AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Jetons les graines [pv Basil]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar


âge : 29 ans
travail : officiellement pasteur dans une paroisse "traditionnelle pour métamorphes", officieusement dirigeant d'une secte, le Temple du Soleil, dans laquelle il insuffle discrètement ses idées extrémistes anti-humains. Il gère également un trafic de drogue, à la tête d'une branche du réseau à Inverness.
statut : célibataire.
forme animale : un mamba noir, serpent létal dont le venin tue en quelques heures, voire moins selon la localisation de la morsure et la dose injectée.


pseudo : lost spirit.
célébrité : Iwan Rheon.
messages : 195
crédits : Thinkky.
DC : Harrison Stone.

Message(#) Sujet: Jetons les graines [pv Basil] Mar 9 Jan - 15:15

Jetons les grainesDagger et Basil, ancrage.Je fixe la porte sans mot dire, campé sur mes deux jambes, immobile au cœur du centre commercial. La masse grouille autour de moi, passant comme un flot humain qui semble m’éviter, se fendant en deux pour me contourner, mais c’est sans doute une illusion de mon imagination. Ils vaquent à leurs occupations en ignorant leur entourage, mais en se rassemblant inexorablement en un lieu où pullule la vie, l’animation. Je sens ma veine pulser contre mon cou et j’inspire discrètement, mes yeux se fermant sous mon effort, les bras tendus contre mes flans, les poings serrés. Les insectes qu’ils sont n’ont aucune idée des sentiments qu’ils m’inspirent, de la difficulté que j’éprouve à me mêler à leurs rangs désordonnés, jour après jour. J’ai laissé ma soutane pour revêtir un habit plus conventionnel pour le temps informel et c’est en t-shirt bleu marine muni de boutons sur le torse, d’un pantalon de couleur similaire et d’une veste noire que je suis venu à la rencontre du solitaire. Je sens un vague sourire étirer mes lèvres à son souvenir et j’entrouvre les yeux, cherchant sa silhouette à travers la vitre de la boutique, son air doté d’une innocence crasse qui m’a transpercé dès notre première rencontre, quelques jours plus tôt. Je l’ai tout de suite remarqué durant le serment, son attention focalisée sur ma personne, sur mes mots, mes mouvements, et je n’ai cessé de l’observer du coin de l’œil. Il est demeuré jusqu’à la fin et j’ai pris les devants, comme souvent, un grand sourire scotché sur mon visage. Il est de ceux qui suivent, de ceux qui hochent la tête, j’en suis persuadé. De ceux qui écoutent et se taisent.

J’entends le faire intégrer la paroisse de façon régulière, et plus encore s’il m’en donne la possibilité, s’il se montre suffisamment malléable, comme je le suppose déjà. Mes doigts s’ouvrent et se referment plusieurs fois avant que je ne me mette en route, franchissant les quelques pas qui me restent jusqu’à la porte du magasin, m’engouffrant dans cette antre dominée par de multiples effluves. Mon odorat n’est pas aussi développé que celui des canins mais je parviens néanmoins à saisir les variations qui s’opèrent dans différents coins de la fleuristerie. J’ai beau disposer d’un arsenal moins impressionnant que certains métamorphes, je n’en suis pas moins létal, voire davantage que ceux qui ont les dents les plus tranchantes, les griffes les plus acérées. Une morsure, et mon venin tue rapidement quiconque se fait mordre, à condition qu’il n’ait pas d’antidote sous la main. Et je dispose d’une réserve de chloroforme que je conserve au cas où je devrais disposer de quelqu’un sans risquer qu’il ne détale et rejoigne un hôpital. Je peux ainsi prendre mon temps, opérer en toute tranquillité, et à Santa Fe, quasiment personne ne m’avait jamais vu sous forme animale.

On ne peut guère me méprendre avec un humain – un frisson involontaire m’échappe à cette idée, et je sers la mâchoire. Rien ne me révulse davantage que cette espèce prétendument dominante, cette myriade de créatures aux capacités limitées et à l’égo surdimensionné, en comparaison de leurs qualités moindres. Ils ont pillé un monde qu’ils n’auraient jamais dû fouler, s’octroyant une place qui ne leur est pas destinée ; ils nous ont forcés à la discrétion, comme le soulignait ma tendre mère. Ma tension commence à s’échapper à son souvenir et mes muscles se détendent, mes lèvres se recourbent, et je bouge enfin. J’avais cessé toute action, planté au milieu de la boutique, et je vois à présent quelques regards intrigués lancés à mon encontre mais je me contente de les fixer sans sourciller avant qu’ils ne se recentrent sur eux-mêmes, comme ils savent si bien le faire.

Mes iris inquisiteurs se faufilent entre les rayons, pour finalement venir se poser sur l’homme responsable de mon déplacement. Je le rejoins en un instant et parviens à sa hauteur, mon sourire s’agrandissant en rencontrant son regard. Je ne l’ai pas prévenu de ma venue, à quoi bon ? Ainsi, il n’a ni le loisir de refuser, ni de m’imposer – de tenter de m’imposer – ses souhaits. Je ne demande jamais avant d’agir, je considère cela comme une véritable perte de temps et de moyen. J’ai déjà entendu l’adage il vaut mieux demander pardon que la permission, et je suis plus ou moins en accord avec ce message, si l’on omet la partie du pardon. Il vaut mieux agir qu’attendre la permission me semble plus adapté. Je tends une main assurée que je pose sur son épaule, de dos, et ma voix éclate à mes oreilles après une journée de quasi silence. « Bonjour, Basil. » Je laisse mes doigts posés encore un instant avant de rompre le contact, sans reculer pour autant. « J’ai craint de ne pas te trouver ici, mais je suis soulagé de ne pas m’être trompé d’endroit. » J’ai fait des recherches, et je n’avais aucune chance de commettre une erreur. « J’ai beaucoup songé à ta venue à l’église, et j’étais impatient de t’y retrouver, mais tu n’es pas venu. » Je prends garde à ne laisser qu’une bribe de déception envelopper mes paroles, je ne veux pas le faire fuir, ce serait contre-productif. « Le serment de la dernière fois ne t’a pas plu ? Je pensais que tu étais sensible au devenir des métamorphes, mais j’ai peut-être projeté trop d’impressions pour une seule rencontre. Ou bien j’ai tout imaginé. »

