche des portes. Du monde, voilà ce qu'il sent. Les allées et venues, départs et arrivées, quoi d'autre. Son souffle se fait soudain, avant de redevenir ténu. Il n'est pas là par hasard, comme quelqu'un qui chercherait un peu de contact anonyme le temps d'un soir. Au contraire, on peut lire sur ses traits l'expression complètement avouée de vouloir retrouver une personne en particulier. Mais particulier est peut-être le mot de trop.

Un lion sur son tabouret, la mine rabougrie, le regard perdu dans l'ambre liquide. Un raclement de gorge, la voix caverneuse et les sens tapis quelque part dans toute cette vase transparente. Quelques caresses dans la crinière fauve et tout termine sur les pavés verticaux d'une ruelle. Plaisir et chaleur. Désir brut et sauvage qui ferait tirer la grimace de la peur sur les visages non-initiés. Mouvement des corps transits qui chaufferait le cœur du plus froid des hommes.

Ou bien un tigre et sa maitresse aveuglée, trop insouciante pour se douter de ce qu'elle est. Les crins d'un violon entre l'étau de ses mains, félin blanc balafré de noir, les yeux fixant l'obscurité et son humaine qui se laisse applaudir sous la félicité du pianiste. Quelques mots glissés au creux de l'oreille, économes et puissants, mielleux et aguicheur. Une promesse dénouée au fil de l'eau et le partage d'une nuit à travers les draps de soie.

Cela aurait pu être n'importe quoi, n'importe qui. Homme, ou femme. Chat, ou chien. C'est la pensée de rencontrer un peu de délice entre les tabourets de la pleine lune que le mélomane traverse la porte, laisse passer une inconnue, armé d'un de ses sourires charmants dont lui seul à le secret, avant d'emboiter le pas dans les tréfonds du bar. Sur place, son regard balaye l'assemblée comme si le monde lui appartenait, et c'est avec complaisance qu'il entend trois faiseurs de son s'atteler à la musique de fosse des lieux, dans l'angle au fond du restaurant. Trio pour piano en mi bémol, Schubert. Classique. Il aurait pu être à la place du pianiste. Un geste à la naissance du nœud de sa cravate fait se rehausser le col blanc puis l'assurance. Alors qu'il perce la foule en deux, le parfum d'une inconnue à table fait cesser son pas. Silence. Lentement, son visage se tourne de trois-quart. Une cascade rouge feu, éclatante sous les lumières artificielles qui paraissent bien pales à côté, tombe sur les épaules laiteuses d'une femme un peu trop proche de son verre.

Une sorte de satisfaction extrême (de celles que l'on ressent dans les moments de surprises agréables et incroyables) s'accapare l'attention musicienne. Sans brusquer sans effrayer, il tire une chaise vers l'arrière pour y asseoir son poids souverain, faisant face à la crinière écarlate qui encadre le pourtour d'un visage bien connu. Toujours les mêmes lunettes, à ce qu'il voit.

"Quelle surprise,"

Il brise le silence sacré de l'alcoolique et c'est assez. Assez pour lui laisser le temps d'examiner la scène d'un œil rapide : au vu son état, elle n'en est pas à son première verre (et encore, il ne se doute pas qu'elle vient de s'enfiler une bouteille complète de vin juste avant). Du whisky ? Un autre genre. Attendait-elle quelqu'un pour sembler attablée aussi longtemps ? Il ne la connait pas comme ça, du style à attendre. (Elle est plutôt de ceux qui se servent) Et peu de chances qu'elle l'ignore, Solel sait user des timbres de voix réveilleurs et effrontés, suffisamment pour pouvoir tirer les léthargiques de leur sommeil factice.
La revoir elle. Parmi tant d'autres. Son fauve s'éveille, cligne par deux fois des yeux, sentant la chair humaine se dévoiler sous ses naseaux.

Tournant le goulot de la bouteille de sorte à lire l'étiquette, son sourire se fait plus marqué, plus taquin. On ne choisit pas n'importe quel scotch en Écosse.

