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 Rouge du crime, que la mort décolore

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Message(#) Sujet: Rouge du crime, que la mort décolore Jeu 25 Jan - 1:34

Une ombre glissait entre les frondaisons pour venir s'écraser dans le creux du tapis de neige. Là, logée entre deux troncs au corps vide, la panthère. Un fin filet de particules blanches fuit d'entre ses naseaux, appuyant la respiration chaude et ténue dans l'humidité ambiante. Personne ne peut te voir. Elle ancre ses deux yeux jaunes dans le noir nocturne, engendre un silence incertain. La plaie a son vermillon qui coule le long de ses flancs ; un grognement entraine un remue-ménage douloureux. L'animal est blessé. Foncer dans les bois avait été sa garantie.
Je ne rencontrerai personne en cette heure tardive. Je serai seul. Dans ma tête murmurent les paroles du musicien mais je n'y prête que peu d'attention car je connais sa souffrance. Je la partage avec lui, je l'endure et porte son fardeau alors qu'il ferme les yeux. Je nous sauverai de leur bêtise.
Oh oui, le fauve y avait cru. Il avait cru pouvoir se sortir indemne d'une rixe où les acteurs principaux avaient été lui contre une petite dizaine d'humains armés comme des soldats.

Il y eut le mépris, la haine et l'ignorance.

*

Silence. Pas un mot. Un cercle tracé autour de la créature prise en joue, pour que vous soyez sûrs qu'elle ne trouve aucune manière de s'enfuir et qu'elle ne puisse même pas espérer déceler un vide libérateur entre les jambes bipèdes l'entourant. Puis c'est le levé des baïonnettes : et le feu du diable retentit. Après la fumée du canon, vous vous approchez pour être certain d'avoir gagné le jackpot... mais vous vous apercevez que la masse noire se déplace toujours dans le nuage opaque, et qu'à la lisière de ses babines, afflue l'écume de la colère noire qui saute pour vous dérober des tranches de jugulaire. Elle s'accroche à vous, plante les griffes sur vos vêtements puis votre torse pendant que sa mâchoire enchaîne les coups de dents. Et c'est terrible, tout ce rouge. C'est violent, tout ce sang. Pendant plusieurs minutes les couteaux cisaillent les nerfs et plantent les peaux.
Bravo, vous avez gagné quelques touffes de poils noirs.

*

Son cheminement avait laissé des perles écarlates. On aurait pu la suivre, mais la panthère léchait, léchait et léchait jusqu'à se noyer le palais du goût de métal dans le but de faire taire les écorchures ouvertes comme des vannes. Et pendant que la faucille d'or chassait la course des nuages dans un ciel sans étoiles, l'agitation dans un arrière-plan fait se relever le crâne félin qui déploie aussitôt l'audition pour capturer le moindre son : peut-être l'envol de la chouette, la fuite du lapin ou bien la chute de l'eau dans son lit glacé. N'importe, tant qu'elle ne renifle pas une odeur humaine.

Une ondulation fait danser les plis de sa fourrure d'obsidienne qui se niche un peu plus au sein de la nature coupée du vent. Les degrés disparaissent et la flore se pare d'une pellicule ivoire de cristal, craquant dès qu'on pose le pas dessus. Le museau félin se dresse vers la couronne écran noir, cherchant le jeu d'ombre des branches d'un arbre nu. Tu pourrais grimper : là-haut, on serait en sécurité. Mais... tu ne peux pas. Si elle en avait eu la force nécessaire, la panthère l'aurait déjà fait, voilà ce qu'il voulait dire par-là. Maudit joueur de clavier. Au lieu de ça, elle se contente d'un battement des oreilles, celui qui se veut porteur de mépris, et couche l'entièreté de son corps épais dans le carré de terre qu'elle vient de gratter. Là, ses pattes se collent et son menton vient se reposer par-dessus. Elle donnerait l'illusion d'un sommeil profond si la piqure soudaine du souvenir d'une contusion ne l'avait pas éveillée aussitôt Morphée eut visité ses pensées : coup de langue sur son épaule, et ça fait mal. Mal à l'animal ; mal à l'humain. L'humain pouvait bien se perdre en plaisanterie, il assumait la douleur autant que sa moitié. Je voudrais que tu nous ramènes chez nous. Mais la possible présence d'humains sur le palier ravise toute envie de perdre un peu plus d'énergie dans le froid et la glace. À partir de ce moment-là, Solel Phoenix se tut.

Les minutes s'égrènent avec une lenteur cruelle. La nature et la vie s'endorment mais pas eux. Eux, ils sont monticule de chair blessée et oubliée près des arbres couchés, vidés de leur cœur. L'idée semblait tentante mais jamais une panthère ne traverse si petit entonnoir lorsqu'elle est affublée d'une carrure prédatrice. Elle trouve réconfort sur elle-même, se recroqueville et noue le bout de son museau au creux de son propre corps. Une boucle d'ébène recouverte de balafres rouges qui crachent un peu moins leur venin, maintenant que le froid tempère les écoulements. Des faux pansements qu'appellent la mort.
Un nouveau frisson la parcours et elle laisse échapper un râle, se déleste de sa position de sûreté et roule sur elle-même comme le fauve qui montre le ventre pour jouer. Elle cherche à soulager les fourmillements qui traversent sa peau du dos, prise d'un drôle de mélange entre l'engourdissement et la sensation de morsure. Si on voyait le corps humain plutôt que le félin, on verrait les cicatrices courir de la chute des reins à la naissance de l'épaule. Peut-être un peu de shrapnel dans la hanche. Rien qui ne nous fasse passer un bon moment, mon compagnon à moustaches. Et il trouvait encore le temps de s'abandonner aux plaisanteries.


Dernière édition par Solel Phoenix le Mer 14 Fév - 16:52, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Jeu 25 Jan - 16:04

*Elle avait toujours aimé l'hiver. Ce froid glacial qui prend aux tripes et claque au visage en bourrasques brûlantes. Son esprit embrouillé et un peu malade avait tendance à y voir plus clair. Et Eden se tenait là, debout, son port altier si caractéristique, comme figée dans le temps. Si ses cheveux n'étaient pas balayés par le vent on aurait pu la prendre pour une statue Bellamy. Autour d'elle, les autres ne lui apparaissait que comme de vagues ombres mouvantes alors que son regard était perdu sur la forêt. Elle ferma les yeux, prit une grande inspiration.*

- Hey ma beauté, jolie bagnole. T'es paumée ?

*Putain.

Elle pose un regard glacial sur l'individu indésirable à ses côtés, pas moyen d'avoir la paix. Mais Bellamy reste digne, menton relevé, attitude millimétrée. Elle laissera personne entrer dans sa vie aujourd'hui, elle n'en a aucune envie.

Ou plus simplement pas la force.

Elle avait vendue une toile un peu plus tôt, pour une somme qui était montée crescendo. Mais qui dit finance dit exigence et l'acheteur voulu voir le visage de l'artiste anonyme.
Rencontre ô combien éprouvante pour Eden qui en avait prit pour son grade, à coup de compliment mal placé et de regard à la dérobée. Elle avait pratiquement couru dans les couloirs de la galerie pour fuir ces voraces affamés. Mais surtout pour se fuir elle-même. Fuir Eden et son goût du pêché qui l'avait infiniment tentée.

Mais loin d'être stupide, elle connaissait la suite par cœur, un scénario écrit avec application, promesse de milles tourments. D'abord elle se questionne, puis elle découvre, puis elle s'attache, et là c'est le drame. Parce que la vérité éclate, et que c'est l'autre qui la découvre sous son vrai jour. Bien loin de la charmante image de poupée aristocrate, elle est hideuse Bellamy quand on gratte sa carapace.

La carapace.

Elle se l'était construite si solide et inébranlable qu'elle même s'arrachait parfois la peau sur les barbelés lorsqu'elle essayait de donner le change, de paraître normal et étouffer la rage incandescente qui la prenait parfois contre tout et tout le monde. Son instabilité c'était sa faiblesse. Elle se laissait doucement mais surement couler dans un océan pollué de noirceur et puant de cruauté. Mais ça faisait longtemps qu'elle avait cessé d'essayer de nager pour remonter à la surface. C'était peine perdue, trop tard, dommage.
Cette colère constante, cette mélancolie permanente, ces émotions exacerbées... C'était crevant. Littéralement. Elle crevait à petit feu. Gelée et figée, statue glacée. Mais désormais, elle s'en foutait. Elle s'était laissé sombrer avec indécence et elle en tirait le plaisir qu'elle pouvait, elle avait cessé de réfléchir à sa vie depuis longtemps, se laissait porter par le courant en attendant d'atteindre un jour le rivage. Dieu seul sait dans quel état elle y arriverait.*

- Non merci.

*Voilà. « Non merci ». C'est tout ce qu'il obtiendrait. Et sur ses paroles, elle s'enfonce dans la forêt. Les arbres défiles et se ressemblent, une sorte de litanie sans fin que pourtant elle apprécie. Sa panthère sort du coin d'ombre dans lequel elle s'était planquée, tend l'oreille et hume avec délectation l'air boisé. Je sais on ne prend pas assez l'air, je suis désolée. La capricieuse féline se contente de grogner l'air indignée, et Eden sourit devant l'air de chaton princier qu'elle prend lorsqu'elle est agacée. Elle arrête le véhicule et met pied à terre, il est temps de se promener.

Son souffle est court au rythme de ses pas qui s'enfonce dans la neige et rencontre la terre. L'effort lui vide l'esprit et Eden le savoure, une routine épuisante mais vivifiante. Mais la quiétude est rompue, et son fauve bondit sur ses pattes à l'affut. Qu'est ce qu'il y a ? Qu'est ce que tu sent ? Du danger ?
Non, ce n'était pas du danger, c'était autre chose, la panthère n'était pas paniquée, davantage inquiétée, intriguée et un poil déboussolée.

Ses pas s'accélère, ses pas porté par une autre volonté, un peu plus forte que d'habitude, comme celle qu'elle arbore dans les situations de crise ou son enveloppe humaine frôle la mort. Et la course folle se stoppe net, le temps se fige alors que la scène s'offre à ses yeux ébahis.

C'est quoi ce bordel ?

A quelques pas, allongée à même le sol, le poil ensanglanté, une panthère. Pas une simple panthère. Tu le sent ? C'est un métamorphe. Que lui est-il arrivé ?
Pas de réponse aux questions, son fauve s'impatiente, il veut y aller, et Eden à l'idée de ce que cela signifie est terrifiée. C'est la première panthère qu'elle rencontre, quelles sont les chances que... Non trop dur à dire, pas encore prête à le prononcer. Et son double est furieuse, elle grogne, la dispute, elle cogne contre ses tempes et Eden gémit sous l'assaut alors qu'elle avance à reculons vers l'animal blessé. Son regard se pose sur les alentours, est-elle observée ? Mais aucun mouvement à travers les branches alors elle s'agenouille au sol, peu préoccupée par le froid mordant qui s'infiltre à travers le tissus de ses vêtements. Elle tremble à la vue de tout ce sang, alors que ses mains se posent sur le pelage brûlant. Un électrochoc au contact du liquide pourpre elle n'aime pas ça du tout. Et sa compagne à quatre pattes gémit, tourne en rond comme un fauve en cage. Elle n'aime pas ça du tout.*

- Ca va aller, ça va aller, je vais t'aider. Je peux aider. Je vais trouver.
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Ven 26 Jan - 14:41

La neige accumulée dans sa fourrure glaçait les blessures mais n'allégeait pas l'effet de brûlure. On n'aurait pas su dire s'il eut été pire de laisser le froid geler les hémorragies, ou bien continuer de bouger pour forcer les muscles à la circulation sanguine... Chose qui aurait peut-être fait se précipiter le flot rouge jusqu'à la mort. Qu'est-ce qu'on en sait. Alors la panthère remuait sur place pour rester du côté vivant, tout mouvement étant porte-parole de vie.