Je le fixe avec attention, entièrement tourné vers lui, oubliant le monde qui poursuit sa course autour de nous. « Croire en quelque chose de plus grand que soi, développer sa foi, ne peut qu’aider à avancer dans cette société vorace. J’en sais quelque chose. » J’ai foi en moi, plus que quiconque, et j’ai la détermination nécessaire pour guider les égarés – où, c’est là toute la question. « Mais si je t’ai fait mauvaise impression, ou même si je ne t’ai pas convaincu, je le comprends. Ce n’est pas avec un seul serment que je peux refaire le monde, je peux simplement éveiller quelques consciences, et si c’est le cas, le pari est gagné. » Ma lèvre inférieure se bloque une seconde entre mes dents, et je lui lance un regard conspirateur. « Mais j’aimerais éveiller la tienne, je vois beaucoup de potentiel en toi. » Je jette les graines, et ne restera plus qu’à les arroser.
©️ 2981 12289 0
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://inverness-rpg.forumactif.com/

Invité

Invité


Message(#) Sujet: Re: Jetons les graines [pv Basil] Mar 9 Jan - 17:30

Si je n'avais pas été fleuriste, je me demande parfois ce que j'aurais pu être d'autre. Peut-être peintre, sculpteur, écrivain si j'avais eu les bons mots pour marquer les gens. Ou bien je décorerais l'intérieur des foyers. J'apprécie la musique mais n'ai jamais su en jouer. J'admire la devanture des grandes boutiques de tailleur mais n'ai aucun don pour l'habillement. Je ne possède ni l'oeil qui capture les couleurs, ni l'ouïe du mélomane, ni l'odorat du fin gourmet. À la place, on m'a donné le toucher fragile, les pores de ma peau qui reconnaissent la fibre rugueuse des fleurs capricieuses, ou encore la surface polie des galets léchés par la mer. Sans doute par curiosité, par envie et par contemplation, tâter la matière permet la sensation et l'imagination ; avec le temps on n'a plus besoin de contact pour ressentir le bien ou le mal physique. C'est en nous, dans la tête, et ça vrille les nerfs comme le cristallin d'une lame tirée de son fourreau. On pourrait dire que ça nous rend perméable à la moindre onde, au moins son, à la moindre teinte chromatique et au moindre fumet épicé... Mais en réalité, on ressemble seulement à une éponge qui absorbe tout pour rejeter les bactéries dès qu'on presse dessus. On encaisse, on supporte, mais on ne peut rien exploiter. Je ne sais pas comment on appelle ça, le fait que rien ne nous traverse réellement : que tout nous atteint, mais que nous n'avons tout simplement pas les moyens de nous en sauver.

En dehors de mon collègue de travail (je crois qu'il est un peu plus jeune que moi), je ne parle pas à beaucoup de monde. Parfois des inconnus passent le palier de la porte, essuient la plante de leurs chaussures et font un signe de tête, mains dans les poches. Ils viennent pour un proche, vivant ou parti, et ne sortiront que lorsqu'ils auront trouvé le bouquet parfait. Certains choisissent pour le rendu des couleurs ; des camaïeux de rouges et de blancs. D'autres se fient uniquement aux parfums. Les derniers viendront pour la signification de chaque fleur choisie, sans se soucier de l'harmonie qu'elles auront une fois mariées ensemble. Je suis de ceux qui sont d'avis que, peu importe la raison pour laquelle vous venez : vous êtes sensibles à l'art et ça me suffit pour vous faire confiance.
Je sens le relief de l'épingle qui retient la plaquette contenant mon nom patronymique, là, accrochée au cœur. Le plastique est neuf, preuve qu'il a été fait il y a peu pour moi. Au départ, on se dit que c'est un peu intimidant. Qu'on pourrait se faire appeler parce qu'on a besoin d'aide. C'était ce que je pensais, mais en fait, bien peu de gens osent demander par le nom. Ils préfèrent dire : "S'il vous plait, monsieur ?" ou bien alors "J'ai besoin de votre aide" et en dernier "À vrai dire, je ne sais pas quoi choisir entre les hortensias et les œillets". On n'a pas de manière pour s'appeler.

Pas de manière... Mais on n'est pas des chiffres pour autant. À part pour deux raisons. Quand on est au travail et qu'il faut répondre présent, ou bien quand on fait partie d'une espèce de l'humanité que l'humanité elle-même déplore. Et là, on se compte en milliers. On a beau dire qu'on est infini, pourtant, j'ai parfois l'impression de n'être que un seul. Mon binôme porte un lion tout au fond de lui, et que ressent-il ? Se sent-il plus fort parce qu'il est un prédateur ?

Mes mains ont commencé à trembler. Sous mon nez il y a la floraison partielle d'une fleur de lys plantée au mois de Septembre dernier. Si je veux espérer voir apparaître les premiers bourgeons, il faudra que je m'en occupe comme de la prunelle de mes yeux. Ainsi, je verrai la blancheur des pétales, éclore pour la période estivale.
Il faut que je me calme. Je taille la naissance des tiges qui pourraient nuire à la vitalité de la plante ; c'est presque chirurgical. On ne vise pas n'importe où. Et quand je sens que je fais quelque chose correctement, le bout d'un sourire rehausse mes lèvres. Plus que le beau, je passerais ma vie à entretenir cette minutie privée et solitaire dans laquelle je me complais à penser. Peut-être que ça ne résoudra pas mes problèmes (oh oui, je le sais), mais ça permet de s'évader. Je pense jusqu'à me perdre dans le néant, et je ne me rends pas tout de suite compte que quelqu'un m'a approché par derrière. Je ne l'aurais probablement jamais su d'ailleurs si on n'avait pas un peu attiré mon attention par l'épaule. Je finis par me retourner, le pot en mains.