"Single malt. Tu aurais dû m'appeler plus tôt."
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Message(#) Sujet: Re: alcool et vieille connaissance Jeu 15 Fév - 13:10


alcool et vieille connaissance


Tu as un problème avec l'alcool, lui disait parfois Sara. C'était probablement vrai. Elle aimait l'alcool plus que de raison et il y avait toujours une bouteille quelconque chez elle. Pendant plusieurs mois, après la mort de son frère, elle s'y était réfugiée, en silence, sans que personne ne le sache, parce qu'elle se débrouillait toujours pour être seule, ou pour avoir un prétexte afin d'aller décuver ailleurs que dans la maison familiale. Quand elle avait fini par déménager, elle avait gardé cette soupape de sécurité malsaine, comme un vieil ami qu'on retrouve quand on ne va pas bien. Et les soirs où elle ne buvait pas au moins un verre étaient rares. Cela lui importait peu: elle n'avait pas l'alcool mauvais, elle n'embêtait personne et elle savait ses limites. En tous cas, elle se persuadait de ce dernier point, comme tout bon alcoolique en est persuadé. Qu'importe. Elle n'avait personne à inquiéter suffisamment avec ça: ses parents étaient loin désormais, leur famille restait soudée, ils s'écrivaient régulièrement, d'ailleurs elle savait qu'il allait falloir qu'elle appelle sa mère, demain, cette dernière ayant essayé de la joindre ce matin, sans succès: pas envie de répondre, pas envie de parler, pas envie de feindre la joie, pas envie de quoi que ce soit. Dépressive? Pas vraiment. Lâche, parfois. Fuyante. Trouillarde comme un moineau, elle qui avait été, avant, sociable et joyeuse, débrouillarde et passionnée,  n'était plus qu'un petit animal terré, qui semblait vouloir disparaître. Alice n'était plus. Veronika avait prit sa place. Ce deuxième prénom, c'était sa manière à elle d'effacer comme elle le pouvait son passé. Sa culpabilité. Cette pourriture qui la rongeait de l'intérieur et qui, parfois, faisait ressortir en elle un désir de vengeance si violent qu'elle préférait s'éteindre à coup de quelques boissons. Si elle avait été métamorphe, nul doute que son animal l'aurait détestée d'agir ainsi. Mais elle n'était qu'humaine. De la chair fraîche pour bon nombre d'êtres cherchant repas facile. Ce qui ne l'empêchait pas d'être au centre de leurs actions. Il lui restait au moins ça: l'envie d'être présente pour ceux qui sont comme était son frère. Elle ne l'avouerait jamais, mais elle était envieuse de leurs conditions. Elle aurait aimé, elle aussi, pouvoir s'échapper de son enveloppe corporelle, laisser la place à un autre pour quelques heures. Mais elle vivait seule avec elle-même et certains soirs, comme celui-ci, elle ne le supportait plus.

Complètement hors du monde, elle ne remarqua même pas que quelqu'un s'asseyait près d'elle. Lorsqu'une voix se fit entendre, tout son corps se tendit. L'espace d'une seconde, elle eut peur de s'évanouir tant elle fut parcourue par plusieurs sentiments différents à la fois: la surprise de le voir ici ce soir, l'angoisse de devoir parler à quelqu'un (d'autant plus à lui), le désir que deux simples mots de sa part déclenchèrent - Solel. Sans même le regarder, elle le reconnut. Elle l'aurait reconnut entre mille. Elle n'avait pas su dire pourquoi, quelques années en arrière, c'était lui qui avait brisé sa solide carapace de solitude et pourquoi depuis, elle n'avait plus laissé s'approcher personne. Non pas qu'elle s'en soit entichée, on ne tombe pas pour une personne en une seule nuit, en tous cas pas selon elle. Mais il avait touché quelque chose. Réveillé une certaine sensibilité. Elle avait plié sous ses doigts, il avait obéi sous les siens. Elle avait espéré ne jamais le revoir, d'ailleurs elle s'était enfuie en plein milieu de la nuit (il l'avait laissée partir - pourquoi en aurait-il été autrement?) parce qu'elle savait qu'il était conscient de sa faiblesse, mais c'était sans compter qu'ils vivaient dans la même ville et qu'il était obligatoire qu'ils se recroisent un jour. Elle était même étonnée qu'ils ne se soient pas revus avant. La vie, parfois, faisait des détours étranges. Toujours était-il qu'ils n'avaient plus fait chemin commun. Si cela avait été le cas, peut-être qu'Alice serait toujours là, ou peut-être pas. Peut-être était-elle destinée à se fermer. A lui, à d'autres. A tous. A elle-même, aussi. Quand il prit la bouteille et lui parla comme à une vieillie amie, elle ressentit un certain soulagement. Il ne l'avait pas oubliée. En tous cas, il n'avait pas oublié Alice. Car il ne la connaissait pas autrement. Elle se sentit mal à l'aise, aussi. Un doux mélange des deux. Sentiment doux-amer de retrouvailles craintes, mais finalement tellement désirées malgré elle. Elle se retourna légèrement, juste assez pour le regarder du coin de l'oeil. Et elle lui sourit. Un sourire à la fois taquin et tendre. Ils ne s'étaient plus vus depuis cinq longues années, mais c'était comme s'ils ne s'était écoulé que quelques jours.