C'est quand deux mains étrangères vinrent s'accrocher à sa peau qu'elle redressa ses yeux puis sa boite crânienne avec une vivacité nouvelle ; Qu'est-ce que c'était que ça ? Une humaine ? L'un d'entre eux ? Non. Attends. Respire. Si tu tends l'oreille tu peux entendre autre chose. Elle parle d'aider, de faire quelque chose. De trouver. Le souffle d'un félin, d'un cousin et d'un ami. Là, caché quelque part dans les yeux humains, la masse noire d'un autre félidé traverse et appelle, cherche la conversation avec le carnivore esseulé. Pas de pianiste pour venir interrompre la rencontre silencieuse. (Je te vois, je t'entends. Qui es-tu, félin ? Tu es comme moi et pourtant, je sens que tu ne peux pas émerger. Qu'est-il arrivé à ton hôte ?) Elle se débattait la bête, mais sous l'effet de la surprise, de l'inattendu. Jamais par violence et c'eut été la première chose qui priva son homme de sa parole taquine. Les puissantes pattes grattaient la terre et la neige, fendaient l'air de quelques griffes, puis, quand elle comprit que l'emprise sur elle n'était pas hostile, la panthère calma son souffle et battit des oreilles. Dans l'ombre, ses deux pupilles jaunes targuaient l'humaine à la longue cascade brune encadrant le visage. De l'obscurité et le soufre qui brouillent toutes les formes. Un croissant de lune au pouvoir lumineux amoindri.

Il fait noir, mais je peux quand même te voir.

Toujours pas de pianiste. Il est bien là, toute conscience éveillée, mais pas un de ses mots ne traverse l'esprit fauve. C'est qu'il se pose des questions, Phoenix. Pourquoi la panthère n'agit pas ? Pourquoi ses griffes se rétractent ? Pourquoi il n'entend pas son pouls de prédateur s'accélérer comme devant toute menace et toute proie ? Elle aurait sauté à plus d'une gorge si on l'avait surpris faible comme ce soir. Surpris dans ce lava de sang, les réflexes endormis et la gueule baignant dans l'écume écarlate de ses artères.

Mais non. Un grondement s'échappait simplement d'entre ses babines, alors que ses coussinets recherchaient l'attention humaine et accroupie ; réclamaient les paumes chaudes et lisses que jalousait son pelage abimé. Et Solel comprit. Tu ne grognes pas... Tu ronronnes. Le flanc contre à terre, sa griffe féline saluait l'autre fauve qui vagabondait dans les orbites féminins. Où es-tu mon amie ? Sous le regard consterné de son musicien, l'animal remuait avec une douceur désarmante en cherchant le creux des mains du bout de son museau froid. Il faisait tomber ses pattes avec lourdeur mais sans jamais rafler la peau humaine. Le mal était toujours insinué dans les travers de sa chair et les sentiers vermillons avaient tracé leur croisade au sein du pelage de charbon. La panthère souffrait toujours, et sans doute que son entêtement à vouloir attiser l'intérêt de l'inconnue était une façon pour elle de demander secours. Requête qu'un certain pianiste n'aurait sûrement pas faite de lui-même.

D'autres coups de langues assommèrent les lésions apparentes. Les résidus de plombs, logés dans sa hanche, lui ôtèrent un autre hurlement ténu et embarrassé. C'est difficile de décrire la douleur. Entre la déchirure l'animal avait l'impression d'un million de guerriers qui descendaient puis remontaient pour repousser la vague mordante qui saisissait les tissus. Un choc électrique ; pulsation douloureuse et puis elle serrait les crocs en priant que plus jamais tout ça ne recommence. Ses yeux sont ouverts et luise l'éclat du ciel à l'intérieur.

Humaine, tu entends ? Regarde-moi. Regarde-nous. Notre situation est déplorable et je n'ai plus la force de nous hisser. S'il te plait, emmène-nous quelque part où il ne fait pas froid.
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Lun 29 Jan - 20:32

Mouvement de recul quand il sort les griffes. La panthère s'énerve. « Qu'est ce que tu fais ? Pourquoi tu recule ? Humaine stupide aide-le ! »
Cette fois-ci, à Eden de grogner, elle déteste se faire crier dessus, encore moins lorsque cela viens de son double félin. Sa compagne ignore ses protestations muettes royalement, reste concentrée sur la bête blessée devant laquelle elle est agenouillée.

Laisse moi une minute, s'il te plait. Laisse moi me calmer.

Inspire. Expire. Ok on reprend, plus doucement.

Ses doigts fins caresse doucement le poil, essaient de constater l'étendue des dégâts sans lui faire mal. Les plaies sont fines, ce ne sont pas les lames, ni des coups de griffes. Peut-être des dents, ou des balles.
Elle sent son souffle se calmer, l'animal peu à peu s'apaiser. Je ne sais pas soigner les animaux, je suis censée faire quoi ? Elle pourrait presque l'entendre, l'exaspération féline. Et elle s'agace Bellamy, l'impulsivité, les ordres, le mépris, jamais elle ne l'avait traitée ainsi. Et bien sort vas-y ! Si je suis si incapable transforme -toi, prend le dessus et occupe t-en !

Pause.

La panthère rend les armes. Elle se calme, s'assoie et rive ses yeux sur la scène. Derrière les orbes humaines elle observe, elle attend, elle guette, inquiète. Est-ce que tu m'entend ? Est-ce que tu me vois ? Elle fixe son semblable, le couve littéralement du regard, si elle pouvait sortir, émerger, elle serait déjà entrain de l'emmener ailleurs, là ou il ne fait pas froid et ou les plaies se referment. Mais c'est Eden qui mène.

Et l'humaine sursaute en sentant une patte se poser sur elle. Pas de danger, elle ne sent pas de piqure aiguisée. Tu entend ? Il ronronne. C'est un sourire qui prend place sur ses lèvres rougies par ce vent si glacé. Elle lui donne ce qu'il réclame, ses mains retrouve son pelage, s'attarde un instant sur son museau, parcours la ligne invisible de ses épaules et de ses pattes.
Et il tressaille. S'en est-il rendu compte ? Il lape l'une de ses blessures et il hurle. Eden se fige, elle est terrifiée, scandalisée, comment à t-elle pu oublier ? Elle la connait bien pourtant, la douleur d'une plaie à vif, encore sanguinolente de la cruauté infligée. Il a mal. Il a froid. Deux phrases que sa semblable mitraille dans son esprit, appuie avec insistance, elle se veut pressante, a tout le mal du monde à ne pas rugir d'impatience.

La jeune peintre bondit sur ses pieds. Elle enlève son écharpe et sa veste, les déposes sur l'animal, pas vraiment pour le réchauffer, elle sait que c'est inutile. Elle le fait pour qu'il sache qu'elle ne l'abandonne pas, qu'elle va rester là, juste une petite absence, de quelques minutes, elles seront brèves, c'est promis.*

- Je reviens, je sais comment atténuer le froid.

*Elle court à travers ces arbres qu'elle a déjà passé, maudite soit son envie de venir à pieds. Elle grimpe dans sa voiture et roule aussi vite qu'elle le peut. Elle suit le même trajet quelque instant, mais les arbres finissent par la bloquer. Mais elle le voit, il est à quelques mètres seulement, une aussi courte distance ne lui a jamais paru aussi infinie. Eden est forte, bien entendu. Mais soulever une panthère blessée et gelée, c'est l'inconnu. Elle prend son sac avec elle, rabat les sièges de la voiture, portières grande ouvertes. Et elle rejoint le fauve ankylosé.*

- Ne bouge pas, ne t'inquiète pas ça ne va pas te toucher.

*Elle sort un briquet de son sac, et une bombe de laque. Etrange mélange me direz-vous. Et le double félin se dit la même chose, vous n'êtes pas seul. Fait moi confiance, ça va marcher.
Elle vaporise la neige, à une distance raisonnable du prédateur pour ne pas le blesser. Puis elle allume son briquet et l'étincelle se transforme en flammes animées qui réchauffe l'air pendant quelques secondes, le temps que la neige fonde. Un fin nuage de vapeur se crée, mais la brune y prête peu d'attention, le plus dur est à venir.*

- Il va falloir que tu m'aides, on doit atteindre la voiture. Je peux t'aider à te déplacer mais tu vas devoir pousser un peu sur tes pattes. Je ne peux pas te soigner si tu es gelé.

*Elle récupère sa veste et son écharpe alors qu'elle lui parle en désignant le véhicule qui attend. Et déjà l'air chaud s'en va alors qu'Eden se redresse pour emmener l'animal en sureté.*

- Je sais que tu as mal je suis tellement désolée. C'est ton dernier effort, c'est promis.
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Jeu 1 Fév - 21:48

On n'était pas sûr de bien savoir si la panthère souffrait vraiment, ou bien si elle était heureuse. En tout cas, Solel était mitigé. Serait-ce de la reconnaissance que j'entends dans tes grognements ? Oui, à n'en point douter. Sentant son fauve accaparer toute l'attention féminine, il préfère se faire silence et demeurer à l'état de métamorphe sans parole comme si l'animal c'était lui.

Des caresses viennent retourner le poil brillant comme du moire, apporter un peu de chaleur éphémère sur toute la chair endurcie et glacée. Le ronron poursuit sa chanson alors qu'un manteau et le ruban d'une écharpe choient sur ses épaules puis retombent lentement sur l'intégralité du corps couché. Comme le fruit d'une promesse, elle avait laissé derrière elle les tissus, avant de se relever droite et déterminée (ça y ressemblait). Homme comme panthère se retrouvent une nouvelle fois à l'état de solitude quand il semble que le peu de chaleur environnant ait fuit pour retourner entre l'incertitude des frondaisons. Le givre mordait l’extrémité de ses pattes, froid terrible qui conduisait le fauve à remuer du peu de force qui lui restait pour se maintenir sur la corde raide. Contrairement à son humain, la panthère semblait motivée à la survie par quelque chose. Ou quelqu'un.

Bien peu de temps plus tard, des craquements dans la neige redressèrent la pointe de ses oreilles : elle revenait, l'inconnue. Elle revenait avec un paquetage du mystère, un aérosol et un briquet. Eh bien, on n'a pas perdu son temps à ce que je vois. Sous les yeux jaunes pris d'incompréhension, une pellicule de laque est diffusée sur la couche blanche, suivie de l'amorce qui déclenche l'embryon d'un brasier. Un peu de chaud près de sa fourrure inoculait la sensation d'être apaisé. L'animal ne comprit rien à ce que la brune venait de faire, mais c'était sans aucune importance : le temps que le feu de paille vive sous la froideur nocturne, il approche comme il peut son corps endolori près de la source rouge, dans ses pupilles vacillant l'éclat d'une étincelle.