Ma pompe cardiaque rate un battement quand je reconnais les opales de deux yeux céruléens. J'ai mauvaise mémoire des visages parce que je fais exprès de ne pas les regarder suffisamment longtemps pour ainsi éviter de mémoriser les traits ; mais je ne peux pas ignorer le timbre de voix profondément masculin qui fait son cheminement jusqu'à moi. Des mots qu'on choisit avec une précision astronomique, diabolique (j'aurais du mal à dire quel est le meilleur adjectif). Bonjour, Basil. Et ma bouche s'entrouvre comme si elle était prête à cracher un million de salutations. Mais rien n'émerge. Les paroles qui fraient une cinglante route jusqu'à mes neurones m'ôtent la peur caractéristique de la proie prise en joue par le chasseur.

"Je... Je suis désolé. Il fallait que je m'occupe des géraniums et je ne pouvais pas... Enfin Casey avait à faire alors j'ai dû prendre sa place et j'ai... J'ai pas pu..."

Je me confonds en excuses et me mets à raconter n'importe quoi, mais si j'avais pu me voir agir ce jour-là, je me serais demandé pourquoi. En face, l'esquisse de la mimique désolée m'enlève un peu plus de défense. Contre moi le lys resserre l'étau qui prend en enclave ma respiration.
La première fois que j'ai vu Dagger, je crois que c'est à peu de choses près ce que j'ai ressenti aussi. C'est difficile, de l'oublier. C'est difficile, de ne pas le regarder. Il a quelque chose qui détonne, qui ne se fourvoie pas et qui envoie les éclairs de conscience. J'avais les poings fermés comme le repentant alors que je l'écoutais parler des changeurs de forme. Il disait que nous étions les enfants du Tout-Puissant, figure céleste qui nous prend et nous protège sous sa coupe sans faire de distinction aucune. Si nous existons, si moi je peux devenir daim et faire disparaitre ma conscience plusieurs jours pour revenir après, n'est-ce pas la preuve que nous avons quelque chose de hors du commun qui ne peut s'expliquer autrement que par l'invisible ? Un pouvoir exceptionnel que nous avons couramment appelé Dieu.

Pendant tout ce temps je suis resté planté là sans répondre, buvant les paroles d'un grand leader. Oui, je l'écoute. Oui, j'entends sa voix et elle me transperce. Ce qu'il veut dire, c'est que nous ne sommes pas seuls, et qu'il y a une raison à notre présence sur terre.

"Et je veux y croire. Pardon, je ne voulais pas te décevoir." Ma vue descend sur le sol comme poussée par une étrange force. Je presse mollement le pot de fleurs contre moi. Il n'y a personne. Personne, sauf lui. "Excuse-moi... D-Dagger." J'ai honte et je ne sais pas pourquoi. L'impression de m'être défilé me lacère si fort que je pourrais croire qu'il ne me reste plus d'épiderme. Je pourrais être nu. Soudain il évoque mes capacités, souligne la croyance que j'ai commencée et que je... que je pourrais achever à ses côtés ? Oui ? C'est bien ça ? "Je t'ai écouté l'autre jour. Tout le monde t'a écouté. Tu disais qu'on pourrait aller loin, tous ensemble. Que c'était possible de vivre entier et comblé. C'est vrai, n'est-ce pas ? On n'est pas des monstres, on est des miracles ? Hein, c'est vrai ?" Je déglutis. La bile me monte à la gorge et trafique les mécanismes de ma voix pendant que mon visage hésite entre dévoiler de la stupeur ou la crainte de faire fausse route. Mais il y a aussi la joie d'avoir quelqu'un auprès de qui être, auprès de qui avoir le droit d'être faible. Je n'ai qu'une envie. L'envie de m'évaporer, que mon corps meurt et que tout parte rejoindre la terre. Et enfin, j'irais m'échouer dans l'océan qui habite les yeux de Dagger, là où semble reposer un monde meilleur.
Revenir en haut Aller en bas
avatar


âge : 29 ans
travail : officiellement pasteur dans une paroisse "traditionnelle pour métamorphes", officieusement dirigeant d'une secte, le Temple du Soleil, dans laquelle il insuffle discrètement ses idées extrémistes anti-humains. Il gère également un trafic de drogue, à la tête d'une branche du réseau à Inverness.
statut : célibataire.
forme animale : un mamba noir, serpent létal dont le venin tue en quelques heures, voire moins selon la localisation de la morsure et la dose injectée.


pseudo : lost spirit.
célébrité : Iwan Rheon.
messages : 195
crédits : Thinkky.
DC : Harrison Stone.

Message(#) Sujet: Re: Jetons les graines [pv Basil] Sam 13 Jan - 18:50

Jetons les grainesDagger et Basil, ancrage.Le serpent siffle, excité par la proximité de tous ces humains qui pullulent autour de nous. Bien qu’incapable d’engloutir un être d’une telle taille, son instinct de prédateur s’agite face aux proies éventuelles sous ses yeux. Loin de le museler, mes sentiments l’exhortent à l’attention, lui font atteindre un état qu’il ne pourrait rencontrer à l’état sauvage, sans moi. Ma passion, il ne la comprend pas, mais il en éprouve les ressentis physiques ; il est nerveux, désireux d’attaquer, d’enfoncer ses crocs dans la chair qui nous entoure. Il m’a depuis bien longtemps octroyé les pleins pouvoirs sur notre enveloppe corporelle, car il sait que jamais je ne cherche à le restreindre, à lui faire adopter une idéologie qui n’est pas la sienne. Museler son animal fait partie intégrante de la vie des métamorphes domestiqués, ceux qui se fondent dans la masse des insectes et imposent à leur double une attitude préjudiciable pour leur instinct de tueur. Un loup se voit contraint de courber l’échine, de se plier à la société qui l’entoure et qui se fiche pourtant de son devenir, tout cela sur les ordres de son hôte qui, lui, y évolue dans une fausse sérénité. Je laisse le reptile se complaire dans ses désirs de sang, je les ai moi-même assimilés depuis la rencontre avec mon père, et il serait hypocrite de les lui nier alors que je m’y épanouis. La majorité des métamorphes n’a pas conscience de l’injustice de la situation, de la cruauté qu’ils exercent sur leur passager qui pourtant devrait être au centre de leurs attentions.