Je suis partie sans ton numéro.

C'était vrai. Ils n'avaient rien échangé. Peut-être l'auraient-ils fait si elle était restée - mais elle avait prit ses jambes à son cou. Elle avait laissé sa tristesse dans les bras du musicien pendant un instant, puis était repartie avec en le quittant. Elle ne voulait pas le revoir - ou alors, elle le voulait trop et avait préféré abandonner avant de se laisser trop aller. Toujours était-il qu'il était à côté d'elle, ce soir. Et elle était alcoolisée, encore. L'histoire se répétait. Apparemment, il fallait vraiment une suite, qu'elle avait interrompue quand elle utilisait encore son premier prénom. Elle fit volte face un instant, levant les yeux au ciel, sachant pertinemment qu'elle n'éviterait par la conversation - en avait-elle envie, de toutes façons? Se redressant sur son siège, elle se plaça enfin bien en face, lâchant un instant le verre qui lui servait de compagnon jusqu'à présent.

Bonsoir, Solel.

Nouveau sourire. Au fond, elle était vraiment heureuse de le revoir. Un peu - complètement perdue, mais heureuse.



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Dernière édition par Veronika Faure le Mar 20 Fév - 17:58, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: alcool et vieille connaissance Mar 20 Fév - 0:53

Le schéma était le même et paraissait condamné à se répéter inlassablement, tournant encore et encore, infernal. Une table. La bouteille. Un verre vide prêt à se remplir. Le crin rouge et flamboyant tombant des épaules avachies. Et puis ce visage familier. Cet air particulier, affleure la mélancolie à une sorte de léthargie momentanément du corps. Peut-être cet état de fausse ébriété avait rendu l'échange possible. Non, elle ne l'a pas ignoré. Ni viré. Elle a relevé la tête, et a souri. Puis elle a salué, comme si c'était une vieille connaissance qu'elle venait de voir apparaitre après des années d'absence. On n'en était pas loin.

Elle n'a jamais pris la peine de demander un moyen de le joindre à nouveau. Non, elle avait son nom sur les lèvres, et c'était tout ce qu'il lui fallait. Pendant le temps d'une danse à minuit au creux des draps de soie, les corps chauds et désireux, à vif comme si on avait ouvert la plaie, s'étaient mélangés et apprivoisés. La panthère avait failli à sa tâche d'être sauvage, avait laissé la cascade rouge s'imprégner d'elle pour la faire sienne quelques heures. Des soupirs, querelles silencieuses échangées sur l'oreiller, bien peu de paroles et des non-dits, la soif d'avoir et de posséder. Il s'était laissé faire, le pianiste. Doucement, avec langueur et patience. Attablé comme il l'était maintenant, écoutant la complainte humaine d'une oreille qui se traduisait par attentive. Au fil de l'eau la présence féminine s'échouait, penchait de la tête après quelques verres puis laissait la fermeture de ses iris l'endormir dans un bonheur éveillé, éphémère et abandonné à la charge du premier homme qu'elle avait attrapé. On ne saurait dire à quoi pensait Phoenix cette nuit-là. Beaucoup de choses passèrent entre les gestes et les mots, mais peu d'intentions furent révélées. Peut-être parce que... il n'y en n'eut pas. Peut-être parce qu'ils avaient cherché la même chose. Oublier qui ils étaient, mentir sur une identité le temps d'étreintes brûlantes. Après avoir fait ployer sa proie, il avait étendu le corps pour accepter le flot des caresses sur son torse puis ses hanches, alors qu'un poids nouveau et brûlant se confondait avec son envie dressée. Oubliant leur nom et leurs buts la nuit d'un temps, abaissant les gardes et entamant la marche sur le fil funambule, ils avaient appelé l'autre comme on supplie pour avoir plus. Sons de bien-être mêlés et saccadés, il se souvient des mouvements et de la façon dont il a contemplé avec désir une humaine dépourvue d'animal, comme si elle lui appartenait de droit. Comme si le monde était à ses pieds, et que cette femme en avait été le trophée. Un dernier grondement avait signé l'accord, la promesse muette et tacite, implicite. Oui, je suis à toi. Oui, regarde-moi. Oui, touche-moi.

Non, oublie-moi.

Et puis la présence avait disparu, sans laisser de traces. Les pas prirent la fuite sous l'oeil clos du pianiste, mais pas ignare. Rares étaient les fois où les choses se passaient en ce sens ; il avait toujours été le premier à disparaitre. Cette nuit fut marquante, et le fait qu'il n'ait pas su se rendormir plus tard n'a fait qu'ajouter un peu plus d'insatisfaction à cette étrange équation sans réponse. Que s'était-il passé, exactement ?

Bonsoir, Solel.

Bonsoir, dit-elle. La courbe d'un sourire redresse la pointe de ses lèvres. Des lèvres qu'il connait, qu'il a gouté, qu'il a palpé de la pulpe de ses doigts. Ont-elle toujours la même saveur qu'autrefois ? Elles s'inclinent avec calcul et souplesse. La boisson n'agit pas. Le faiseur de son cligne des yeux, chassant les pensées qui dérivent et butent à la lisière vocale. Quel mot choisir face à une personne dont on n'est pas certain de la lucidité. (Pourquoi ne t'aie-je pas revue plus tôt) Ses coudes se posent contre table. (Tu avais mon nom) Et les phalanges s'entrecroisent comme une lourde promesse. (Moi je n'ai pas oublié le tiens) Un sourire éclaire le doute qui aurait pu venir voiler son visage. La mélodie poursuit son cours et noie les abysses eux-mêmes. (Où étais-tu) Prise de parole avec un timbre de voix chaud, douillet.

"Je croise bien des gens entre les murs de ce bar, mais je dois avouer que t'y rencontrer ne faisait plus partie de mes prévisions depuis longtemps." Ce n'est pas un fait qu'il regrette, on peut le lire sur l'expression faciale qui indique la complaisance. Sa panthère se tait, mais un aguerri l'aurait surprise en train de rouler sur le dos pour ronronner. L'épine dorsale du pianiste ne chatouille pas le dossier de sa chaise, au contraire ; son buste s'est avancé pour réduire la distance entre les visages interlocuteurs. "Raconte-moi ce qu'est devenue Alice. La dernière fois que je l'ai aperçue, je l'ai entendue fuir par le terrier du lapin blanc pour y rejoindre son pays des merveilles. Ô combien j'imagine qu'il devait être doux et tentant." Plus tentant que moi. Haussement des épaules sous l'effet du rire interne qui rebondit d'une côte à une autre. "Et elle n'est jamais revenue. Dois-je croire qu'elle a trouvé ce qu'elle cherchait ?"

Un signe de tête, signal équivoque, appela un serveur qui distribua un deuxième verre. Tintement contre la table, clair et net. Limpide. Il reste de l'ambre en bouteille et le félin soulève le goulot pour se servir jusqu'à la dernière goutte. M'accompagneras-tu, partenaire de levé de coude ? Il est dit dans les contes de Carroll que la plus sensée des personnes se trouve dans celle qui voit trouble.
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Message(#) Sujet: Re: alcool et vieille connaissance Mar 20 Fév - 19:07


alcool et vieille connaissance


Silence, quelques secondes, suffisantes pour que leurs regards se croisent et que les souvenirs reviennent. Puis il prit la parole; c'est toujours le même timbre de voix. Malgré son ouïe, déjà abîmée à l'époque, elle ne l'a jamais oubliée. Il avait cette manière particulière de parler: chaude, posée, à la recherche des mots justes, non pas par empathie, mais par désir de contrôler, pour capturer sa proie et la posséder toute entière. Ses pensées s'égarèrent jusqu'à Sara, qui faisait parties de ces femmes fuyant les prédateurs comme Solel. Car il en était un, elle en était persuadée. Il avait eu cette manière fascinante de se déplacer vers elle, puis de la toucher; cette manière particulière de se mouvoir près d'elle, contre elle, en elle. Il était humain, mais humain sans l'être. Il avait fait taire sa partie sauvage, elle l'avait recherchée, prédatrice elle aussi. Elle ne portait pas d'animal en elle et pourtant, elle était capable de comprendre ce qu'il pouvait ressentir: telle une latente dont la bête ne pouvait jamais sortir, c'était elle-même qu'elle gardait en cage. Avant la mort de son frère, elle faisait partie des humains qui dominaient, calmement, tout en douceur et en tactique, mais qui s'imposaient et qui obtiennaient. Elle avait été l'indépendance même, enchaînant les histoires sans qu'elles ne soient sérieuses, parce que sa liberté l'intéressait plus que le reste. Après la disparition de Jonathan, elle avait noyé son animal inexistant. Pendant presque cinq ans, elle avait déversé tant d'alcool dans ses veines qu'elle avait empoisonné Alice, la faisant disparaître sous des flots d'angoisse et de douleur. Et puis il était arrivé et il avait tout fait exploser. Disparues les barrières, disparue la peur de se livrer. Il avait déplacé la bonne pièce, ouvert la bonne porte, il était entré si facilement que c'en avait été fracassant. Telle la mer qui s'éclate contre la roche quand le vent est trop fort, Alice s'était écrasée de plein fouet contre le pianiste. Il avait prit pour les autres. Il avait reçu ce qu'elle ne savait plus donner. Leur échange avait été si passionnel qu'il aurait pu paraître violent aux yeux des autres. Mais de cette force dont il avait fait preuve, elle en avait besoin. Il n'avait pas été brutal. Il avait juste su exactement où poser ses marques pour dévoiler ce que personne d'autre ne saurait voir. Les réaction du corps avaient été presque extrêmes, la jouissance semblable à nulle autre pareille. Elle aurait pu s'allonger et se plonger dans un sommeil réparateur, mais elle avait prit ses jambes à son cou dès qu'elle en avait eu l'occasion, terrorisée à l'idée de réitérer l'expérience. Elle n'avait pas eu le temps de comprendre ce qui s'était passé, elle avait simplement rencontré la seule personne qui semblait capable de passer au travers de la carapace... et elle n'avait pas été capable de le supporter. Elle était partie sans laisser d'adresse. Elle n'avait pas regretté de ne jamais l'avoir revu, même si elle avait souvent pensé à lui - on n'oublie pas une pareille étreinte. Ce soir, il était là, en face d'elle et entendre son véritable prénom, l'identité de celle qu'elle prenait soin d'éteindre, eut l'effet d'une implosion extraordinaire. Invisible à l'oeil nu. Palpable seulement pour ceux qui possédaient des capacités que les êtres humains n'avaient pas. Dans un réflexe de protection, elle baissa alors le regard et mit quelques secondes à répondre.

A dire vrai, tu es la dernière personne qu'Alice a croisé. Je l'ai mise en cage et j'en ai jeté les clefs.

Ce n'était pas une complainte, le ton n'avait rien de triste, mais la réalité. Elle releva les yeux et saisit son verre, accompagnant ainsi Solel, continuant de submerger sa propre personne. Il s'était rapproché, réduisant la distance qui les séparait. Elle fit de même, avançant son buste sur la table du bar, plongeant son regard dans celui de son interlocuteur, les faisant retourner quelques années en arrière. Mêmes sentiments. Mêmes alcools. Même scène. La répétition d'un air de piano, qu'eux seuls entendaient, qu'eux seuls partageaient. Elle ne dit rien pendant un instant, non pas par pudeur, mais plutôt comme si elle cherchait à attraper ce qui en lui l'avait tant attirée la première fois. Ca semblait si simple. Elle aurait pu lui dire oui, là, tout de suite. Peut-être même devant tous ces gens. Mais elle n'en fit rien. Elle se contenta d'un nouveau sourire, de ceux qui attisent la braise, rallumant un feu qui ne s'est jamais éteint. Puis elle reposa son verre, qu'elle avait vidé de moitié. Elle ramena ses mains près d'elle, croisant ses doigts, puis posa son menton par dessus.

Je n'ai jamais aimé le monde des merveilles. Trop ennuyeux. Madness returns me convient mieux. Elle ne savait pas s'il allait comprendre la référence, mais peu importait: c'était suffisamment explicite pour qu'il puisse saisir le sens de sa phrase, sans forcément connaître l'un de ses jeux référence. Sans que son sourire ne quitte son visage, elle fit briller ses yeux d'une lueur malicieuse. Je te dirais bien que je suis désolée d'être partie comme une voleuse, mais je ne l'ai jamais regretté. J'ai passé une nuit inoubliable, seulement... je ne pouvais pas assumer, à l'époque. Un de ses sourcils se leva légèrement. Invitation à réitérer l'expérience? Non. Oui. Peut-être. Sans doute. Allez savoir. Veronika tanguait d'un côté à l'autre de son identité dédoublée. Si elle avait consulté, quand ses parents le lui avaient proposé, elle aurait probablement été rangée avec soin dans le clan des gens possédant une double personnalité. Ca n'était qu'un jeu, qu'elle contrôlait bien, elle savait quand abattre ses cartes. Alice s'était effacée depuis longtemps, docile, mais elle hurlait à présent pour sortir. Laisse-moi le voir. Laisse-moi lui parler. Pas encore. Elle recula soudainement, brisant le semblant d'intimité qui s'était créé entre elle et le pianiste. Appuyant son dos contre le siège, elle saisit son verre et le finit d'une traite. Puis elle se mit à rire. Un rire cristallin, presque enfantin.

Je n'avais plus fréquenté ce bar depuis des années. J'ai longuement hésité avant de venir. On dirait que j'ai bien fais de céder à un appel que je connais trop bien.

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