Mais la douleur est profonde, gourmande, et fraye son chemin à la manière des salves de plomb qui dévorent les hanches. Le félin charbon replie ses pattes et plonge dedans son museau comme pour dissimuler le mal qui pique à ça et là comme un millier d'abeilles. Petit à petit le chaud redevient froid et obscurité. Monter, qu'elle dit. Il faut monter. C'est vrai, pas très loin d'eux, on distingue le nez d'un véhicule prêt à porter un fauve et son humain pour les emmener plus loin. Là-dedans ils seront guéris ? Hein, ils seront guéris ? Elle ne peut pas hisser la panthère jusqu'à l'ouverture de la porte, alors il va falloir demander aux pattes de se porter toutes seules.

Une impulsion réclamée dans ses dernières réserves permet à l'animal noir et rouge de quitter le flanc boisé contre lequel il avait trouvé refuge, de ramper péniblement jusqu'à l'El Dorado. Au fond de lui l'humain se tait, endure un mal semblable qui le réduit au silence. Encouragée par il ne sait quelle chose, la panthère atteint le quatre roues et plante les griffes-rasoir dans le cuir des sièges arrière pour se rattraper, pour se porter. Et ce qui ressemble à un électrochoc capture instantanément tout son corps, des naseaux jusqu'au bout de la queue. Le dernier effort, le dernier effort elle a dit. Vite, si tu lâches, tu ne remonteras jamais. Elle fait ce qu'elle peut, elle y va, tête baissée, le front plissé par la rivière qui descend dans tout son corps comme pour évacuer à travers les coupures traitresses. Plus elle force sur les muscles, plus ça fait pression et ça ordonne l'hémoglobine de se dépêcher jusqu'au myocarde qui n'en peut plus de gérer tout cet afflux sanguin. Bon dieu, la panthère qu'on connait si habile et gracieuse, incapable de surmonter jusqu'à la marche d'une voiture.

Et lorsque finalement elle parvient à remonter son propre poids à l'intérieur, elle s'écrase sur la banquette et pousse son dernier râle, sa dernière plainte et le dernier souffle après l'épreuve. Toute son enveloppe recroquevillée sur elle-même, les griffes qui ont lacéré partout à l'aveuglette et le vermillon qui commence déjà à déborder pour repeindre les parois. Ses yeux sont ouverts et dedans, on y lit le visage de l'humaine. "Elle va nous aider. Oui, elle va le faire."
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Ven 2 Fév - 19:30

*Avez-vous déjà joué à la roulette russe ? Vous savez ce jeu complètement stupide source intarissable d'adrénaline. Le joueur pointe le flingue contre sa tempe et appuie sur la gâchette avec la résolution d'un condamné. Il arrivait à Eden de penser que la vie était faite ainsi. On usait le cran de l'arme sans jamais se lasser et parfois à défaut d'une chambre vide, une balle était tirée.
Trop de calme, c'est annonciateur d'une tempête, c'est bien connu. Ces derniers son quotidien n'avait été ponctuer que d'évènement des plus classique. Quelle ironie de se dire que c'est littéralement du plomb tiré et bien réel qui avait rompu cet enchainement de chambres vides.

Dans son esprit c'est un véritable carnage. Sa panthère se fait violence, elle pourrait presque la voir se mordre la patte d'impatience. Eden l'ignore comme elle peut, mais l'oeuvre est délicate sa compagne ne s'est jamais jusqu'à présent montrée aussi vindicative et tourmentée. Elle observe l'autre fauve avec agitation, comme si c'était elle qui devait grimper.

A peine l'animal s'effondre sur les sièges que la brune entre dans le véhicule à son tour et ferme toutes les portières. Elle allume le chauffage, le monte à fond, se retrouver avec un hypothermie serait bien con.
Bien. Bon. On a pas de pince à épiler. Mais si j'y vais avec les mains il va souffrir le martyre non ?
La féline grogne, on s'en moque ! Il souffre déjà alors met fin à son calvaire avant qu'il ne crève !
Bellamy ferme les yeux un instant, prend une grande inspiration. Elle peut le faire, elle l'a déjà fait. Pas avec du plomb mais des morceaux de verres, restes des miroirs qu'elle avait détruit dans un accès de rage. Première fois de sa vie que sa maladie va lui servir à quelque chose, c'est à marquer d'une pierre blanche sur son calendrier.

Ses yeux se rouvre elle arrache un morceau de toile de ses sièges éventrés pour essuyer la première plaie marquée par l'impact. Quand faut y aller...
Ses doigts fins rencontre la peau à vif, et elle grimace face à la douleur qu'elle cause au félin.*

- Je sais, ça fait mal.

*Il faut le distraire, l'apaiser, lui souffle de son double animal. Elle se tourne légèrement sur elle même, allume son lecteur. Quelque chose d'apaisant... Du jazz ? Non, trop de sursaut. De la musique classique, parfait. Quelque chose de doux... Ah, trouvé.
Elle lance la musique alors qu'elle recommence à s'occupait des morceaux fichés sous le pelage, reste de l'affrontement passé. Elle se met à parler aussi, davantage pour s'encourager et ne pas trop laisser son esprit dériver.*

- Piano concerto, Mozart. Un classique hein ? Je trouve que les classiques ont du bon parfois. C'est Piotr Anderszewski qui joue au piano, un polonais. Il a commencé le piano à six ans, c'est beau non ?

*Deux premières balles de retirées, elle poursuit son œuvre sans perdre son rythme, plus vite elle les aura enlevées, plus vite elle pourra nettoyer les plaies et l'emmener en lieu sûr, loin de la forêt, en l'occurence, dans l'ancienne maison de sa grand-mère. Inhabitées depuis quelques années mais au moins rien n'y a bougé, et elle y avait toujours de quoi soigner ses amis métamorphe lorsqu'ils gambadaient trop près des terrains accidentés.*

- Il est très aimé des critiques, on l'a même surnommé le punk polonais. Drôle de nom pour un pianiste.

*Quelques minutes plus tard, les balles sont retirées, en tout cas, toutes celles auxquelles elle pouvait accéder dans l'espace réduit de sa voiture. Elle utilise sa bouteille d'eau pour abreuver la panthère, de toute façon elle n'en a pas assez pour la nettoyer. Elle s'installe dans le siège conducteur et démarre la voiture son prochain objectif figé dans son esprit.*

- Je t'emmène dans une maison à l'écart de ville et de cette forêt, là-bas il y aura de quoi finir de te soigner, de l'eau, des bandages et assez de place pour que je puisse voir si j'ai oublié des balles.
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Sam 3 Fév - 21:23

Entaillée comme jamais, la panthère ne pouvait que se fier à son ouïe pour comprendre ce qui se passait. Devant ses yeux, un rideau sanglant coulait son écarlate sur les paupières noires, dissuadant le fauve de garder ses pupilles découvertes. Prise d'une cécité momentanée, la brune disparaissait dans un flou gaussien.

Ce fut le son d'un violon, puis d'un orchestre qui tira les derniers écueils de lucidité chez la bête. Son humain eut reconnu le son du maître incontesté de l'art classique, tout le tapis sonore noyant du mieux qu'il pouvait le souvenir de la douleur. Elle parlait, la fille. Elle racontait des détails insignifiants, offrait le vent pour faire taire l'impact cérébral des écorchures. Bien sûr, la panthère ne comprenait rien aux noms qui étaient prononcés, vendus, expliqués dans les détails de leur vie. Elle n'entendait que sa chair qui s'écartait sous le passage des doigts voulant extraire les résidus de shrapnel. À partir de là, elle se débattit comme un beau diable et de tout son long, et aurait lacéré en mille cicatrices la face humaine si elle en avait eu l'audace, la force. Pour l'instant, elle devait se résigner au contentement des maux évacués par les hurlements, le bout des griffes planté comme pas permis dans la toile des sièges. Elle aurait tué pour cesser la douleur. Tué jusqu'à elle-même.

Pianiste.
Au mot "pianiste", c'est celui qui crie en même temps que la panthère qui ouvre les yeux. Pas des yeux physiques ; les yeux de la conscience. Il perçoit le visage qui lui parle de Piotr, sans être certain de ce qu'il souffle vraiment du bout de ses lèvres, tant la confusion ajoutée par le sang brouille ses pensées. Il pourrait être sourd, Solel était presque certain que le rendu aurait été le même. Voir, sans comprendre. Voir, sans entendre. Demeurer à cet état d'éclopé aux billes de plomb encastrées dans le corps qui se troue un peu plus chaque minute pour laisser passer les mains bienfaitrices.
De manière subite, il ordonne la panthère de livrer un violent coup de flanc à l'inconnue qui se démène pour abréger ses souffrances. À ses yeux d'agonisant, ce n'est qu'insolence. Qu'elle arrête, qu'elle arrête ! Merde merde me-- C'est comme être conscient que l'on meurt. Tous les deux, homme comme animal, voyaient leur vie s'évanouir par petits morceaux, plus précisément dans ces perles grises qui glissaient une par une de sa peau.

La température du véhicule leur donne l'impression d'étouffer dans une piscine électrique, de chaud et de froid où il n'est pas possible de dire vers quel pôle on affleure le plus. Et vous ne pouvez même pas espérer vous évanouir : la douleur vous tient malicieusement éveillé. Vous assistez à tout, à votre propre opération qui se fait sur un tas de paille. Non, même la chaleur artificielle n'eut pas comblé ce vide béant en vous qui provoque cette vague mordante à travers toutes vos artères. Bravo, vous êtes bientôt arrivé jusqu'à la mort.

Les doigts ont cessé de s'improviser chirurgiens. Pour le moment. Le fauve noir s'accroche à l'image de son congénère, dont l'humaine est partie rejoindre le siège à l'avant. Soudain une secousse suivie d'un bourdonnement continu vient les bercer comme dans les bras de Morphée (c'est pour mieux t'accompagner jusqu'au dernier souffle). Il n'y a même pas l'existence de questionnements, comme où allons-nous ; que va-t-elle faire de nous ? Non : juste la dernière vision du dos de cette femme, puis de son regard dans le miroir du rétroviseur. Après ça le vide. (...) Les tremblements cessent quelques minutes (quelques heures, il a semblé) plus tard. Solel et sa panthère, incapables de dormir ou même de bouger ou même de parler ou même de se transformer (de mourir !!!) n'ont que le choix d'une voix féminine qui les guident dans ce silence noir. Ils pourraient se croire déjà dans le cercueil, si des bras fragiles ne tentaient pas de les tirer hors du moyen de transport. Elle fait ce qu'elle peut la panthère, crois-le, étrangère. Elle cherche à déplacer son corps, ce poids lourd qu'il faudra trainer encore dans la neige et le froid pour la faire franchir le palier de la porte. Après quoi, peut-être pourra-t-elle espérer le repos libérateur.

Ou bien une autre fouille archéologique entre ses entrailles.
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Mar 6 Fév - 19:28

*De loin la petite bicoque ne semble pas avoir pris une ride, comme figée dans le temps. Ce n'est qu'en s'approchant que bois vieillit, mauvaises herbes et peintures effritées s'offre à notre vue. Elle n'est plus venue ici depuis l'enterrement, l'endroit a un goût de nostalgie quelque peu amer. Cette maison, ce devrait être la sienne. Tout y est, les façades en bois, le toit vitré au grenier, l'espace finement étudié pour qu'elle ne se sente pas étouffée.
Mais Eden a préféré l'abandonner, aller vivre en ville malgré l'agitation, trop de souvenirs pour elle dans cet endroit.
Elle s'arrête devant la porte d'entrée, ouvre la portière arrière et constate que le fauve ne bouge plus.

Panique.

Non, non, non, non c'est pas possible, est-ce qu'il est mort ? Elle se penche, colle son oreille sur son cœur peu préoccupée par le sang qui s’imprègne de ses cheveux et de sa peau. Elle traque un battement. Boum.

Soulagement.

Il est là. Hallelujah.

Sa panthère semblait l'avoir déjà réalisé puisque de son côté, pas de battement de cœur effréné, elle n'avait semblait que brièvement inquiétée. Mais elle signale à son humaine que tout n'est pas gagné, il faut faire sortir le fauve de la voiture, l'emmener à l'intérieur et sans aide cette fois-ci. Ce n'est rien, on va passer par le garage.

Elle entre dans la maison sans peine, clef toujours cachée sous un pot de fleur abandonné. Elle court dans la maison, elle la connait par cœur, elle n'est pas bien grande, en quelques secondes elle est dans le garage et en ouvre l'immense porte de l'intérieur. Puis retour à la voiture, elle redémarre, marche arrière, et imbrique le véhicule dans les quelques mètres carrés prévu à cet effet.

L'ampoule diffuse une lumière blanche étrangement fade lorsqu'Eden referme la porte du garage. Elle emmène jusqu'à la roue arrière une planche à roulette, le fauve va dépasser mais au moins elle pourra le déplacer. La brune se déleste de manteau et pull, les bras nus et libre, elle s'attache les cheveux, geste qui peu paraître futile mais elle sait combien il lui sera utile. Elle contourne la voiture, pousse le fauve comme elle le peut mais constate rapidement que ses griffes sont toujours plantées dans le tissus. Son pull en guise de gant de fortune elle les retire une par une. L'opération ne se fait pas sans mal, c'est qu'elles sont bien aiguisées et avec une grimace Eden s'y écorche légèrement la peau sans le vouloir. Lorsqu'enfin toutes les lames son retirées elle reprend son extirpation du félin de l'habitacle. Eden a beau être latente, elle n'est pas complètement dépourvue des dons des métamorphes, et heureusement auquel cas elle n'aurait pas été certaine de pouvoir faire bouger l'animal d'un poil.

A mi-chemin dans sa progression, elle contourne de nouveau le véhicule et reprend son œuvre en tirant. Et la bête fini enfin par rencontrer entièrement la planche. Sa tête en sort légèrement alors tandis qu'elle l'emmène dans la cuisine, elle la tient d'une main tant bien que mal ne voulant pas lui en causer davantage. Arriver enfin à la terre promise de fortune, elle dépose une couverture propre au sol, y pousse le fauve, et envoie valser la planche un peu plus loin.

Ok, première étape, on le lave.

La jeune peintre remplie une bassine, dans un geste familier qu'elle a accomplit un milliers de fois déjà lorsqu'il s'agissait de nettoyer ses propres dégâts. Pas de peinture cette fois, bien que la teinte soit semblable c'est du sang qui se dilue dans l'eau qu'elle verse sur la fourrure noire. Et elle répète la même opération après l'avoir retourné de l'autre côté. Déjà le fauve semble un peu plus réveillé. Mais elle ne se réjouit pas trop, c'est sans doute juste l'effet de l'eau.
L'éclairage vif, les plaies nettoyées, elle constate mieux l'étendue des dégâts et les blessures sont étendues, sans doute à cause des mouvements du blessé suivit de l'extraction manuelle des billes de plombs.
Rien d'irréparable cependant même avec le peu de connaissances qu'elle possède. Elle ne s'est jamais transformée, mais ses amis oui. Et il était déjà arrivé à sa grand-mère de rafistoler des animaux blessés lorsque les jeunes métamorphes qu'elle côtoyait jouaient un peu trop près des fossés.*

- Ne bouge pas, c'est bientôt fini.

*Elle se saisi d'un fil et d'une aiguille dans la boite à pharmacie, elle ne recoud pas toutes les plaies, seulement deux, un peu trop ouvertes pour n'avoir pas besoins d'un coup de main. Sur le reste des blessures, elle applique une pommade, pas hyper adapté à un animal mais elle n'a pas n'importe quelle panthère sous le nez, un humain y sommeille et il saura sans doute l'aider à cicatriser.

Elle finit par se laisser tomber allongée sur le sol à ses côtés. Elle l'observe de ses grands yeux bruns comme dans l'attente, incertaine malgré son assurance. Sa féline dans son esprit s'est allongée aussi, les pattes tendues comme si elle voulait le toucher, frustrée de ne pouvoir rien faire. Eden le sent, à vrai dire elle est triste pour elle, sa frustration, son manque d'interaction lui fait de la peine.
Elle ne parle pas cette fois, n'étant même pas certaine de ce qu'il peut comprendre ou non. Mais elle reste à ses côtés, profite du calme avec le naufrage, attend patiemment au cas ou il réclame.*
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Ven 9 Fév - 0:20

Est-ce qu'il est mort ? Il préférerait.

Mais il ne voit rien, ne comprend rien à ce qui se passe, rien à ce qui se fait, ni pourquoi son corps tombe brutalement sur une surface solide qui résonne le bois à son contact. Du bout de ses griffes sont logés quelques filaments de tissu, vestiges d'une banquette labourée.

Que se passe-t-il ? Il y a un mouvement de roulement ? Comment mon corps peut-il bouger sans rafler la terre ? Où est-on ? Qu'est-ce que tu fais ? Est-ce que là où tu nous emmènes, il fait chaud ? Solel s'est endormi. Ou du moins j'ai l'impression qu'il se tait parce qu'il n'a pas la force de hurler. Je voudrais ouvrir les yeux mais le rouge m'en empêche. C'est âcre, ça fait mal. Le gout du cuivre est partout, rouille mes os. Si je bouge je vais tout faire tomber en morceaux. Tu ne m'as pas dit... comment tu t'appelais.

La colle du sommeil forcé attachait les paupières de la panthère qui n'avait pas d'autre choix que de laisser une cascade liquide affluer sur tout son pelage, faisant vibrer quelques parcelles de peau un peu partout. Elle ne répondait pas, ne remuait pas des babines ni ne battait des oreilles. Son flanc droit par terre, pattes étendues comme si elle dormait paisiblement. Au-dessus d'elle s'affaire l'inconnue qui fait un boucan du tonnerre. C'est ça qu'on ressent quand on est cloué à la table d'opération, avec toute une armada de chirurgiens qui agite les bistouris sur le métal froid ?

Des débuts de guérison génèrent quelques croûtes qui marquent la fermeture d'une poignée de lésions. C'est un peu lent et pas franchement fulgurant comme réaction, mais c'est déjà mieux que rien, parce que le métamorphe sait que ses capacités de régénération ne sont pas aussi élevées que d'autres. Fait qu'il regrette. Qu'il regretterait*. Là pour le moment, il "dort".

Le fil d'une aiguille traverse l'épiderme et fait sa valse dans la chair pour resserrer les parois détendues sous le passage des doigts. À vrai dire, l’œuvre est si vive et rapide qu'il est difficile pour la panthère de dire si elle souffre le martyr, ou bien s'il n'est déjà plus possible pour elle d'avoir mal. Elle rugirait si elle en avait la puissance dans les poumons, mais de toute évidence le poids de plomb que représente sa carcasse l'empêche jusqu'à découvrir les griffes. Il serait tellement facile, tentant de la terminer. Un cœur trop sensible l'aurait peut-être abandonné à son sort dans la neige ; d'autres auraient préféré achever. Solel aurait voulu qu'on abrège ses souffrances. S'il demeure vivant ce n'est pas par fierté : c'est l'instinct de survie. Et la panthère y est pour quelque chose. D'une certaine manière, il doit son état de moitié vie à son fauve qui s'accroche au souvenir de la brune dont il n'a pas le nom. Même aveuglé dans son sang il tenait bon.

Et si l'audace du pianiste ne cogne plus non plus contre les tympans de son animal, c'est inquiétant. On les croirait mort. Actuellement, ils se promènent quelque part entre les bras de la Mort et les fossettes de la Vie. Les deux ont quelque chose d'attirant, on n'aurait pas envie de rester en plein centre sans se décider. L'homme allait vers les bras.

Elle dort. La panthère, elle dort. Après qu'on ait refait le puzzle de sa chair elle s'est comme qui dirait assoupie dans un sommeil de loir duquel elle ne se réveillera que beaucoup plus tard. Probablement que la demoiselle humaine a fait de même, couchée quelque part près du félin qu'elle venait de retaper avec les moyens du bord. De la chaleur émanait de son corps, rassurante, colorée. Pourtant il semblait qu'au fond d'elle le félidé ne pouvait pas se manifester. Et c'était étrange, très bizarre même... Qu'est-ce qui empêche un animal de fleurir de la peau de l'humain ? C'est quoi, le souvenir traumatisant d'un passé terrifiant ? Un refus de sa condition ? La peur de devenir ? La peur de s'éteindre ? Risquer la mésentente avec sa moitié ? Blesser ses proches ? Devoir vivre avec le fardeau d'être un métamorphe qui veut se faire passer pour un humain ?

Silence. Les aiguilles de l'horloge ont poussé le temps jusqu'à des heures après. Pas un bruit, chuchotait le mélomane au creux de ses oreilles. Oh oui ils étaient vivants. Oh oui il pouvait soulever la patte gauche, puis la droite, épousseter le carrelage du bout de la queue et lever la crête du dos pour se maintenir droit. En eux le flot sanguin dépêche l'énergie de passer par les ruisseaux rouges pour recharger la pompe cardiaque : "Besoin de sang". Toujours allongée sur sa planche à roulettes comme un malade dans son fauteuil, la créature a ouvert les fenêtres de ses iris pour mieux contempler. Plus de rideau écarlate, elle peut tout voir. Dans sa vision elle intègre l'image de la métamorphe occupée avec Morphée, les yeux clos. Au-dessus des têtes la lumière diffuse d'une lampe plonge ce qui ressemble à la cuisine dans une atmosphère particulière. Un jaune pâle un peu fatigué qui cligne comme si on appuyait sur allumer puis fermer sans s'arrêter.

Ouverture de la mâchoire pour bâiller et tout refermer dans un claquement sec. La douleur se promène toujours dans ses artères mais les fils ont bien aidé à réunir les muscles comme si ça avait été les plaques d'iceberg éclatées dans l'Antarctique et qu'on avait rassemblées en un unique continent de glace.
Elle considère son corps un instant la panthère. Des points de suture, évidemment, mais plus de perles grise, tout a coulé sur le parquet. Un baquet à l'eau rouge. Son rouge à elle. On aurait dit que tous les maux avait été transférés dans ces matières physiques, tangibles. Tout ce qui bouchait ses parois avait été enlevé. Même le début de son épaule commençait à se refermer avec nonchalance et lenteur. Un coup de langue assurait la propreté de la blessure qui marchait entre l'étau de ses poils noirs. C'est le moment, tu ne penses pas ? Laisse-moi faire. Elle bat des oreilles, comprenant, puis papillonne des yeux, s'ébroue avec fragilité. Très bien, prends ma place.

Quelques secondes suffisent à faire passer la mutation. Plus de pelage. Il voit clairement l'étendue de ses entailles, et s'il devait faire un geste brusque ou bien être activé par un quelconque réflexe de survie, il ne pourrait pas. Pas encore. Entièrement nu et sans rien pour dissimuler quoi que ce soit (la nudité n'était pas un problème), on aurait pu interpréter la scène par autre chose qu'un sauvetage nocturne.
Il observe la brune d'un œil inspecteur et curieux. Elle habite en ville ? Jamais vu ce visage, jamais entendu cette voix. Où sont-ils ? La maison a l'air vide, vieille, abandonnée, prise par les toiles d'araignées. Sans approcher le corps féminin dont il lèverait bien le menton pour examiner un peu mieux l'inconnue, le musicien ordonne les os de se montrer un peu solides pour pouvoir supporter son poids debout. Et ça fait un mal de chien, il est obligé de se rattraper au coin de la table pour tenir. Une grimace tire ses commissures alors que ses articulations essayent d'obéir aux ordres absurdes de leur propriétaire. Ce qui motive Solel à bousculer autant la bienséance de son organisme, c'est la faim qui creuse dans son estomac. On n'aurait pas cru un éclopé avec le gout de la rouille en bouche, crever de faim comme ça jusqu'à tirer ses entrailles au pied des tiroirs.

Il savait qu'il risquait soit de rencontrer la poussière et les rats, soit de tomber sur le jackpot. Dans le meilleur des cas, il débusque des vieux trucs encore mangeables qui ont échappé à l'épreuve du temps. Mais de la nourriture, peu importe quoi. Et il ne veut pas réveiller l'humaine, surtout pas.
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Ven 9 Fév - 13:38

*Elle s'était perdue dans sa contemplation du fauve à côté duquel elle s'était allongée. Elle ne saurait dire le moment précis ou ses prunelles quittèrent leur analyse de sa tête pour se perdre dans une découverte plus approfondie de la bête. Il était grand, musclé et élancé, le physique typique du chasseur qu'il était. Est-ce qu'elle ressemblerait à cela si elle se transformait ? Cette question elle se l'était posée un nombre infini de fois sans jamais trouver de réponses, s'était contentée d'observer de loin ces animaux semblables à sa compagne enfermée entre les quatre murs de son esprit. C'était la première fois qu'elle voyait une panthère d'aussi près, la première fois qu'elle en touchait une et bien entendu, la soignait. Elle n'avait jamais connu son père (fort heureusement) et sa mère été décédée le jour de sa naissance. Il n'y avait eu que sa grand-mère pour lui expliquer qui elle était, ce qu'elle était. Autant dire que la chose n'avait pas été aisée. Bien que la vieille femme n'ai rien à proprement parler contre les métamorphes, dès qu'ils quittaient l'adolescence, elle s'en méfiait grandement et se tenait éloignée d'eux au possible.
Eden avait encore un souvenir très net du jour où elle avait installé des pièges un peu partout autour de la maison dans un accès de peur pour la sécurité de sa petite fille. Mais ils avaient été vite retiré lorsque c'était cette même enfant qui avait failli s'y prendre les pieds.

Maintenant qu'elle avait une panthère en chair et en os sous le nez, la jeune femme se demandait de quoi la défunte avait eu si peur. L'animal était magnifique. Il devait l'être encore plus lorsqu'il n'était pas entaché par les blessures. C'est à croire que la féline dans son esprit l'avait contaminée de ses envies, Eden éprouvait un irrépressible besoin de rester auprès du fauve et de veiller sur lui. C'était déroutant, infiniment perturbant, même pour elle qui était si coutumière de la dépendance à un être humain. Et elle était sans doute là la nuance : un être humain. Il était simple et incroyablement prévisible pour elle de s'y attacher, de finir par s'accrocher comme à une bouée de sauvetage à tout ce que l'autre lui accordait comme affection et attention. Mais se sentir aussi proche d'un animal, c'était une première, et dans un coin de son esprit, elle ne pouvait s'empêcher de penser à cette histoire, digne d'un compte pour enfant qu'on lui racontait petite sur les êtres destinés. Mais l'idée restait blottit dans son petit angle exiguë, ce n'était qu'un pur hasard elle en était certaine. C'était une panthère, elle était curieuse, elle s'identifiait à cet animal blessé, c'était tout.

Et elle ignorait avec talent sa féline qui lui grognait qu'elle était incroyablement stupide et entêtée.

Cette dernière l'assaillait de question, est-ce qu'il dormait ? Est-ce qu'il allait bientôt se réveiller ? Sans doute aurait t-il faim il fallait lui trouver à manger.

Est-ce qu'il la voit ?

Question posée avec le plus d'impatience et d’appréhension. Première fois de mémoire d'homme qu'elle se préoccupait de savoir si un autre métamorphe la voyait, la sentait, savait qu'elle était présente à chaque instant même si elle ne pouvait pas se montrer. Elle était fragile, elle le savait, ne parvenait pas à se manifester avec autant de force que ses congénères. En osmose avec son humaine, c'était elle qui lui donnait les clefs pour intervenir et se dévoiler, directement branchée à ses émotions elle n'était forte que lorsque l'autre était en paix et dangereuse lorsque la jeune femme se déconnectait. Cet esprit malade elle le haïssait, elle toisait chaque jour avec férocité cette ombre menaçante qui guettait à chaque instant une occasion de dévorer et corrompre tout ce qu'il y avait de bon autour d'elle.

*

Elle avait fini par s'endormir. Elle n'avait pas sentit les bras de Morphée la saisir mais sans doutes que sa fatigue conjuguée à ses fortes émotions avaient eu raison de sa volonté.
Son réveil ne fut pas immédiat, encore aux prises avec les brumes des rêves, elle avait d'abord sentit le froid. Une sensation nouvelle, pas celui du temps, la maison avait une température relativement honorable, c'était celui d'une absence. La chaleur dégagée par l'animal blessé avait disparue. Ce fut la première chose qui tira le signal de sortie du songe, la tirant doucement pour qu'elle puisse voir ou il était parti.
Puis ce fut le bruit, des pas un peu lourd de quelqu'un qui a du mal à se mouvoir, il est debout. Littéralement debout.

Elle ouvre les yeux, ils papillonnent un instant pour s'habituer à l'éclairage. En effet, plus de fauve alité, il n'y a plus rien, c'est vide. Elle s’étire, ses membres quelque peu ankylosés de sa sieste improvisée à même le sol avant de se redresser.

Et puis elle le voit.

Clairement elle ne s'attendait pas à ça.

A vrai dire, elle ne sait pas à quoi elle s'attendait exactement, mais pas à ça. Elle note avec une certaine inquiétude que ses blessures ont l'air bien plus douloureuses sur une peau humaine. Il a dû frôler la mort, qui lui a fait ça ? Tu pense que ce sont les humains ? Sans aucun doute.
Elle l'observe un instant, c'est un bel homme sous les cicatrices, c'est indéniable, il ne semble pas particulièrement chaleureux en revanche au premier abord, en contraste avec le fauve qui réclamer sa présence et ronronnait sous ses caresses. Sa féline la rappel à l'ordre, il semble chercher à manger, il vaudrait mieux l'aider au lieu de le scruter.

Sans un mot elle se relève, monte sur le meuble à sa droite et ouvre le placard du haut, rien n'a bougé. Elle en sort un paquet de pattes et une conserve de sauce posée là pour l'accompagner. Elle redescend, sort une casserole qu'elle s'applique à nettoyer.*

- Assied toi, je m'en occupe.

*Elle n'essaie pas d'engager la conversation, si il avait voulu le faire, il l'aurait réveillée. Et surtout elle sait comment son la plupart des mâles métamorphes qu'elle a fréquenté, fier, être trouvé dans un état pareil par une femme qui parait aussi frêle ne doit pas être une expérience particulièrement flatteuse pour son égo.
Elle remplit la casserole d'eau, la dépose sur le gaz et prend le paquet d'allumettes posé à côté. Il est recouvert de poussière, signe qu'il y a longtemps qu'il n'a pas été utilisé. Elle allume la plaque, craque l'allumette et les flammes de cuissons jaillisses.
Même laissée à l'abandon, tout les mois Eden payait les factures d'eau de gaz et d'électricité, après tout elle pouvait se le permettre. Et puis elle s'était toujours dit qu'un jour ou elle serait en trop grande détresse, elle reviendrait ici. Elle ne s'attendait simplement pas à ce que ce soit pour quelqu'un d'autre.

Elle quitte l'espace cuisine le temps que l'eau chauffe et se dirige vers les chambres, en direction de la chambre d'amis. Elle sait qu'elle ne trouvera pas de t-shirt à sa taille mais elle se souvient que Lorenzo avait un jogging un peu trop grand pour lui lorsqu'il venait ici. Bingo. Se saisissant d'une couverture disposée dans le placard de la chambre au passage, elle rejoint le salon ou se trouve toujours son invité improvisé. Elle se plante devant lui et lui tend les deux tissus.*

- Ce n'est pas extraordinaire mais c'est tout ce que j'ai sous la main.
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Ven 9 Fév - 17:02

La panthère grognait. Plus Solel faisait la démarche d'aller vers les armoires en hauteur, plus il entendait son félin gratter contre sa chair, signe qu'il n'allait pas dans la bonne direction. Oh le pianiste comprenant très bien où son fauve cherchait à l'amener en pleurant de la sorte, et pourtant, il ne ressentait pas la même chose. Il ne partageait pas ce besoin irrépressible de se trouver près de cette humaine, à quémander ses caresses et son attention bienfaitrice. C'était même tout le contraire, il en était persuadé. Peut-être était-elle une de ces personnes à la curiosité malsaine qui recueillait les animaux à l'abandon, flirtant avec la mort sous la pluie de flocons.

Il aurait pu rejeter tout le mépris et le dédain sur le corps endormi contre le carrelage. Mais une chose était sûre. C'était qu'il ne comprenait pas d'où venait cet étrange magnétisme qui lui picotait les nerfs dès que ses pas l'éloignaient un peu trop de cette fille. Et pourtant ils se trouvaient dans la même pièce, foulaient les mêmes dalles blanches et froides. Bon sang. La douleur, encore.

Ses muscles n'étaient pas capables de grand-chose, il fallait le reconnaitre. Quelques pas et il se sentait prêt à retourner sous le couperet pour achever la tâche du froid. À peine sa poigne se levait vers les tiroirs suspendus qu'une inconnue se glissa plus rapidement et découvrit la portière, pêchant un sachet de pâtes et de quoi marier la sauce avec. Aussitôt son regard noir se mobilise sur la brune qui a émergé du sommeil. Il croyait avoir été discret. Suffisamment pour pouvoir tirer un maximum profit des choses alentours, et se tirer vite fait chez lui. Sa bouche cousue de silence, le voilà présenté dans un piteux état face à sa sauveuse de nuit. La crinière ébène ébouriffée dans tous les sens, des mèches qui marquent son visage de milles cicatrices et puis toutes ces contusions qui courent le long de son dos, chevauchent les omoplates et parcourent la chute de ses reins. Un croche-pied l'aurait fait dégringoler sur le sol dans un bruit sourd.

Assieds-toi qu'elle fait avec nonchalance, comme si tout était sous contrôle. Le peu de fierté qui reste à l'homme le pousse à froncer des sourcils, l'air sauvage et arrogant comme s'il venait de sortir de la jungle dans laquelle on l'avait élevé toute sa vie. Dans ses yeux brillait l'éclat de la foudre, vif, rapide et inconscient comme s'il fallait qu'elle ne sache pas. Et tout au fond et plus loin encore, la panthère appelait, essayait de convaincre son humain de rejoindre la brune. C'est important, fulminait le fauve qui s'ébrouait, aurait fait jaillir le sang s'il en avait encore sur le pelage. Mais le créateur de son n'écoutait rien, n'entendait que le bruit des aliments jetés dans la casserole et l'eau qui bouillit sous la température apportée par le gaz. À regarder Solel, qui avait lentement et à contre cœur pris place sur la première chaise tirée sous la table, on aurait dit qu'il venait de découvrir le feu. Alors c'est ça qu'a ressenti le premier homme sur terre ? La naissance du brasier.

Le silence agit comme un cataplasme. Il est comme ces personnes du matin à qui on ne doit pas prononcer un seul mot si on désire d'elles qu'elles soient de bonne humeur pour le restant de la journée. Tic tac, tic tac, l'horloge écoule le sablier de ses pensées alors qu'il lui semble avoir un vide interminable au creux de ses synapses. Pas un mot n'évacuait d'entre ses lèvres. Le gout métallique qui repeignait son palais était affreux, le moindre déglutissement portait l'acide jusqu'à sa flore intestinale et il sentait qu'il aurait pu recracher une énième salve de plomb. La faim ne le quittait pas, malgré toutes les blessures internes qui amenaient l'écume rouge à la lisière de sa bouche. Sans un peu d'attention, il aurait laissé des perles écarlates s'écraser sur le bois de la table. Pas un regard vers la fille non plus, et les rares œillades jetées se voulaient méprisantes, coléreuses. Solel l'être d'ordinaire si bien vêtu, si bien coiffé, aux mots si mielleux et tendres, si soignés et bien apprêtés... devenait l'animal sauvage sans parures, sans paroles, sans rien pour dissimuler sa peau nue des regards féminins. Dans d'autres conditions, il se serait senti peut-être flatté. Mais pas ici. Ici il se sentait fauve en cage, obligé d'attendre la pitance pour se rassasier. Au fond de lui, la panthère ne l'entendait pas de cette oreille, frôlait ses parois du bout de son museau comme si un puissant mur de béton la séparait de sa dulcinée. Elle n'avait pas tort.

Une pile de tissus tombe sous ses yeux. Un bas, et le carré d'une couverture. Solel comprend très bien mais ses orbes agissent comme si son interlocutrice parlait une autre langue. Alors que ses lèvres s’entrouvrent pour émettre le refus, un tremblement soudain le prend au moment de croiser le regard de la brune. Le déluge d'un frisson noie son échine dans une sensation désagréable. Pas foncièrement mauvaise, mais suffisamment étonnante pour qu'il ne sache pas à cause de quoi ce sentiment est dû. C'était comme si... vous veniez de regarder la seule personne au monde capable de vous imposer le silence, d'un seul battement de cil.
Il ne saurait dire ce qui le poussa à rafler les habits de fortune, sans pouvoir manifester la moindre plainte.

C'est difficile, ça fait mal. Demander à sa jambe de se lever pour engouffrer la manche de pantalon est douloureux. Déployer ses bras pour déposer la cape de tissu sur ses épaules tire ses ligaments et lui ôte l'expression de l'agonisant. À tout prix il s'efforce de ne rien laisser paraître sous le regard intransigeant qu'il n'a pas su opposer, et prête plutôt attention aux parfums émanés par la casserole à quelques mètres à peine de lui. Il a faim, il a tellement faim. Et il a soif. Le cratère brûle sa gorge. Un réflexe, ou bien une autre manière de communiquer (étrange étrange, pourquoi les mots manquent) le pousse à humidifier ses lèvres alors qu'un déglutissement sec fait rebondir sa pomme d'Adam. Il ressemblait presque à quelqu'un qui avait perdu la mémoire, cloué à sa chaise, à examiner le moindre détail, le moindre bruit, à lever les yeux dès que quelque chose lui paraissait impossible, à tendre l'oreille dès que le mouvement de l'horloge tirait ses aiguilles vers l'aurore. On lisait la confusion, le néant et l'hyper attention sur son visage brouillé par le sale et l'humidité de la transpiration. De temps en temps il baissait la nuque, se rencontrait lui-même et ses propres lésions, dessinait un parcours visuel entre quatre murs d'où il ne pouvait pas sortir. Il aurait pu tenter, mais, pas sûr qu'il aurait tenu la distance.

Après son mutisme délirant, un quart d'heure tout au plus, alors que l'assiette fume sous son nez, son menton se lève et, sans vraiment croiser les yeux de l'autre panthère, ses cordes vocales abimées murmurent ses premiers vocables.

"Où est-ce... qu'on est."
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Ven 9 Fév - 18:18

*Bête furieuse. Elle pouvait la sentir sans le voir cette animosité à son égard, au sens figuré, celui des hommes, pas celui qu'elle a connu il y a quelques heures à peine. Ce type était pétri d’arrogance et de fierté mal placée, ça puait le mâle dominant et manipulateur à plein nez. Il ne devait sans aucun doute absolument pas être habitué à occuper cette position de faiblesse face à quelqu'un d'autre et transformait cette honte inappropriée en rancoeur et il s'était complètement braqué. Animal sauvage qui reste silencieux comme s'il attendait d'entendre d'où serait tirer le premier coup de feu.

Face à l'humeur massacrante dont il semblait faire preuve, Eden se faisait violence pour ne pas lui faire remarquer que sans elle, il serait entrain de se noyer dans son propre sang, condamné à un aller simple pour un « monde meilleur ». Elle n'avait ni la force, ni l'envie, de rentrer en conflit.

Aller chercher les vêtements avait eu l'avantage de lui aérer un peu les idées et c'est avec une certaine fierté qu'elle avait constaté qu'il s'était assis. Il faut se montrer compréhensive, lui chuchote sa semblable, regarde le, même en devenant homme, il reste un animal blessé.
Effectivement, lorsqu'on le voyait ainsi, nu et débraillé, il ressemblait toujours autant au fauve qu'elle avait côtoyé. Territoire inconnu, femme inconnu, il était sur la défensive, comme une bête sauvage.

Elle cru un instant qu'il lui claquerait un « non » catégorique au visage, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge alors que leurs orbes se croisaient. Il tremble, il frisonne. Le même frisson qui parcours l'échine de la brune alors qu'elle se fige. La féline se précipite en avant, fixe l'homme à travers ses yeux à la recherche du compagnon dont il a prit la place. Elle le voit, il est là, grattant la surface à la recherche de son contact.
Il rafle les habits comme au ralentit, retour à la réalité pour l'humaine qui se détourne, profondément déstabilisée. Elle n'éprouvait rien en sa présence, son corps, ses manières, ça l'avait laissée de marbre.
Ses yeux, tout est dans les yeux, tu l'as vu toi aussi ? Ronronne la félidé. Il est toujours là, notre fauve adoré.

Elle s'appuie sur le meuble, les bras croisés, posture savamment exécuté pour se redonner contenance alors qu'elle remet en ordre ses pensées. Inconsciemment ses yeux se fixent sur lui lorsqu'il s'habit, un regard protecteur, comme si elle veillait à se que l'acte ne finisse pas en catastrophe, qu'il ne se blesse pas davantage, il l'est bien assez.
Elle voit qu'il s'applique à ne laisser rien paraître et elle ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire quelque peu amusé. Fierté mal placée. Qu'elle se répète comme une caractérisation juste et quasi-parfaite du pianiste à ses côtés.

Il n'a pas encore lâcher un seul mot, même habillé il semble toujours imprégné des manières sauvages de son homologue à quatre pattes. C'est assez étrange à observer, elle jugerait qu'en temps normal il est d'un autre acabit. Là est sans doute le problème, le petit truc qui coince et rend ce moment si décalé, hors du temps, anormal. Elle le voit sous son pire jour, le moins flatteur, aléatoirement le plus révélateur. C'est lorsqu'ils sont dos au mur, quasi-désarmé que les gens révèlent toute leur fragilité. Enfin, les gens normaux, elle fait exception, son cas n'est pas une généralité.

Et l'animal réclame à boire, est-ce qu'il s'en est rendu compte ? Il n'ose même plus la regarder c'est parce que son regard ne le quitte pas qu'elle remarque ce moment bref mais évoquant où il humidifie ses lippes asséchées avant de déglutir lentement. Elle quitte son poste, sa position, et répète l'opération de nettoyage, avec un verre cette fois avant de le remplir. Opération qu'elle réitère une seconde fois alors qu'il boit d'une traite le liquide salvateur.

Honnêtement, elle ne se savait pas si patiente, à vrai dire du plus loin que remontaient ses souvenirs elle ne se l'était jamais montrée à ce point. Recueillir quelqu'un, même animal, le ramener dans un lieu si cher à son cœur, l'aider sans rien demander en retour, s'en occuper sans le brusquer. En tant normal elle n'aurait jamais aidé un animal, encore moins métamorphe, elle aurait appelé les secours, les auraient laissé s'en occuper. Mais là, elle s'en était occupé.

Elle l'avait gardé pour elle.

Quelques minutes plus tard, elle avait déposé assiette de pattes et couvert sous son nez. Elle les avaient toutes cuites mais se doutait qu'il devait avoir un appétit d'ogre et aurait tôt fait de tout dévorer. Elle lui remplissait un nouveau verre d'eau lorsqu'elle entendit le murmure d'une voix rocailleuse raisonner. Sa panthère se redressa sur ses pattes alors qu'elle tournait ses yeux vers lui. Non tu ne rêve pas, il a parlé.

Bonne question cependant, où étions nous ? Elle ne savait trop comment désigner cet endroit. Chez sa grand-mère ? Chez une défunte ? Chez elle ?*

- C'est censé être ma maison. Mais c'est davantage un jardin secret.

*C'était en soit une définition assez juste de l'endroit. En effet, ce devrait être sa maison, mais ça ne l'était pas complètement. La vieille bicoque était remplie de souvenirs de son enfance, de son adolescence. Tout ici la ramenait aux aspects les plus intimes de sa vie. La chambre d'une grand-mère, la chambre d'une ado remplit de dessins et d'ébauche de peinture de ses débuts. Aucune photo de sa famille, uniquement des photos d'elle prise par l'ancienne propriétaire des lieux, Eden seule sur pratiquement chacune d'elles, quelques rares photos de ses amis d'enfance dans son ancienne chambre. Et une chambre d'ami qui faisait fonction de débarra au milieu duquel trônait un lit usé aux draps qui n'avait pas été défait depuis plusieurs années. Jardin secret était un terme plus qu'approprié.*
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Ven 9 Fév - 19:50

Il avait l'impression qu'il faisait à peu près aussi froid à l'intérieur que dehors. Que dans ce linceul de neige qui l'avait vu se détacher de ses flots de sang, coagulant dans les ramifications du tapis blanc craquelant. Tout avait rejoint le baquet d'eau froide, posté à quelques des pieds de la chaise où il avait le derrière posé. Fixé serait plus juste : il n'était pas vraiment sûr d'être en mesure de se détacher de là à moins que toutes ses contusions ne soient refermées. La pommade qui a été appliquée un peu plus tôt a l'air de fonctionner, puisque quelques coupures ont arrêté de se plaindre au niveau de ses hanches.

De loin, de son comptoir, elle le regarde, bras croisés sur ses seins. À quoi pense-t-elle ? J'ai sauvé un métamorphe sur le précipice de la mort, et voilà comment il me remercie.
En effet, elle avait sorti d'affaire l'homme le moins reconnaissant de cette terre. Et si elle attendait la politesse dans les mots musiciens, dommage, ce n'était clairement pas le bon jour. Ou la bonne nuit, va savoir. Pendant qu'un plat glisse jusqu'à mi-hauteur de lui, des couverts font leur tintement distinctif et plongent le solitaire dans un état de famine silencieux. Plus les aliments sont proches plus vos yeux en raffolent et plus votre estomac se tord à l'idée d’emmagasiner tout ça là dedans. Allez, un peu de force dans les bras. Rapprocher la chaise de la table en tirant avec soi. Là, comme ça. La fourchette... dans la main droite. Le couteau, maintenant. De la vapeur s'échappe de l'assiette, embaumant l'air de ses délices gastronomiques. Bon dieu. Ce n'est que dans les situations d'urgences pareilles que tout nous parait excellent.

Les dents de la fourchette touillent les aliments avec une lenteur presque frustrante. Il croit mélanger ses pensées dans la sauce tomate alors que le couteau coupe les pâtes (oui il fait partie de cette tranche d'énergumènes à faire ça). Sa conscience lui dicte de boire un peu avant d'avaler tout ingrédient, ce qu'il fait. Voilà, ça passera mieux. Merci pour le repas, je ne te le dis pas, je le pense un peu mais tu peux toujours courir pour qu'un seul mot ne sorte de ma bouche à ce sujet.

(Il a envie de prendre un bain, une douche, de plonger dans la bassine rouge peu importe ; mais de se tremper le corps pour évacuer physiquement et mentalement tout ce sang)

Elle parle de ce qui devrait être son logis, la fille. La fille qui n'a pas de nom. Solel mentirait en disant qu'il s'en fiche ; il veut savoir qui a pratiqué toutes ces fouilles archéologiques dans sa carcasse. S'il écoutait sa panthère, il aurait déjà déballé la réserve des questions, des émotions, des bruits de douleur et des expressions abattues. Il aurait abandonné tout caractère d'orgueil, d'empreintes un peu fières un peu précieuses pour se consacrer uniquement à la seule question : "Qui es-tu ?" Pourquoi la panthère de la brune l'appelait à ce point, qu'est-ce qui paraissait aussi familier dans ce regard d'ambre, dans ce timbre de voix platonique au million de parasites planqués sous le tapis du silence. Un jardin secret ? Pourquoi l'y avoir emmené. On ne montre pas ses recoins les plus sombres au premier animal couché dans la neige. À moins qu'elle ait cru qu'il lui montrerait la félicitée après quelques soins ? Non, ça ne semble pas être ça. Solel le voit, l'entend et inconsciemment, le sent. (Le fauve sait exactement de quoi il retourne mais son mur de béton rend nul les hurlements de sa voix) C'est autre chose. Quelque chose de plus incontrôlé, de plus... viscéral. Plus il cherche, plus la réponse a l'air de fuir au loin, comme si elle le narguait de son incapacité à comprendre. "Tu ne peux pas tout analyser avec ton œil autoritaire, Phoenix" Et il déchargeait l'incompréhension dans son repas, la face tendue mais aussi résignée. Tout du long, il n'échangea pas d'autre regard avec l'autre panthère.

On n'entendait que le son des couverts qui tapaient sur la porcelaine, capturaient les pâtes entre les dents de la fourchette pour les tourner en un nid parfait. Même dans la blessure le pianiste conservait des gestes soignés. Il était peut-être dans une position de faiblesse, délesté de ses couches protectrices et de la clarté de ses yeux charbon capables de tout discerner ; il demeurait indéniablement ce faux noble à la démarche précise et calculée. Peu importe les circonstances. Fatalement son assiette se vide et il n'y reste plus que des griffes de sauce endormies au fond du récipient. Un ultime mouvement distingué l'aurait poussé à ramasser les résidus avec quelque chose comme du pain, mais force est de constater qu'il n'est plus capable de rien sinon laisser son dos se reposer sur le dossier de sa chaise. Jamais il n'a fait plus long repas.
Un long soupire soulève sa cage thoracique, soupir qui n'est pas sans le faire crisper un peu. On évitera les mouvements amples pour le moment. Sa main découvre un pan de la couverture au niveau de son épaule droite ; les entailles. Elles ne sont pas très profondes (moins que tout à l'heure il dirait), mais tirent sur sa clavicule. Peu à peu Solel soulevait le tissu qui couvrait son torse pour observer de lui-même les vestiges de son altercation de la veille. Doucement mais sûrement, son corps se réparait et remettait en place les nerfs abimés.

Il surprend quelques fils entremêlés au niveau de son flanc. La panthère se réveille, progresse jusqu'à la paroi renforcée où elle croit y voir une brèche. C'est l’œuvre de cette femme. Il se met à compter. Une, deux, trois, quatre... Six balles ? Elle avait délogé six balles, la brune ? Attends, il ne peut pas bouger. Froncement de sourcils à l'appui, ses poings se resserrent sur les côtés de la couverture comme s'il n'avait plus que ça pour se maintenir à l'abri. À l'abri de quoi ? De tout. Un instant sa vue se fragmente, brouille sa perception. Sous ses yeux tirent l'invasion des cernes mais qu'est-ce qu'on pouvait attendre de moins venant d'un blessé. Toujours ce mutisme agaçant qui pend à l'ouverture de sa bouche, alors que son coude fait appui sur la table et son front se niche dans sa paume. Lentement son raisonnement remet un peu d'ordre dans son esprit, relie les informations entre elles et font revenir Solel l'homme à la capacité de réflexion. Ses yeux se baladent à droite à gauche, inspectent et lui font rappeler ce qui s'est passé, comment il a pu arriver jusqu'ici et surtout, le souvenir de la fille. La brune, l'humaine, l'inconnue, la latente, la panthère, la dulcinée. Tant de noms, mais d'aucun qui ne la désigne réellement elle.

À la naissance de ses lèvres bordées d'un peu de rouge, d'autres syllabiques trébuchent en une seule phrase. "Comment tu t'appelles ?" Une voix caverneuse, peu audible qui aurait demandé à ce qu'on penche l'oreille pour être sûr des mots prononcés. Sans se départir de sa position, ses iris charbon creusaient dans ceux opposés. Ils veulent comprendre pourquoi ils n'ont pas su leur dire non.

Il est tard. Passé minuit. Le mélomane il veut rentrer chez lui, écouter d'autres sons que ceux de son cœur qui bat avec lourdeur, mais il sait qu'il ne pourra pas arriver jusqu'au palier de sa maison sans avoir abandonné un peu d'écarlate à sa suite. Et... bizarrement, l'idée de demander un toit à la brune le répugne. Elle en a déjà vu plus qu'il n'en faut. C'est à cet instant qu'il entrait à nouveau en conflit avec son fauve. Les animaux se posent bien moins de questions, et il n'existe pas d'orgueil à proprement parler chez eux. Si ça avait été de son ressort, la panthère se serait laissée tomber au pied de sa moitié féminine pour y sommeiller jusqu'à l'éternité. Jusqu'aux fossettes de la Vie que son pianiste a tenté d'ignorer.

En l'occurrence, il n'a pas de chez lui où rentrer ce soir, et il refuse de demander asile auprès de sa sauveuse nocturne. Oui, il s'agit en effet de fierté bien mal placée.


Dernière édition par Solel Phoenix le Ven 9 Fév - 22:15, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Ven 9 Fév - 21:49

*Le mutisme à nouveau, à croire que ça lui arrache la bouche d’aligner un mot. C'est sans doute le cas, il n'a pas l'air de beaucoup m'aimer. Etrange quand y pense, à voir l'attitude que son égal aux griffes acérées avait tout à l'heure, on aurait pu penser que l'homme en serait apaisé. Visiblement ça avait eu l'effet contraire. C'était de concert que les deux femelles analysaient l'individu qu'elles « côtoyaient » actuellement. Elles étaient en osmose sur un point : la panthère était attachante, adorable là ou l'homme était antipathique et froid. C'était à se demander lequel des deux avait été visé par l'attaque si l'humain se montrait aussi méprisant avec toute personne qui croisait son chemin. Ca faisait vibrer les babines d'agacement à l'une et irritait l'autre. Sa féline remue la queue, propose de le mettre à la porte à poil, l'obliger à se retransformer pour retrouver son compagnon si désiré. Proposition rejetée. Vilaine humaine.

Son regard était autant fixé que le sien était fuyant. Typiquement Bellamy de se montrer aussi impolie. Elle n'avait jamais fait preuve d'une grande pudeur ou d'un respect de celle des autres, qu'elle soit physique ou morale. Et à vrai dire, si elle était honnête, ça l'amusait. Elle savait que chaque seconde passées à s'offrir ainsi à ses yeux était une épreuve particulièrement éprouvante pour lui. Bien fait. Il gardait cependant une certaine constance alors qu'il dévorait avec appétit son plat improvisé un peu trop fait maison, en d'autres circonstances, il aurait sans l'ombre d'un doute rechigné à ingurgiter ces féculants.

Elle le voit amorcer le fatidique mouvement d'affalement dans sa chaise, grave erreur, il va avoir un mal fou à se redresser, elle en sait quelque chose, les corps endoloris incapable de bouger elle les connait bien elle en a été un à de nombreuses reprises. Mais elle ne dit rien, consciente de la façon dont cela serait interprété de sa part. Un simple conseil traduit comme une volonté d'asseoir une domination sur lui. L'orgueil est un fléau mesdames et messieurs.
Il s'inspecte, semble réaliser l'étendue des dégâts et surpris par le nombres de balles retirées, elle aurait pourtant juré que la douleur l'avait tenu assez éveillé pour avoir conscience de l'extraction de chacune d'entre elles.
Au moment où il se redresse et prend appui sur la table, il semble prit d'un vertige et mue par un réflexe qui n'est pas de sa propre volonté (satané félidé) elle s'avance, réduit la distance. Mais il se stabilise, se plonge dans une immobilité quelque peu inquiétante : jusqu'ici il avait mit un point d'honneur à tenter de se mouvoir normalement.

Elle a bien faillit ne pas l'entendre sa question. Si elle ne s'était pas rapprochée quelques secondes plus tôt cela aurait sans doute été le cas. Et grande nouveauté, il avait lié la vue à la parole.*

- Dit moi le tient et je te donne le mien.

*Oui oui, vous avez bien lu, elle lui a retournée la question. Petite pique provocatrice, vengeance personnelle de son attitude à l'heure actuelle. Avec Eden c'était donnant-donnant, et elle avait un peu trop offert ces dernières heures à son goût pour qu'elle ne réponde à une question sous le simple prétexte qu'il l'avait posé. Et puis en l'état, il aurait pu penser qu'elle se moquait. « Eden », pour ceux qui ne suivent pas au fond de la classe, est dans la religion aussi appelé « jardin des délices » ou « paradis ». Quelles sont les probabilités qu'une femme qui vous sauve la vie se nomme ainsi ? Je vous donne un indice : elles sont proches de zéro. Et après lui avoir parlé de jardin secret, la référence aurait parue déplacée.

Pour ce qui est de l'asile, la brune n'allait pas lui laissé le choix, il était évident à ses yeux qu'il allait rester ici le temps que la cicatrisation soit finie et « comble du bonheur », elle allait lui coller aux basques pour s'assurer qu'il ne joue pas à l'imbécile et que son orgueil ne ralentisse le processus.
Elle attrapa la vaisselle qu'il avait utilisée et la nettoya avant de la laisser choir dans l'évier. L'opération était rapide, elle avait le coup de main Bellamy, pas pour faire la vaisselle, c'est qu'elle nettoyait quotidiennement bac et autres pinceaux couverts de peintures. Un coup d'oeil perdu sur ses mains qui s’affairaient à leur tache, elle remarqua ses bras couverts de sang et de poussières, elle n'osait même pas imaginer l'état de ses cheveux.
Elle jeta un coup d'oeil à l'homme aux membres engourdis sans cacher un instant l'inspection qu'elle était entrain de réaliser.*

- On est sales.

*Simple, direct, mais ça avait le don d'être clair et honnête. Elle alla dans le couloir dégagea le passage jusqu'à la salle de bain et après avoir rincée la baignoire, laissa l'eau couler pour qu'elle soit chaude lorsqu'elle reviendrait, puis elle retourna auprès du brun décidée à cesser de prendre des pincettes avec lui, ménager son égo ne servait à rien à part retarder ce qui de toute façon était nécessaire.*

- Je sais que tu as du mal à bouger et que tu as encore mal je ne suis pas aveugle. Alors je vais laisser de côté la courtoisie pour l'instant : ce soir tu dors ici. En attendant il faut te laver. Et au cas ou tu te pose la question oui je vais t'aider à marcher jusqu'à la baignoire et oui je t’aiderais à laver tes plaies si besoins.

*Elle posa une main sur le dossier de la chaise, laissant le champ libre au métamorphe de se lever tout en restant à proximité, il serait regrettable qu'il ajoute à ses blessures en chutant la tête la première sur le carrelage. Elle ne le pressa pas cependant, si elle avait cessé de mâcher ses mots, elle ne voulait pas non plus le braquer et lui laissait le contrôle du temps qu'il mettrait à se décider.*
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Message(#) Sujet: Re: Rouge du crime, que la mort décolore Ven 9 Fév - 23:54

"Dis-moi le tiens et je te dirai le mien"

Saloperie. Il préfère chanceler sur place et galérer en tentant de se relever plutôt que de courber l'échine aussi facilement pour quelques lettres. Tant pis, il ne saura pas. Il ne saurait rien d'elle. Il ne se rappellerait que la couleur de ses yeux fauve, la forme de son visage soigneusement taillé, la façon dont elle fait la moue quand elle comprend à quel point il est buté, et sa poigne assurée au moment d'ôter les billes de plomb.

Il aurait tout, sauf son nom.

(Les rares fois où je te regarde sont les seuls moments où j'admets qu'il y a quelque chose que je ne peux pas discerner en toi et qui m'accapare profondément)

C'est à cet instant précis que sa panthère choisit de cogner son flan noir contre sa cage thoracique. Elle affichait clairement quelque chose que son humain refoulait, et aurait aimé être capable de surgir hors des entrailles pour courir rejoindre l'autre masse noire et s'en aller avec comme si on avait déployé les portes pour laisser émerger les fauves de leur cage. Et ça n'y ressemblait que trop bien. À l'heure actuelle Solel ne partageait plus son enveloppe avec celle de son fauve : il en devenait l'étau qui piège les crocs.

Le dossier de la chaise c'était devenu sa canne à lui, son moyen de se mouvoir et de maintenir sa colonne droite, assez pour qu'il soit toujours plus grand que la brune au moment d'être levé. C'est pas tant qu'il peut pas se servir de ses jambes le pianiste ; c'est que la douleur qui rebondit à ça et là de ses vaisseaux sanguins et de ses muscles est juste terrible. Oui ça se cicatrise petit à petit, mais l'écho du son est tenace. Ce n'est pas la plaie en elle-même qui le fait renâcler ; peut-être aussi le poids du regard féminin qui le targue. Alors il se contente de hausser fébrilement des épaules Solel, signe d'un début de rire traduit en un soufflement de nez.
Très bien, on va marcher sur ce terrain-là.
Compte rendu : ils n'auraient aucun nom à donner à l'autre.

Plus il s'entêtait, plus il dépitait sa panthère qui chagrinait auprès de sa prison de noir et de silence. Quelque part entre les ombres elle laissait sa griffe aveugle fendre dans l'air, cherchant sa moitié qui disparaissait entre la voix d'Eden. "Solel moins tu regardes cette femme, moins je peux voir la panthère" Il en était sûr et certain, le félidé. Sûr d'avoir frôlé l'épaule de sa moitié ; certain d'avoir entendu le timbre familier qui assure Oui je suis là pour toi et je ne pars pas.

Un feu semble s'animer dans les regards quand elle impose la nuitée à son invité de dernière minute.
Et là la panthère sait ! Elle sait, et trop bien, alors elle intime, elle se lève dans sa prison de fer et de tonnerre, cligne des yeux par deux fois et déploie la gorge autour de son humain insolent et buté : T'as pas le choix Phoenix. Tu dors ou tu meurs. Je pense que tu préfères un sommeil d'où tu te réveilles, pas vrai ? Alors écoute-la, un peu, apprends à baisser des yeux quand tu fais une erreur et à lever le menton quand on te parle. Applique les qualités que tu demandes à ton public. Sous la couverture tu n'as plus rien, plus rien pour te protéger physiquement. Tu te fracasseras au moindre choc, au moindre tremblement, mais tu as gardé ta voix et tes mots qui tranchent comme le vent. Ne t'en sers pas pour couper les liens qui te sont donnés. Apprends l'humilité.
En même temps que le fauve chuchotait au creux de ses tympans, les mots d'Eden pleuvaient au fil de l'eau comme d'un fleuve, s'introduisaient dans l'ouïe du pianiste et de son animal qui fulmine, balaye l'air du bout de la queue et de ses griffes, laboure la terre. D'autres sortes d'hématomes qui tapissent l'âme.

Définitivement, il la regardait. Avec Solel, il fallait faire l'exact inverse du comment lui agissait avec autrui : il fallait se montrer ferme, sec, direct. Ne pas perdre son temps en belles métaphores ; ne pas non plus taper du poing sur la table. Le regarder droit dans les yeux, le forcer si nécessaire et régler le volume de manière audible, puissante. Comme on le ferait avec un enfant. Et il ne dit rien, toujours, mais pas par volonté d'agacer son homologue : parce qu'il n'a rien à lui répondre, simplement, sinon le geste de s’exécuter en avançant à tâtons dans la semi obscurité des lieux. Bien sûr ça fait craquer un peu les articulations et les rotules, bien sûr ça pourrait forcer sur les cicatrices qui essaient de se reposer pour se refermer, bien sûr que ça déplait à son foutu orgueil qui marque alerte rouge sous l'acceptation de l'homme face à la femme. Il ployait, littéralement, foulant le seuil de la salle de nettoyage sans émettre la moindre complainte.

Sans réellement prendre la peine d'examiner les lieux, son attention tombe directement sur la baignoire qui enveloppe un lac miniature fumant comme le plat de tout à l'heure. Il va devoir plonger les pattes. Ça valait la peine d'enfiler un jogging pour le retirer dans la minute d'après. De lui-même il se déleste de son bas en étirant l'élastique de la taille, laissant l'habit tomber mollement sur le carrelage. Pareil pour la couverture qui choit à terre d'un simple lâché, et le voilà de nouveau exhibé. Il ne s'en formalise pas, à vrai dire, les métamorphes ont la fâcheuse tendance à être plutôt en accord avec leur nudité - non ici, il s'agit d'un cas extrême venant d'un agonisant qui refuse qu'on le voie dans cet état de faiblesse. Au moins, il est plutôt satisfait de voir qu'il va pouvoir se débarrasser de toute sa crasse, le pianiste.

Pied droit puis pied gauche. La chaleur fait un électrochoc avec son corps froid et alourdi par le demi sommeil, la presque douleur. Un puissant frisson traverse de son coccyx jusqu'à la naissance de sa nuque, vrille les nerfs. On affilierait la sensation à celle de l'orgasme, mais il s'abstient de laisser toute trace de bien-être sur son visage,
(il ne faut pas qu'elle sache il ne faut pas il ne...)
ne laissant apparaître que son profil indifférent. Et il est complètement dedans Solel, assit et l'eau qui marque sa ligne d'horizon au niveau de son buste. Il n'a pas pris de bain depuis bien longtemps, passant trop souvent par la rapidité de la douche.  

Il était cet animal sauvage trouvé en pleine nature et qu'il fallait laver de toute la terre. Rapidement la température liquide ressouda ses muscles pour tout détendre avec une douceur violente ; on pouvait voir des minuscules gerbes rouges fuir d'entre sa chair mais le plus important était parti dans le premier baquet. Le silence à nouveau, emplissait la pièce aux cloisons restreintes dans cette torpeur-quiétude. On n'entendait que les vagues de l'eau et les ondes à la surface quand il s'agissait de vérifier si ses membres répondaient toujours. Dans un premier temps le solitaire remarqua le savon qui trainait dans une coupe posée à l'angle de la baignoire. Il s'efforçait d'ignorer la présence d'Eden, se croyant capable de se débarbouiller seul avec la mobilité quasi inexistante de son corps. Solel parvint surtout à savonner ses paumes puisque le rectangle brut tourna plusieurs fois dedans sans mal, mais inutile de préciser qu'on repassera pour le dos. Misère misère.
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