Ils ne devraient former qu’un front commun envers le reste de l’humanité, mais ils préfèrent les rabaisser dans leur estime de soi, et les négliger pour le bien des humains. Cette réalité imposée par les hommes me révulse, et ceux qui s’y cachent d’autant plus s’ils arborent les mêmes facultés que moi. Alors le serpent me fait part de ses envies macabres, et je les accepte, me les approprie, et le laisser émerger quand l’occasion s’y prête pour qu’il agisse en toute honnêteté de ce qu’il est vraiment, de ce que nous sommes vraiment. Un être prodigieux dont les capacités surpassent celles du commun des mortels, touché par la grâce de Dieu, ajouterais-je si ma paroisse était présente. Je peux leur inculquer, à eux, ce qui fait si défaut au reste des nôtres, et mes idées les gagnent peu à peu, qu’ils s’en aperçoivent ou non. L’esprit est une chose telle qu’il peut être facile de s’y infiltrer si l’on connaît son fonctionnement, et je me glisse subrepticement dans chaque brèche que je trouve, tel le serpent qui partage mon existence.

Mes iris fixés sur le fleuriste, je pourlèche ma lèvre inférieure, le sang bouillonnant dans mes veines. Ses mots gênés me caressent la peau, presque autant que sa difficulté à les prononcer, et je souris finalement, cherchant à le rassurer d’un mouvement de lippes. Le langage corporel fait passer plus de messages que les paroles mais tout le monde n’est pas capable de le décoder dans les moindres détails, et j’ai appris, avec le temps, qu’un faciès ouvert vous ouvrez plus de portes qu’un discours soigneusement formulé. Le mieux restant d’entrecroiser les deux, si cela est possible. Je hoche la tête suite à ses excuses difficilement formulées, et je suis satisfait qu’il les exprime de lui-même, à moi, un inconnu rencontré une seule fois. Le brun ne semble pas réaliser que mes reproches, bien que subtils, n’ont rien à faire dans cette relation encore inexistante entre nous deux, qu’ils sont déplacés de la part d’un homme à qui il ne doit rien, et je réprime un rictus de contentement face à sa réaction. La graine est déjà plantée, un peu par hasard il est vrai, mais je ne regrette en rien la venue de Basil dans mon église.

« Tu n’as pas à t’excuser », je lui affirme alors avec une fausse bienveillance, le contraire m’aurait prodigieusement agacé. « Je n’avais pas à placer de telles attentes sur tes épaules, tu as un travail et tu te dois de le mener à bien. Peut-être trouveras-tu le temps et le désir de remettre les pieds à l’église une fois que tes obligations seront accomplies. Je ne veux en aucun cas te forcer la main, ce serait contraire au message que j’essaie de faire passer. » Les mots s’écoulent facilement de ma bouche et j’imagine de la bille noire s’en échapper, dissimulée sous un amas de paillettes qui masque tout le reste. On ne voit que ce que l’on cherche ou ce que l’on veut, c’est un fait pour la majorité des gens. Je regarde avec délice Basil baisser la tête sous le poids d’une culpabilité sur laquelle j’appuie, l’une des armes les plus dangereuses qui existent. Elle blesse plus durablement qu’une balle, et peut s’auto-infliger, même lorsque celui qui la fait naître n’est pas présent. Elle sème le doute et ronge de l’intérieur, et il est complexe de l’en déloger, telle une mauvaise herbe qui apparaît dans un jardin et qui se multiplie en quelques semaines, à tel point qu’on se retrouve envahi. « Tu ne m’as pas déçu, rassure-toi », que je lui confie, combattant l’expression bienheureuse qui veut éclater sur mon visage.

Le serpent se réjouit de mon contentement, ayant appris par la force des choses que ma satisfaction est étroitement liée à ses ressentis, et que ma rage se répercute sur lui aussi vite mon euphorie. L’air d’espoir qui s’affiche sur les traits du fleuriste, couplé à ses paroles, me font fermer les yeux un instant sous l’allégresse que je ressens suite à cette rencontre fortuite. Le destin a placé sur mon chemin cet être si naïf et si innocent que je me demande comment ma noirceur ne lui explose pas au visage, mais j’en suis reconnaissant. L’intérêt que je porte aux autres est limité, mais plus les minutes passent, plus Basil gagne de l’ampleur dans mon esprit qui ne cesse de tourner dans tous les sens. Mes paupières se relèvent, et je plonge mes iris bleus dans ceux du solitaire. « Tu as totalement raison, Basil. C’est même plus que cela ; nous disposons d’une lumière au fond de nous, ce que les humains appellent l’âme, mais qui revête une toute autre signification pour les métamorphes. Alors que les hommes ignorent l’utilité de leur âme, notre lumière nous permet de nous transformer, de prendre l’apparence de créatures également enfoncée par une partie de la société humaine, nos animaux. Nous y avons un accès direct, tandis que leur âme demeure une entité mystérieuse qu’ils ne peuvent pas toucher ; ça n’est pas pour rien que Le Seigneur nous a créés aussi capables, je te l’assure. Nous sommes prodigieux – tu es prodigieux. On veut te faire croire le contraire, mais n’en doute pas. »

Je le regarde serrer son pot de fleurs contre lui, et sens qu’une part de réalité découle de mes mots, pour une fois. Il est prodigieux, plus qu’un humain de par son état de métamorphe, de cela j’en suis certain, mais également par le fait qu’il semble attiré par ma personne, tel un papillon attiré par le feu. Il semble me percevoir d’une manière plus pure que celle à laquelle je suis habitué, ou au reflet que me renvoie le miroir chaque matin. Loin de paraître effrayé, il est intrigué, et je ne peux que me réjouir d’un tel intérêt déclenché par inadvertance sur un être si peu teinté de cruauté humaine. Sa blancheur jure avec les ténèbres qui me recouvrent, et moi aussi, je me sens inexorablement absorbé par ses yeux entièrement focalisés à mon encontre. « J’aimerais te montrer les choses de la même manière que je les vois, et tu serais abasourdi par la beauté du monde. Je ne me laisse pas guider par les règles des hommes, mais je suis poussé par la volonté de Dieu. Et Il n’a pas créé un monde de violence et de douleur, de séparation pour ses créatures comme certains le pensent, et se fourvoient d’ailleurs, et j’aimerais te le montrer, à toi. Tu me sembles plus qu’apte à pouvoir le comprendre. La lumière qui est au fond de toi, tu peux la faire émerger, et je souhaiterais t’y aider. Mais je ne peux – et je ne veux – le faire seul. Comme je te l’ai dit, je ne force personne à faire quoique ce soit. Cette volonté doit venir de toi… et je sais que tu l’as. » Je fais une pause, attrapant doucement le pot qu’il a entre les mains pour le poser à côté, sur l’un des rayons, brisant cette fausse barrière physique qui nous sépare. « Mais je peux comprendre que tu as d’autres projets, d’autres occupations à l’esprit. Je ne peux qu’offrir, pas prendre. Je perçois ta valeur, mais tu restes le responsable de ton avenir. Je ne suis que l’un de Ses outils sur terre, après tout. » Donner l’illusion d’un choix est bien plus important que de n’en laisser aucun, même s’il ne s’agit que d’une illusion.
©️ 2981 12289 0
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://inverness-rpg.forumactif.com/

Invité

Invité


Message(#) Sujet: Re: Jetons les graines [pv Basil] Mar 16 Jan - 22:10

Les mots de Dagger étaient nombreux, coulants. On aurait dit qu'ils étaient faits pour noyer la moindre pensée divergente, le moindre éclat involontaire, la moindre envie de s'échapper. À tel point que... je n'étais plus sûr de tout comprendre. Mais je buvais tout. Je buvais, m'en imprégnais et devenais les paroles mêmes. L'aspect pur et fluide d'une litanie qui endort. (C'est comme une partition, non ? D'une minutie impeccable on respecte les coches et les accolades, sinon on fait fausse note et la symphonie tombe en morceaux) Quelque part je sentais que si je pouvais devenir ce qu'il décrivait avec ses grands gestes et la clarté dans ses yeux, j'aurais atteins ce stade ultime que tout repentant peut se targuer d'avoir pu caresser : le salut.

Ça me fait chaud au cœur, de savoir qu'il n'est pas déçu, que ça va toujours et que je peux laisser ma poitrine se soulever avec hâte sans que ça ne soit à cause de la peur d'avoir failli. Si j'avais l'oreille plus attentive, j'entendrais Basile qui se fourvoie à la vue du reptile, terré là quelque part, entre les eaux troubles desquelles je ne peux discerner qu'un vague faisceau de lumière. Et je ne peux pas non plus en expliquer la source réelle. On dirait un piège. Un piège dans lequel je fonce. Pourtant, j'ai bien moins peur de plonger dedans que de reculer pour me retrouver nez à nez avec les ténèbres. Lentement et avec joie, je nous emmenais dans les abysses.

Dagger dit que j'ai raison. Mais je ne sais déjà plus sur quoi. Mes mots sont des sous-titres comparés à lui dont je pourrais découper le cadre du film au niveau du buste, tant je ne peux pas me défaire de ses deux soleils bleus. Je resserre un peu plus le lys contre moi.

"Ton... Ton animal, enfin... Ton ami. Il est heureux, lui ?" Je n'aime pas dire "Ton". Basile n'est pas "Mon" animal non plus. Il est Lui ; une partie de moi, et je suis une partie de lui. On est Nous, mais jamais Mon. Le mauvais choix de mes vocables m'arrache alors une grimace passagère que je cherche à maquiller d'un sourire cassé. Je déteste vraiment me planter comme ça. "La dernière fois que j'ai laissé mon daim émerger, on a failli se faire planter par un type à couteau. Je ne sais pas, s'il existe un moyen de s'éviter ce genre d'accident."

Même moi je discerne le cynisme de ma voix. On s'en est sorti indemnes, je pense que c'est le plus important, non ? Des fois, je me demande si Dagger aussi a été pourchassé pour ce qu'il était. Pendant son sermon, il n'a pas parlé de ça. Il a évoqué beaucoup de choses et abordé bien des points sur la fatalité des changeurs de forme, mais jamais il ne s'est attardé sur son histoire à lui. C'est curieux, j'ai envie de savoir. L'étreinte du serpent. Et soudain je sens le poids entre mes mains, s'envoler. Les fleurs blanches quittent mon poitrail et semblent disparaitre dans le hors-champ. Voilà.
Je me sens nu. Frêle et sans défense. Comme si j'étais Basile au moment où on l'a attaqué. Sans avoir de quoi combler la nervosité de mes mains, je gesticule sur place, me dandine en balançant le poids de mon corps d'un pied à l'autre. Des fois, on pense que je suis un hyperactif qui ne sait pas se contrôler, mais moi je crois que je suis simplement stressé par ce que je ne peux pas cacher de moi, aux autres. Le peu de semblables qu'il m'ait été donné de fréquenter étaient tous plus ou moins à l'aise avec ou sans vêtements. Mais moi, dès qu'on peut apercevoir ne serait-ce qu'une particule de ma peau, je tremble. Aux vestiaires quand j'étais gamin, je pouvais pas me changer avec tous les autres. Je pouvais pas non plus aller dans l'eau quand c'était colonie de vacances. Je détestais ça.

C'est pour ça que je porte toujours mes gants de travail. Et c'est bien la dernière chose qui me sépare d'un contact physique avec Dagger. Dagger. La courbe de son sourire effraye autant qu'elle attire. Je ne peux pas m'empêcher de croire qu'il y a de la bonté sous toute l’ambigüité de son apparence. Il y a de la désinvolture dans la façon dont ses mèches sont rejetées vers l'arrière ; du désordre dans les plis de sa chemise ;... Pourtant il y a aussi la propreté, la tête haute et le regard franc qui tranche dans le doute qu'on pourrait s'y faire. Quelque chose d'authentique. Oui, il... Il m'est tout bonnement impossible de le juger avec des termes conventionnels.

Alors je ne me formalise pas. Les mains jointes et les doigts qui jouent entre eux pour se rassurer, j'essaye de relever le menton. Je cligne inlassablement des yeux comme illuminé par quelque chose.

"Dieu est grand. Je... Je crois pas qu'on soit juste ses outils. Au commencement de notre ère, Il nous délivra un long monologue didactique. Le Bien ; le Mal. On a besoin des deux. Il... Non. Je ne sais pas s'Il l'a dit, si tu l'as dit, mais... Personne ne doit tenter de détruire l'un des deux, si ? Il faut qu'on... Qu'on s'efforce de vivre tous ensemble, même si c'est difficile. Même s'Il créa la haine dans l'amour, la peur dans la rencontre et la tristesse dans l'au revoir. V-voilà, les enfants de Dieu, ce sont les mots, c'est... ce que tu as dit. Tout ce que tu as dit. Pas vrai...?"

Peu à peu je me reprends, boosté par la curieuse sensation d'avoir dit quelque chose de bien, d'intéressant. Mes paroles n'ont pas autant de délices que celles de Dagger, et j'ai l'impression d'avoir en même temps soutenu ses propos, mais également de les avoir trahies. Est-ce que... c'est parce que je parle d'harmonie ? Et pas de destruction ? Je ne sais plus.

"Je veux venir avec toi. Je... Je ne serai plus en retard, plus absent : je serai là. Pour écouter tes enseignements."
Revenir en haut Aller en bas
avatar


âge : 29 ans
travail : officiellement pasteur dans une paroisse "traditionnelle pour métamorphes", officieusement dirigeant d'une secte, le Temple du Soleil, dans laquelle il insuffle discrètement ses idées extrémistes anti-humains. Il gère également un trafic de drogue, à la tête d'une branche du réseau à Inverness.
statut : célibataire.
forme animale : un mamba noir, serpent létal dont le venin tue en quelques heures, voire moins selon la localisation de la morsure et la dose injectée.


pseudo : lost spirit.
célébrité : Iwan Rheon.
messages : 195
crédits : Thinkky.
DC : Harrison Stone.

Message(#) Sujet: Re: Jetons les graines [pv Basil] Dim 28 Jan - 22:05

Jetons les grainesDagger et Basil, ancrage.Je le dévisage fixement, tentant de contenir l’appel du sang qui grimpe le long de mon échine, hérissant l’instinct de prédateur qui sommeille en moi. J’enferme la bête dans les tréfonds de mon être la majeure partie du temps mais celle-ci gronde, agacée par les artifices que je mets en place afin de me fondre dans la masse grouillante. Elle gratte comme un animal piégé sous une fine couche de glace qui n’aurait, pour surgir tel un diable hors de sa boîte, qu’à briser l’eau congelée et ainsi remonter à la surface. Le serpent siffle avec elle, se complaisant de sa compagnie meurtrière, aussi létal qu’elle, et je sais que je ne dois pas déverser mes pulsions bestiales sur le jeune homme – pas si tôt, pas ainsi. Je décèle, au fur et à mesure de la conversation, combien il me serait aisé de l’empêtrer dans mes fils, à quel point il le réclame, que cela soit inconscient ou non. Face à lui, je sens plus que d’ordinaire mes instincts de prédateur s’aiguiser, guides depuis des années dans mon existence solitaire. Je suis seul, entouré de tous. Seul dans la foule, seul à la paroisse, seul dans cette ville pas si différente des autres. Le crime s’y cache comme partout ailleurs, les vices règnent quand ils ne sont pas étouffés par les faux-semblants et l’hypocrisie générale, et je me fonds dans ce décor de théâtre qui représente la scène sur laquelle je me déguise ; Dagger Banks, pasteur respectable et respecté, homme de foi et de loi, de justice et de morale.

Telle une pièce à deux faces, il me suffis de quelques instants pour laisser éclater la vérité au grand jour, mais je me contente de revêtir une apparence socialement acceptable pour ne pas risquer le courroux des arriérés ignorants. La stupidité se répand plus rapidement encore que le venin de mon serpent, elle gagne les esprits et devient nsuite une vérité contre laquelle on ne peux rien. Je sens un élan de colère monter dans mon corps, émotion insidieuse qui tente trop souvent de diriger ma vie ; je ne la laisse pas faire, moi uniquement détient les rênes de mon destin, traçant en lettres carmins et dégoulinantes les grandes lignes de mon passage sur terre. L’horloge biologique se montre plus meurtrière que je ne le serais jamais, elle clame et réclame chaque être foulant le sol de la planète, et je sais qu’un jour il me faudra aussi m’incliner devant elle – elle sera la seule devant laquelle je plierai le genou, mais je compte bien profiter pleinement de chacun des moments me séparant de cet instant funeste. Je vis de manière authentique, aussi vrai que l’est la force qui me pousse irrépressiblement à commettre l’impensable pour l’humain moyen ; tuer, briser, détruire.

Trop d’hommes et de femmes, métamorphes de leur état, se joignent à la majorité impuissante des humains, incapables de s’accepter, se leurrant dans une existence maussade où tous les plaisirs relatifs à leur espèce leur sont refusés. Je compte, en tant voulu, mettre un terme à cette imposture orchestrée par ceux détenant un pouvoir qui les dépassent, et le jeune Basil semble prêt à me suivre dans ma démarche, du moins du peu que je parviens à en tirer depuis mon arrivée. Le coin de ma lèvre tressaute à l’entente de ses paroles difficilement expulsées, la naïveté de ses propos me frappant de plein fouet, tout comme l’éclat de son regard. Il dégage une aura de pureté que je n’imaginais pas avant de l’avoir rencontré, et la candeur de ses pensées ternit presque la prétendue malveillance de mes idées. Plus je l’entends, plus je réalise le gouffre qui nous sépare, formant un fossé qui s’apparente davantage au canyon qu’à un trou aisément comblé. Nous nous opposons jusqu’à dans nos identités, le serpent me susurrant l’animal qui dort sous la peau frêle du fleuriste, un cervidé aussi inoffensif que son hôte ingénu. Je hausse les sourcils, laissant finalement le sourire fleurir sur mon visage fermé, taisant mon opinion incisive pour ne lui formuler qu’une réponse satisfaisante – à ses yeux du moins.

« Je le pense, en tous les cas je mets tout en œuvre pour qu’il le soit. J’aimerais lui laisser davantage de place, mais cela risquerait d’effrayer la population, et ça n’est pas mon but. Les prédateurs ne sont pas les mieux acceptés, hors de notre communauté, et beaucoup de gens n’apprécient pas les serpents. » Le reptile connaît sa place et je sais déceler ses besoins mieux que quiconque, et les réaliser. Au malheur de certains. « Sous forme humaine, les humains peuvent reconnaître ton statut de métamorphe, mais je suppose que transformé, ils ne font pas la différence entre un daim sauvage et quelqu’un comme nous. Ce sont, malheureusement, les aléas de l’existence des métamorphes, nous n’avons d’autres choix que de nous plier à cette société qui ne nous comprend pas tout-à-fait – malgré le fait qu’elle essaie, bien sûr. Ce n’est pas de leur faute, ils sont tout simplement incapable de voir plus loin que ton apparence de daim. Tu dois prendre garde aux saisons de chasse aux cerfs, si je peux te donner un conseil. » Mais tu ne pourras pas empêcher tout le monde de te chasser. Je retiens l’envie de m’approcher qui me submerge puissamment, abaissant une seconde mes paupières avant de les relever, affrontant ses orbes qui me transpercent de leur sincérité. Basil s’agite sous mes yeux affamés, il bouge, bascule d’un pied à l’autre, aussi mobile que je reste immobile. Nous nous affrontons jusqu’à dans notre gestuelle, mais il s’agit d’une lutte perdue d’avance pour cette jolie proie inconsciente.

Je le laisse déblatérer sur dieu, ne souhaitant que le faire taire dans sa diatribe religieuse mais je suis trop habitué à entendre ce genre de discours – et à les déclamer moi-même – pour ne pas me contrôler. Alors je joue le jeu, ce jeu que j’ai créé et qui, parfois, pèse sur ma patience, et menace de faire voler en éclats les derniers lambeaux de mon contrôle. « Tu as raison, Basil, le Bien et le Mal ne peuvent que coexister, il serait impossible – et blasphématoire – que de vouloir en supprimer un. Je pense, comme tu l’as souligné, que nous devons tout faire pour nous accepter tels que nous sommes, les uns les autres. Malheureusement, la loi des hommes n’est pas forcément la loi du Tout-Puissant, mais il s’agit là d’un autre débat. Je suis... » Je fais mine de chercher mes mots, alors que je sais parfaitement là où je souhaite le conduire, brebis blanche à la peau immaculée qui finira tâchée de sang si elle suit le loup vêtu d’une laine de mouton. « Soulagé de voir que je ne me suis pas trompé sur toi. Je l’ai tout de suite senti, que tu avais cette étincelle en toi, cette ouverture d’esprit qui te permettrait de voir plus loin que certains ne le peuvent. Tu as juste besoin d’aide, et mon rôle, ici bas, et d’en donner à qui l’acceptera. » Avant de lui planter un couteau entre les vertèbres.

« Tu as beaucoup de chemin à parcourir, et j’ai l’impression que tu es motivé… Malgré ton travail, malgré tout ce dont tu dois certainement t’occuper, tu sembles réellement vouloir consacrer du temps à cette éducation qui te manque, mais que tu peux déjà toucher tant tu as l’air d’avoir du potentiel, comme je te l’ai dit juste avant. » Qu’il consacre du temps à mon église, à mes serments, à mes paroles, et à moi. Je ne lutte pas contre cette attraction inattendue, je préfère la dompter pour mieux me l’accaparer, me l’approprier, et il me faut pour cela me rapprocher de Basil et de sa foi prétendument prometteuse. « Tes paroles me comblent, Basil. J’espère que nous aurons plus de temps encore pour apprendre à faire connaissance, tu me donnes l’impression d’être une personne authentique, et c’est justement le genre de personne avec lesquelles je préfère converser. » Un frisson me prend mais je le dissimule, mon sourire dévoilant désormais mes dents. « Peut-être que nous pourrons devenir amis, avec le temps. Je le souhaite, rares sont ceux sur lesquels on peut compter, mais je ne pense pas que j’ai besoin de me montrer méfiant à ton égard. Moi aussi, je suis authentique. » A certains moments bien définis, et soigneusement choisis. « Que dirais-tu de passer, demain, à l’église ? Ou même ailleurs, si la foule te rebute. Je peux sans mal te transmettre mon savoir où que nous soyons. »
©️ 2981 12289 0
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://inverness-rpg.forumactif.com/

Invité

Invité


Message(#) Sujet: Re: Jetons les graines [pv Basil] Ven 2 Fév - 19:29

Sincèrement, plus il parlait, moins j'étais sûr de comprendre. Dagger il avait les mots en rafale, une cascade chaude et froide en même temps qui coulait sur les épaules de ceux qui écoutaient. Moi, à côté, j'étais une blague. Dans ma tête, certaines choses sont claires, me paraissent même assez logiques... Mais j'ai pas un aussi bon dictionnaire mental que Dagger. Lui, je suis sûr que même s'il devait raconter une histoire stupide, il saurait employer les mots justes pour toucher même le plus dur des hommes. J'en suis convaincu.

Et même moi qui ne comprends pas tout, je me sens valorisé quand je l'entends parler. On dirait qu'on ne se trompe pas, qu'on n'est plus tout seul, qu'on a de la valeur. La chaleur qu'on attend au moment de se réveiller, au moment de mettre les pieds dehors ; c'était lui. Il me raconte qu'il sait concilier sa vie de tous les jours avec les envies de son reptile. Si Basile pouvait être aussi comblé d'une moitié sûre d'elle, ça se saurait. En attendant, je le contrains au silence, le temps que je trouve le moment pour me planquer dans un carré de la forêt au bout de la ville. C'est ça qu'il me faut pour pouvoir équilibrer cette double vie. Peut-être qu'en étant un serpent, une créature plus petite, on a un peu plus de chances de pouvoir se transformer sans risquer de se faire attraper. Même quand Basile se promène dans les bois, on peut toujours se faire tirer dessus par un chasseur, et ce sans même qu'il n'y ait eu la moindre hostilité envers un métamorphe. On est une proie jusqu'au bout.

Quelque part je me suis mis à envier l'apparence d'écailles que Dagger pouvait revêtir. Plus discret, plus subtil, plus terrifiant et plus effronté que je ne le serai jamais. Ce qu'il me manque à moi, c'est le courage. Le courage de me regarder moi dans la glace. À un moment, je sais que je n'écoute plus vraiment ce qu'il dit. Je regarde dans ses yeux bleu roi et je me dis qu'avec eux, il voit un type timide et son daim vulnérable, parqués tous les deux au Refuge de la ville parce que sans ça, ils ne sont rien.
Je suis le mouvement de ses lèvres. C'est pire que le charmeur de serpents. J'aurais pu être un animal déjà, je ne suis pas certain que je me serais enfui. Il a raison quand il parle des humains qui ne feraient pas la différence entre ce que je suis, et ce qu'un daim sauvage est. Dans le fond, ça me fait comprendre qu'on reste des animaux quoiqu'il arrive. J'ai du mal à dire si je trouve ça bien, ou mauvais. Mais le fait qu'il partage ma pensée sur l'égalité de l'humanité, ravive mon esprit. L'utopiste en moi et qui ne demande qu'à pouvoir saluer son voisin sans craindre de voir le canon d'un fusil pointé sur lui.

"Tu crois qu'un jour, les humains et les métamorphes pourront vivre tous ensemble ? La bible elle parle pas de ça, et jamais Dieu il a évoqué les changeurs de forme. Il faut que ça cesse." J'ai les mots violents tout à coup. Basile le sent et bat des oreilles avec un gout de peur. Pardon, ce n'est pas ce que je voulais dire. Pas comme ça. Je relève le menton, mais prends toujours soin d'éviter les pupilles qui me fixent. C'est dérangeant, Dagger. Toi ou n'importe qui. "Y a plein de choses qu'il faut que je... que j'acquiers. Je sais pas... Comment accepter d'être autre chose que la norme. Tu dis qu'on est des êtres formidables, mais quand on n'est pas pareil que tout le monde, on a des regards différents sur nous et... et ça me fait peur. Être spécial, ça me fait peur."

Si j'arrête de respirer, ne vous en faites pas : c'est que je suis mort de trouille. Je ne suis pas certain de ma réaction à venir, quand Dagger parle de se lier d'amitié avec moi. Attends une minute...

"Je suis pas sûr de comprendre... Ailleurs, que dans l'église ? C'est..." ... hors des conventions ? Je crois que c'est à peu près ce que je veux dire. Vite, mon dictionnaire des mots ! "Moi je veux t'entendre où que tu sois, mais c'est mieux si on est tous ensemble, non ? Euh..."

À cet instant précis, je me sentais partagé entre deux sentiments profondément différents. Le premier était l'impression d'être privilégié, d'être mis au-devant mais pas sous le regard des gens : sous le regard de Dagger. Et ça ne peut être que gratifiant d'évoluer grâce à celui qui nous a tendu la main. Oui, c'est à ça que je pense. Mais la deuxième impression que j'avais, c'était cette idée d'enseignement privé. Et plus précisément ce que j'imaginais par derrière. Je ne pouvais pas identifier clairement ce que je ressentais (Basile pouvait, si je l'avais écouté, j'aurais su), mais c'était comme si l'éloignement avec les autres renforçait cette drôle d'emprise désagréable que je comprenais parfois quand Dagger parlait. Je suis sûr qu'il ne veut que le bien de nous tous, mais je ne peux pas m'ôter ce résidu amer qui traine au fond de ma gorge. La bile qui reste jusqu'à ce que vous soyez sûr de pouvoir dire ce que c'est réellement.

"Aujourd'hui. Enfin, pas... maintenant. J'ai le travail... Mais ce soir...? Je suis là. Toujours. Je t'ai pas dit, je crèche au Refuge. Tu connais du monde là-bas ? Ils sont gentils. B-bon ils font un peu peur parfois." Je meurs d'envie d'aller chercher mon pot de fleurs pour retourner sous ma carapace protectrice. Sur place j'ai cessé de me dandiner, mais je cache mes mains quoiqu'il arrive. J'aurais peur si un contact physique avait lieu. Peur de sentir les écailles du serpent. "Merci, Dagger."

Le boulot m'attend, ça je peux pas remettre à plus tard, je peux pas me le permettre. J'ai pas envie de réduire le peu de salaire que je gagne. Le cadran de l'horloge traverse mes yeux et je n'ai pas envie de demander à Dagger de prendre congé alors qu'il a pris la peine de venir jusqu'à moi. Encore une fois, je reste planté sur place, incapable de choisir entre la raison et mes sentiments. Je voudrais lui dire que je veux terminer ce que j'ai à faire, puis j'écouterai tout ce qu'il aura à dire. J'écouterai jusqu'à m'en imprégner. Mais moi, j'ai pas les mots aussi beaux que lui, aussi précis et aussi incisifs. Oui, je le sais, maintenant. J'envie absolument tout ce que Dagger représente.
Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé



Message(#) Sujet: Re: Jetons les graines [pv Basil]

Revenir en haut Aller en bas
 
Jetons les graines [pv Basil]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Épreuve 1: Les Graines ♪ //FINI//
» Bug des echanges des jetons au casino
» LES JETONS ROYAUX
» Les codes au casino quand on achète des jetons.
» Les idées sont des graines de lotus, elles ne dorment que pour mieux pousser. || ft Kiri ♪

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
INVERNESS RPG :: Archive rps-
Sauter vers: