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 La musique adoucit les moeurs...

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Message(#) Sujet: La musique adoucit les moeurs... Ven 5 Jan - 23:16

Le piano-bar avait attiré Sara. Ce n'était pourtant pas le genre de lieux qu'elle fréquentait. En règle générale, elle fuyait les endroits où il y avait du monde. Elle n'y restait que quand il s'agissait de travailler. Mais ce soir, quelque chose l'avait poussée à franchir la porte de cet endroit: la musique. Le son d'un piano raisonnait jusque dehors. Elle aimait profondément cet instrument, pour une raison qui lui serra le coeur lorsqu'elle s'assit dans un coin reculé, sur une banquette, seule. Elle commanda un chocolat chaud et se recroquevilla sur son siège, repoussant d'un grognement sourd un homme qui crut bon de venir l'aborder et qui repartit aussi vite qu'il était venu en comprenant ce qu'elle était. Elle put sentir sa louve ricaner à sa manière. Au fil des semaines, elle s'affirmait un peu plus, apprenant à dire non et à ne pas laisser approcher n'importe qui, à ne plus se laisser bouffer par ses peurs encore beaucoup trop présentes par moments. La louve était là pour veiller sur elle, mais ce soir, elle n'en avait pas besoin. Aussi se détendit-elle également.

Toutes deux se laissèrent porter par le son du piano, sans prêter attention à qui jouait. Tout ce qui les intéressait, c'était la musique. Elle se perdit dans les sons que portaient les notes. Elle aimait la manière dont c'était joué, le piano vivait, cela faisait si longtemps qu'elle n'avait plus entendu quelqu'un jouer ainsi! D'ailleurs, depuis quand n'avait-elle pas entendu du piano, tout simplement? Elle se plongea dans ses souvenirs et ne vit pas le temps passer. Elle se remémora les courts temps où sa vie avait été calme, revit sa petite soeur du temps où elle n'avait rien d'autre à se préoccuper que de jouer avec elle. Elle revit son Italie natale, qui lui manquait terriblement, même si elle aimait beaucoup Inverness. Sa louve sentit qu'elle était un peu triste. Elle aurait voulu se blottir contre elle, la rassurer, lui dire que ça irait maintenant, qu'elles étaient en sécurité. Mais elle ne pouvait que lui partager un peu de tendresse à travers un corps qui leur appartenaient à toutes les deux. Sara sourit, mélancolique, puis commanda un nouveau chocolat. Emmitouflée dans sa veste de laine et son écharpe, elle aurait voulu que cette musique dure des heures. Mais comme toute bonne chose, elle finit par s'arrêter. Les gens commencèrent alors à vider le bar, petit à petit, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'elle. Elle tourna son regard vers le serveur, qui lui fit un sourire amical.

- On a encore une bonne heure devant nous avant la fermeture. Vous pouvez rester, vous êtes agréable, silencieuse.

Elle le remercia. Elle n'avait pas vraiment envie de rentrer, sans trop savoir pourquoi. Elle n'avait certes pas fini sa boisson, mais ça n'était pas ça qui la retenait. C'était autre chose. Elle ne saurait pas expliquer quoi. Toujours était-il qu'elle était toujours blottie sur son siège, les yeux désormais tournés vers le dehors. Les lumières des différents commerces étaient allumés, les gens vivaient. Pas elle. Elle était comme en arrêt sur image. Plongée dans ses pensées.
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Message(#) Sujet: Re: La musique adoucit les moeurs... Lun 8 Jan - 18:15

On se demande à quoi pense Solel au moment où ses doigts entrent en contact avec le clavier pour y créer le son. Peut-être qu'il se dit "Je ne dois pas faire d'erreur". Ou bien "Que jouerai-je après avoir terminé ce morceau ?". D'autres s'imaginent qu'il s'évade simplement, comme toi ou moi on disparaitrait mentalement pendant qu'on dessine ou qu'on écrit.
À vrai dire, toutes les réponses étaient bonnes. Mais seul le pianiste pourrait répondre avec exactitude, car aucune musique ne ressemble à une autre. Peut-être un vague de commun, de famille et de toi ou de moi, encore une fois. Mais c'est unique, ça nous emporte à milles lieues dans le lointain. Ce n'est juste pas tangible... et la main ne peut pas l'attraper. Solel pouvait bien tourner les talons face à une peinture ou une sculpture ; à ses yeux, la seule chose qui comptait demeurait la musique qui était la seule à savoir défier l'épreuve du temps. Voilà pourquoi il croyait en cet art et pas en un autre. Un dessin se meurt, s'efface et disparait en particules ; la sculpture s'effondre et ses débris rejoignent la terre pour que cette dernière redevienne meuble. Mais le son, lui, transcende. Il choit seulement si vous décidez de vous fermer à lui.

Peu à peu le bar se vidait, laissant un peu plus d'amplitude à la musique qui rebondissait avec aisance sur les parois. Il jouait face au mur pour ne croiser aucun regard (tactique du fabriquant de son pour échapper à la tentation du visuel ?) et enchainait les accords sans fautes. Un livret de lignes de noires et de croches était ouvert mais ne servait pas de fil conducteur pour le pianiste qui improvisait. Combien d'années lui a-t-il fallu pour parvenir à ce niveau de perfectionnisme ? L'oreille musicale est rare et précieuse. Elle est innée mais peut se cultiver avec le temps. Le temps...
Tu les entends ? C'est bientôt la fermeture.
Il ne jouait rien de connu, pas de Bach, pas de Beethoven et pas de contemporain. On y entendait une vague ressemblance à quelque chose d'oriental et envolé. Entre sa chair et ses os somnolait la panthère, indicible de lui et calme ; elle écoutait les tours de son hôte sans se départir de sa quiétude habituelle. Sans doute était-elle celle qui connaissait le mieux le répertoire de l'artiste. Artiste, un mot bien prétentieux.

La partition s'achève, s'éteint avec les derniers clients qui s'évadent. Un long soupir soulève sa poitrine et son corps recule du piano droit qui retourne à l'état de silence. Comment se sent-on après avoir joué ? Est-on heureux ? Triste ? On doute ? On est fier de soi ?
Solel dirait que le bon musicien n'est pas celui qui se vante de sa prestation, mais celui qui pense déjà à sa prochaine mélopée.

Après s'être levé, tout semble lui indiquer qu'il peut repartir. Repartir comme il est venu ; sans applaudissements et sans regards. Un musicien solitaire confiné dans son univers d'octaves et d'aigus. Au moment de rafler son manteau noir sur une des chaises du comptoir, on dit "Restez un peu avec nous, il reste du temps avant la fermeture. Vous méritez bien un p'tit quelque chose." Bien sûr, personne ne refuse les amuses gueules et la boisson alcoolisée après avoir fait la musique. Le sourire humble du pianiste tire ses lippes. "C'est bien aimable. Attendez, je récupère mes notes et je reviens vers vous." Rares étaient les fois où le solitaire ne montrait pas un peu d'orgueil et sa faim pour la reconnaissance. La musique était et demeurerait l'unique domaine où on trouverait un Solel assagi et profondément humain.

Toutes les tables sont vides mais une est habitée par une femme qui n'est pas encore partie. Un chocolat chaud entre les mains, elle a le regard porté vers le dehors. (Les gens qui prennent le temps d'observer ont quelque chose qui interpellent) Le musicien choisit de s'installer à la table adjacente, sa mallette recrachant les papiers, les notes et les mémoires un peu à ça et là. Grincement de la chaise pour signifier sa position assise. Le barista de tout à l'heure se présente à nouveau. "Et pour vous, ce sera quoi ? Prenez c'qui vous fera plaisir, c'est la maison qui offre." Oh il n'en fallu pas plus. "Un café noir sans sucre, ce sera amplement suffisant. Merci." Pas d'objections et on le laisse se complaire dans sa solitude toute personnelle tandis que son attention se porte à un agenda qui semble marqué au noir par les horaires et les rendez-vous. Il n'y a pourtant pas trente mille bars et restaurants à Inverness.

Un plateau décharge une tasse de café fumant sous son nez. C'est gratuit pour vous monsieur. Et le serveur demande alors ce qui chagrine le pianiste au stylo rayant une ligne.

"C'est le café qui a été pris dans un incendie, l'autre jour. Je devais me rendre là-bas pour ma prochaine prestation, mais ça semble compromis."
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Message(#) Sujet: Re: La musique adoucit les moeurs... Ven 12 Jan - 22:31

Sara savourait son chocolat, tout autant qu'elle savourait le silence qui s'était installé dans le piano bar. La petite blonde n'était pas des plus sociables, elle ne sortait pas beaucoup, notamment parce qu'elle n'aimait pas beaucoup le bruit. Elle avait besoin d'un environnement stable pour concentrer son attention, sans quoi elle paniquait vite. Ca avait été comme ça toute sa scolarité, ce qui fait qu'elle avait prit l'habitude de s'isoler pour travailler et ainsi, de s'isoler tout court. C'était resté. Elle aimait la proximité avec sa meute, mais elle aimait aussi sa tranquillité. Elle pouvait passer des jours entiers enfermée dans sa chambre, les autres s'y étaient habitués. Plongée dans ses pensées, elle ne vit pas de suite que le pianiste s'approchait du bar. C'est sa louve qui le lui fit remarquer. Il se rapproche. Le pianiste s'assit à la table juste à côté de Sara. Tout en elle grogna. Sans rire? Pourquoi n'allait-il pas s'asseoir plus loin? Ramenant sa tasse contre elle, elle se blottit un peu plus contre la fenêtre. Sa tranquillité venait de voler en éclats. Sa louve, cependant, semblait intéressée par cet inconnu. Son odeur. Elle me rappelle quelque chose. Mais elle eu beau se torturer l'esprit, rien ne lui revint. Sa louve le connaissait, mais impossible de se souvenir de qui il était. C'est lorsque le serveur prit la parole que cette dernière eut un sursaut intérieur. Mais oui ! L'incendie!

Sara fut si surprise qu'elle en bouscula son chocolat chaud, lequel alla se renverser sur la table. Par réflexe, la jeune femme bondit en arrière, passant par dessus la banquette.

- Eh bien! Impressionnants, vos réflexes! Laissez, je vais nettoyer.

La petite blonde s'excusa, confuse. Elle se rendit compte également qu'elle aurait pu se trahir quant à sa condition de métamorphe et qu'elle l'avait probablement fait d'ailleurs, le serveur étant tout bonnement quelqu'un de sympathique et de leur côté. Elle aurait voulu récupérer son sac et payer sa consommation, mais il fallait pour ça passer devant le pianiste et risquer de démarrer une conversation... Désolée. Je ne pensais pas te faire peur. Sara haussa les épaules. C'était un accident, rien de grave. Ca la mettait juste dans une position non désirée. Concrètement, rien de bien complexe: il suffisait soit de repasser devant l'inconnu et de récupérer ses affaires, soit de lui demander gentiment de lui passer son sac. Mais les deux solutions impliquaient un rapprochement avec un homme et ça... ça la laissa tout bonnement sur place, immobile. Autant le serveur n'avait pas été dérangeant car il travaillait, autant quelqu'un d'autre présent pour le loisir, ça lui semblait une montagne impossible à gravir.
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Message(#) Sujet: Re: La musique adoucit les moeurs... Jeu 18 Jan - 11:30

L'expression tout simplement stupéfaite ôta la quiétude du pianiste quand le choc d'une tasse s'écrasant à ses pieds détonna dans un cri. Ou plutôt le cri d'une personne. Et si ça n'avait pas été le fait du serveur, il ne restait que la possibilité de... la voisine. "Oh, vous..." La phrase est laissée en suspens et ne demandait pas tant une fin : lorsqu'un dos s'abaissa pour essuyer la catastrophe en liquide, Solel se redressa d'un coup comme si le feu venait de se déclencher. Le feu... Tiens donc.

"Attendez, je vais vous filer un coup de main. Mm...?" Il récupère des affaires qui se sont échappées du sac à main, pourtant un parfum l'interpelle et éveille sa panthère qui émet un grognement. Celui qui signe la reconnaissance. "Vous êtes... Non."

Deux, trois fois sa tête se remue, comme pour chasser l'illusion d'avoir retrouvé quelqu'un. En regardant cette femme, clairement, aucun souvenir visuel ne lui vient : il ne l'a jamais vue. Cependant, une furieuse impression démange sa peau comme si son fauve grattait le dessous, prêt à parier qu'il a déjà croisé cette inconnue. Et que cette dernière ait réagi à l'évocation du brasier tient-il du hasard ? Tout porte à croire que non.
Le chocolat entièrement imbibé dans le chiffon, l'accident semble n'être jamais arrivé. Mais la jeune femme demeure recroquevillée de l'autre côté de la banquette, immobile et muette de réaction. Ses précieuses affaires ne se trouvent-elles pas derrière ? Non, elle ne bouge pas.

Par le simple réflexe de rendre son bien au démuni, Solel récupère le sac par la poignée et soulève le poids pour aller le déposer près de... celle qui semble avoir une louve en elle. Un seul effleurement de peau suffira à rendre la panthère folle de rage, chose que le pianiste évite minutieusement.

"C'est à vous. Tout va bien ? Quelque chose vous a... perturbé."

Le timbre de voix calme, modéré et qui ne dépasse pas le seuil de l'inquiétude : il cherchait le regard de la femme, emmitouflée sur elle-même. Le métamorphe sentait qu'il allait devoir y aller avec des pincettes s'il ne voulait pas réitérer l'expérience de la boisson renversée sur le parquet.
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Message(#) Sujet: Re: La musique adoucit les moeurs... Ven 19 Jan - 22:20

La musique adoucit les moeurs...


L'accident n'était plus qu'un souvenir. Le serveur avait tout nettoyé en l'espace de quelques secondes et était reparti au nettoyage de son bar. Sara se rassit finalement, récupérant sa place contre la fenêtre. Elle interrogea rapidement sa louve, souhaitant connaître pourquoi une telle réaction. C'est un des métamorphes qui étaient piégés dans l'incendie. Celui dont j'ai aidé la féline  à sortir. D'accord... Décidément, sa louve avait plus de contacts humains qu'elle qui, hormis son travail, ne voyait personne en dehors de sa meute. Elle vit que l'homme se rapprochait doucement, curieux de savoir pourquoi Sara avait réagit ainsi. Il m'a probablement reconnue lui aussi. Sans doute, oui. Mais que lui dire? La vérité, tout en prenant garde de ne pas révéler encore plus clairement sa "double identité" ? Elle leva les yeux vers lui, rentrant ses mains dans ses manches, nerveuses. Peu importait tous les efforts qu'elle faisait, les membres du sexe masculins présents dans la meute... elle ne pouvait s'empêcher de craindre les hommes et elle le cachait bien mal. A dire vrai, sans sa louve, elle serait probablement terrée dans un coin, solitaire et paumée... peut-être même morte, qui sait. Elle passa sa langue sur ses lèvres pour les réhydrater, le stress lui asséchant ces dernières.

« Non, c'est juste... Enfin, oui. Disons qu'une partie de moi semble vous connaître. »

Elle baissa les yeux, sa nature de soumise la poussant naturellement à ne jamais conserver de contact visuel plus de quelques secondes. Se redressant un peu, elle jeta un coup d'oeil au serveur, puis son regard revint sur sa propre table.

« Désolée pour tout ce bazar. »

Elle se mordit l'intérieur des lèvres. Si elle avait su que sa louve connaissait le pianiste, elle ne serait pas restée si tard pour l'écouter jouer. Tirant sur ses manches, elle regarda à nouveau vers la fenêtre. Finalement, ses yeux allaient partout, sauf vers son interlocuteur. Sa louve soupira intérieurement. Elle avait envie d'en savoir plus: comment s'appelait-il? Que faisait-il dans le bar, ce jour-là? Quelle relation avait-il avec cette féline qu'elle avait tant envie de connaître? Mais elle ne pouvait pas poser ses questions, tant que Sara ne se décidait pas à s'ouvrir et elle savait qu'il allait falloir un moment pour qu'elle adresse vraiment la parole au jeune homme...

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Message(#) Sujet: Re: La musique adoucit les moeurs... Lun 22 Jan - 19:44

Il aurait eu du mal à dire si c'était la timidité, ou bien une sorte de mépris - sans doute - fondé qui poussait la jeune femme à autant se préserver d'un échange de regards. Peut-être tout, en fin de compte. Solel n'était pas l'homme le plus intimidant du monde, et quand bien même il dégageait une aura propre à tout changeur de forme, rares étaient les personnes se détournant de lui à ce point. Ce point de la peur.

Sa panthère commençait à avoir l'habitude de croiser des loups à droite à gauche de la ville (elle avait fini par s'y faire) (enfin, on lui avait demandé d'au moins garder les crocs cachés dès qu'elle frôlait l'épaule d'un canidé), et son humain était à peu près sûr que ce n'était pas elle qui était la cause d'autant de réserve chez la métamorphe louve. Tendre la main avec amabilité et le timbre vocal doux semblait approprié, mais sans connaitre l'interlocuteur, rien ne vous garantit qu'il ne risque pas de prendre ça pour un acte déplacé. Le seul moyen que vous avez pour le savoir, c'est d'essayer. "Ne soyez pas désolée, ça peut arriver." Sans se départir de son expression modeste abritant l'ombre d'un sourire, le pianiste relâchait l'anse du sac pour de bon, avant de rejoindre sa table pour pousser toutes les partitions par la tranche de sa main, et les réunir en ce qui ressemble à une unique feuille épaisse.

Soudain, son fauve tiqua. Lorsque l'inconnue évoqua l'autre partie d'elle-même, il y eut le son interne de la détonation. Le feu, bien sûr. Elle parlait du feu qui avait assailli le café, quelques semaines plus tôt. Son geste de rangement s'arrêta net, la main à l'orée de sa propre housse. Le pianiste interloqué redressa aussitôt les yeux, brûlant peut-être la nuque féminine qui tentait tant bien que mal de se dissimuler à lui.

"... Vous y étiez. L'incendie. Mais je ne vous ai pas... vue." Plissement des yeux. Pourquoi ne l'a-t-il pas vue ? Le noir de ses iris se teint de réflexion. Une seule réponse possible. "C'est parce que vous y étiez sous une autre forme, je me trompe ?"

Les vibrisses du félin noir remuaient dans le vide alors que ses deux yeux jaunes scrutaient la réaction lupine. Entre la chair du musicien elle tournait, faisait les quatre cents pas, la musculature puissante et l'expression agacée comme si elle savait la vérité, mais que tant qu'elle ne l'avait pas entendu de ses propres oreilles, rien n'était vrai. Alors elle émettait des faibles grognements, un début d'écume à la naissance des babines. Solel fit un mouvement interne pour sommer la bête de calmer son émoi. Si elle commençait à s'agiter, c'était peine perdue pour faire parler la blonde, ou même espérer la moindre réaction positive. Il sentait, au fond de lui et rien qu'à la regarder, que le seul mot de travers pouvait brusquer et affoler la femme.

Sa gorge déglutit et il comprend qu'il a pu se montrer trop soudain.

"Excusez-moi. Je ne veux pas paraître brusque. Je suis juste... surpris. Vous connaissiez quelqu'un ?"

Peu de risques de froisser sur un potentiel décès : personne n'est mort à l'intérieur du café et les quelques blessés alentours se comptent sur les doigts d'un main. Cependant, un loup sauvage ne se serait pas aventuré de lui-même dans le brasier sans aucune raison valable. Faisait-elle partie d'une meute ? Le colosse qui avait soulevé une poutre était-il une de ses connaissances ? Ou bien l'adolescent au léopard blanc ?
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Message(#) Sujet: Re: La musique adoucit les moeurs... Mer 7 Fév - 19:03

La musique adoucit les moeurs...


Sara sentit sa louve se tendre à mesure que le pianiste lui parlait, ce qui n'arrangeait pas son envie de prendre ses distances. L'animal grogna lorsqu'il demanda si elle était sous une autre forme. Sara décida de dire la vérité.

« En effet. »

Elle ne rajouta rien d'autre. Déjà, parce qu'elle ne connaissait pas le moins du monde celui à qui elle parlait, mais aussi parce qu'elle sentait que l'homme s'engageait sur un terrain glissant. Sa louve était en colère et pour cause: oui, elle était présente et elle avait bien vu qu'il avait laissé tout le monde sur place pour sauver sa peau. En temps normal, elle ne l'aurait probablement pas relevé, mais le fait est qu'il y avait quelqu'un à qui elle tenait. Elle ne connaissait pas beaucoup la féline, mais elle était particulièrement intéressée par le peu qu'elle en connaissait. L'image de la blonde paniquée et à moitié dans le coma ne la quittait pas plus que celle du pianiste se barrant sans regarder derrière lui. Aussi, quand il demanda si elle avait une connaissance là-bas, elle ne retint pas son grognement.

« Oui. Et ma louve n'a pas particulièrement apprécié que vous la laissiez manquer de crever. »

Son ton s'était fait soudainement froid, presque cassant. Elle n'avait plus grand chose de la petite blonde effarouchée qu'elle était quelques secondes auparavant. Elle le regarda un instant, son regard prenant une teinte légèrement plus jaune que son vert habituel, signalant ainsi clairement que sa partie animale n'était pas forcément enchantée de se retrouver face à lui. Finalement, elle se replaça contre la fenêtre, se renfrognant un peu plus, ne prenant pas la peine de poser les questions que sa louve aurait voulu qu'elle pose. Elle se fichait de savoir qui il était. Elle voulait juste passer une soirée tranquille, pas se faire un ami - et encore moins un ennemi. Un bruit de vibreur se fit entendre, provenant du sac de la jeune femme. Cette dernière y plongea sa main pour récupérer son téléphone et lire le message qui s'affichait à l'écran.

Spoiler:
 

Elle n'y répondit pas - elle le ferait au calme, en rentrant à la meute, mais cela eut pour effet de la faire sourire et de la détendre un peu, bien qu'elle n'adressa pas plus la parole à son interlocuteur.

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Message(#) Sujet: Re: La musique adoucit les moeurs... Jeu 15 Fév - 5:15

Elle se referme. Froidement, avec le regard qui vient pointer vers l'extérieur comme si c'était la meilleure manière de fuir une présence indésirable. Pourquoi ne pas simplement partir ? Qu'est-ce qui la retient ici ? Elle vient de renverser sa boisson par un sursaut ; rencontrer une des personnes avec qui elle avait été coincée dans un feu de forêt... Qu'est-ce qui la poussait à rester, nichée au fond de sa banquette ? Solel pouvait entendre la louve avoir des désirs plus puissants que sa maitresse. Peut-être bien la raison qui la poussait à rester immobile et les sens en alertes, il pouvait le sentir.

De toute évidence, elle connait la blonde au puma, sa remarque piquante à ce propos justifiant les traits qui poussent l'expression féminine vers le rejet. "Non vous ne m'aurez pas," qu'elle jure par silence, derrière sa bouche close comme si elle était convaincue que plus personne ne pourrait en tirer quoi que ce soit d'autre. À ce moment-là, le mélomane abandonne l'air compatissant et attentif. Le temps de quelques secondes à peine, pour remettre les choses en ordre dans sa tête. Très bien, elle avait été là pendant la catastrophe ; et ? Comment se fait-il qu'il ait lui-même retrouvé la métamorphe puma dans la neige, peu de temps après ? Au final, il éait bien celui à avoir réellement tiré d'affaire la nommée Raven. Il repense encore au fait qu'il aurait pu la laisser mourir de froid dans le manteau blanc de la poudreuse.

"Elle est saine et sauve, si c'est ce que vous voulez savoir."

Son ton s'était un peu refroidi, voir placardé de métal. Autant dire les choses comme elles sont. Bien sûr, la chaleur et la cendre n'ont épargné aucun corps. Mais personne n'est mort. Et cet état de fait est plus que suffisant pour le pianiste qui ne pense pas à avoir à s'excuser de quoi que ce soit. Vous y étiez, et vous n'avez pas non plus pu la sortir de cet enfer brûlant. Ne m'accusez pas de ce que vous-même avez échoué à faire. Il s'est retenu.

Vibration de téléphone. Qui est-ce ? Ce n'est pas le sien. Celui de cette inconnue à la louve, dans ce cas. Elle dégaine le boitier de son sac pour y découvrir quelque chose, un message, sans doute, à en voir l'éclat qui transparait dans ses yeux. Est-ce qu'elle s'apprête à décoller et quitter le bar ? Avant de lui laisser l'occasion d'attraper ses affaires, le faiseur de son s'exclame.

Entre temps, sa panthère se tait, écoutant avec passivité ce qui se dit.

"Je peux tout vous raconter. Vous la connaissez ? Raven." Des mots de la blonde, il aurait déduit une amie proche, voire un membre de la famille. Mais rien n'était moins sûr. Les gens ne se montrent pas si acerbes pour peu de chose. "Inutile de finir sur une note négative, puis-je vous offrir quelque chose ?"

En fait, il ne laissa pas vraiment l'occasion à l'inconnue contre la vitre, de répondre. Il effectua seulement une œillade au serveur qui comprit aussitôt l'origine de cet hochement de tête équivoque. "D'accord, laisse-moi retourner derrière le comptoir. Et tu me le rembourseras ce chocolat chaud, Phoenix." Si facile. Et puis son regard charbon rebondit sur l'humaine louve ; est-elle une solitaire ? Un membre d'une de ces deux meutes ? Le jour de l'accident, Solel n'avait pas pu dire en présence de qui il avait été. Des esseulés, ou bien des membres de clans ? Il ne saurait le dire. Tout ce qu'il avait pu apprendre concernait la femme qu'il avait ramené chez lui pour lui prodiguer les premiers soins, rien d'autre. Mais au vu des circonstances, il était prêt à parier que tous étaient des solitaires, à l'exception près peut-être du colosse qui avait retenu le ciel de tomber sur les têtes, et la femme à qui il s'était adressé à la sortie des rescapés.
C'est vrai. Peut-être qu'il aurait pu en savoir davantage s'il était resté, mais dans ce cas, il n'aurait pas sauvé Raven. Alors, verdit ?

Sans même demander son avis à la louve (il sentait bien que l'humaine contredisait volontairement les instincts canins, comme une sorte de semi fierté réfrénée du coin des lèvres), il avait pris place sur la banquette en face, déposant sa mallette de partitions au pied de la table. Pas besoin d'encombrer la table, il sentait que ça oppresserait plus la blonde qu'autre chose. Entre temps, une tasse de chocolat chaud posée dans une coupelle, accompagnée d'une friandise, produit son tintement léger sous le nez de la louve. Ne me remerciez pas, ce n'est pas comme si vous aviez renversé le précédent toute seule.

"Je m'appelle Solel." Vous n'êtes pas obligée de me dire qui vous êtes, mais sachez que vous pouvez me faire confiance. Entre autre. Il démarque un temps de silence, déglutissant, le regard déviant tantôt vers le dehors comme elle, avant de retourner à la quête des yeux féminins qui s'obstinent à le fuir. "Le corps du puma était dans la neige, je l'ai conduit jusqu'à chez moi pour le soigner."
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Message(#) Sujet: Re: La musique adoucit les moeurs... Jeu 15 Fév - 11:09

La musique adoucit les moeurs...


La petite blonde retint un sourire, une première fois, lorsque son interlocuteur lui répondit, le ton teinté de sarcasme, froid et cassant. Elle se raidit légèrement la première seconde, toujours impressionnée quand on lui parlait durement, mais elle sentit immédiatement le félin du pianiste se rebiffer un peu. Et, bien loin d'en avoir finalement quelque chose à faire que l'autre féline - décidément, elle les attirait ou bien? soit toujours en vie, puisque c'était bien sa louve qui était intervenue et non elle, elle se moqua intérieurement de son propre animal. Son sourire, elle ne le retint plus lorsqu'il continua de lui parler et que sa louve continua de se renfrogner. Elle venait d'apprendre le prénom de celle dont elle convoitait l'amitié, par le biais d'un inconnu qui, finalement, lui avait été tout aussi utile qu'elle-même - chacun sa part du boulot. Pourquoi ris-tu? Parce qu'il ne le dit pas, mais qu'il a raison. Tu n'es pas restée près d'elle ensuite. Et que voulais-tu que je fasse? Tu ne voulais pas m'aider. Pourquoi l'aurais-je aidée? Tu nous as mise en danger pour une parfaite inconnue. Je n'aurais pas fais mieux que lui. Si ça n'avait tenu qu'à moi, je ne serais même pas rentrée dans le bar et ta blonde serait morte. Elle sentit sa louve grogner, piquée au vif, vexée, tandis que le pianiste lui proposait une boisson. Elle s'apprêta à refuser, ne voulant rien devoir à personne de base, encore moins à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas. Mais il ne lui en laissa pas l'occasion. Alors, elle prit le temps d'analyser la situation un peu plus, ignorant son animal qui boudait comme un chien à qui on vient de dire de cesser d'aboyer. Elles se taquinaient souvent, elles s'entendaient à merveille la plupart du temps et quand l'une était en désaccord avec l'autre, ça n'allait jamais bien loin qu'une ou deux minute de total silence. Aussi, elle ne se préoccupa pas plus de la réaction de l'animal... qui était en tort et le savait, même si elle était, pour le coup, trop orgueilleuse pour l'admettre.

C'était elle qui avait eu envie de sortir pour prendre tout simplement l'air, puis finalement, qui avait décidé d'entrer dans le bar. Personne ne l'y avait forcée et tous avaient respecté ses distances. La seule raison pour laquelle le pianiste l'avait approchée, c'était parce qu'il avait été inquiet de sa réaction de surprise, qui avait provoqué un bazar dont elle se serait passé. Inquiet pour elle, se demandant pourquoi elle avait ainsi sursauté. Alors, quand il s'assit en face d'elle et qu'il prit la peine de poser ses affaires au pied de la table, pour ne pas encombrer cette dernière, elle tourna le regard vers lui. Quelques secondes. Elle ne lui sourit pas, mais elle avait perdu sa froideur. La tête légèrement baissée, elle devait lever les yeux pour le regarder. Louve. Prudente. Mais pas fuyante, cette fois-ci. Presque curieuse. Les loups était connus pour leur curiosité, typique des canins et Sara ne faisait pas exception. Les mains toujours enfoncées dans ses manches, toujours sous la table, elle n'avait pas quitté sa place contre la fenêtre, mais quelque chose semblait s'être décoincé. Comme si le pianiste avait bougé le bon pion sur un jeu d'échecs et fait avancer la partie. Puis, alors qu'elle détournait le regard de nouveau, l'odeur du chocolat vint à ses narines. A celles de son animal, aussi, qui plia: d'accord, elle avait peut-être réagi trop vite. Mais j'ai eu peur, pendant l'incendie. Je sais. Mais lui n'y est pour rien. La blonde la sentit se détendre un peu, toujours méfiante, mais moins agressive. Elle était d'ailleurs surprise de sa réaction: habituellement, la louve était plus sociable qu'elle. Ce soir, c'était le contraire. Peut-être parce que l'animal était plus fatiguée qu'elle? Elle regarda la tasse de chocolat chaud un instant, puis leva à nouveau des yeux timides vers le pianiste et lui fit un léger sourire lorsque ce dernier lui annonça son prénom. Sourire presque imperceptible; ce fut le reste de son corps qui parla. Elle daigna, enfin, décoller ce dernier du vitrage froid pour se redresser et elle posa ses mains sur la table, observant ses doigts qui sortirent enfin de leur tissus protecteur. L'espace d'un instant, elle se sentit triste. Une mélodie lui revint. Le son d'un instrument qu'elle connaissait bien et qui l'avait suffisamment touchée pour qu'elle passe la porte du bar. Sa mère en jouait souvent et Sara avait toujours voulu apprendre. Autodidacte, elle savait jouer, mais à l'oreille uniquement. Elle aurait voulu savoir lire les partitions, savoir improviser aussi, mais la seule chose dont elle était capable, c'était de reproduire certaines chansons qu'elle aimait bien. Au moins, elle continuait d'entendre la seule chose qui la reliait à sa mère disparue. Le seul véritable souvenir dont elle avait d'elle. Empêchant son esprit d'aller fouiller plus loin dans ses souvenirs, elle déglutit et sentit sa louve s'adoucir totalement, pour la rassurer, pour lui dire qu'elle n'était pas seule, qu'elle ne l'était plus et que de toutes façons, quoiqu'il arrive, elle serait toujours là pour elle.

Perdue dans ses pensées, celui qui portait donc le prénom de Solel étant silencieux lui aussi, elle fut presque surprise qu'il se remette à parler. Le puma? Ah, oui, le puma. C'était le centre de la conversation, effectivement. Excuse-moi. Tu peux parler d'autre chose, si tu en as envie. Saisissant la cuillère posée sur la coupelle, elle hésita à le regarder encore. Les épaules courbées, les jambes croisées, elle jouait de nouveau avec la manche de sa main droite, tandis que la gauche plongea dans la mousse de lait pour la récupérer et la porter à sa bouche. Car oui, Sara était gauchère, même si elle ne l'était pas de son plein gré - longue histoire, que personne ne connaissait et qui faisait qu'elle ne découvrait que peu ses bras. Tout en elle dégageait son statut de soumise: elle était toujours timide, prête à s'écraser, à obéir. Ca ne lui avait pas apporté que du bon, mais elle était ainsi et si parfois, la louve était plus vive qu'elle, il était relativement facile de faire plier cette dernière également. Aucune des deux n'était bagarreuse, l'animal était juste moins peureuse qu'elle, moins marquée par son passé, puisqu'elle ne s'était déclarée qu'à l'adolescence, bien des années après que l'enfance martyr de la petite blonde ait débutée. Bien sûr, elle partageait ses souvenirs, puisque Sara ne lui cachait pas ses pensées, mais ça n'allait pas plus loin. Finalement, elle leva les yeux, pour ne pas manquer de respect à Solel. Et elle décida d'être sincère, allez savoir pourquoi.

« Sara. » Elle lui fit un sourire, bien plus doux cette fois. Quand elle se détendait, c'était vraiment ce qui se dégageait d'elle: cette tendresse pure, presque enfantine. Elle se mordit l'intérieur des lèvres un instant, avant de reprendre la parole. « Je suis navrée pour tout à l'heure. Ma louve... disons qu'elle est plus... vive que ce que je voudrais, parfois. C'était plus sa réaction que la mienne... La vérité, c'est que si cela n'avait tenu qu'à moi, Raven serait morte à l'heure qu'il est. Je ne serais pas allée la sortir du brasier. Je ne sais pas qui elle est et je n'ai aucune idée de pourquoi ma louve est aussi attirée par elle.  » Elle avait une manière de parler qui en disait long sur son amour des mots. Elle les choisissait tous minutieusement. C'était sans doute pour ça qu'elle parlait peu: chacune de ses phrases était calculée pour être claire, pour ne surtout pas faire de mal, pour ne pas provoquer de réaction négative. Alors, quand l'animal était trop entreprenant, elle avait tendance à se fermer complètement, par peur qu'on ne l'atteigne directement. Sortant le sucre de son emballage pour le glisser dans la tasse toujours fumante, son regard alla de nouveau se poser vers l'extérieur. Mais cette fois-ci, ce n'était pas pour fuir. C'était simplement parce qu'elle aimait les lumières de la ville, qui étaient toutes allumées désormais. Inverness était calme à l'extérieur, mais les maisons laissaient apparaître des silhouettes, signe que la vie continuait. La petite blonde semblait être repartie dans sa bulle, mais cette dernière n'était plus là pour la protéger. Elle était juste comme ça, Sara: introvertie, discrète, souvent dans la lune.
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Message(#) Sujet: Re: La musique adoucit les moeurs... Lun 19 Fév - 0:25

Quelque part il pouvait la sentir se tortiller mentalement en pesant les pour et les contre. "Est-ce que je lui réponds, est-ce que j'accepte son offre, ou bien est-ce que je choisis de m'enfuir par cette fenêtre" C'était ce que ça semblait raconter sur son visage. Les chiens ne font pas des chats. Elle débat avec son alter ego canin à peu près autant que lui pouvait parfois s'acharner avec la panthère. Peu importe l'espèce : la vie par deux impose l'unanimité. Quelques fois il imagine ce que serait une vie unique dépourvue de moitié. Mais l'image est difficile à percevoir, à toucher et à entendre. Presque impossible. Dans le genre de questions à se poser sous le coup de l'ennui, vient l'inverse : comment les humains vivent sans leur part animale ? Ils doivent se sentir bien seuls.

L’œil qui vagabonde et pourtant reste attentif à la réaction louve ; Solel prenait ses aises sur table tout en veillant à ne rien laisser déborder. En restant droit, presque compact, il donnait le sentiment de ne poser qu'un pied sur la pelouse du voisin, début d'interaction où il comprenait encore la possibilité qu'une grille se ferme sous lui. Faites attention au chien, il est curieux, mais sa rangée de dents luit silencieusement entre les babines.

Peu de choses importent plus pour Phoenix que des réponses. On peut y voir le souci des ressentis qui motivent l'arrière-pensée et le service de ses intérêts personnels ; mais jamais l'inquiétude. Jamais vraiment. Il joue des émotions Solel, tranquillement et avec passion. Exactement comme si les cordes à faire vibrer pour attiser la sensibilité interlocutrice, étaient les touches noires et ivoires sous ses doigts. Ce n'est pas du hasard le son qui se crée sous votre pression, ça demande de la maitrise et que votre ouïe soit bonne, précise et de vigueur. La musique est un calcul dont vos sentiments sont plaqués sur tout ce métal vivant.

En observant Sara, sans l'épier (important de faire la distinction, surtout avec une femme comme elle), il la sait s'enfouir dans ses pensées jusqu'à très loin, jusqu'à ailleurs et bien plus. Et il ne peut pas s'empêcher de se dire que c'est une manière pour elle de rembourrer son manque de sûreté, d'encourager la pulpe de ses doigts à quitter leur nid de coton pour pouvoir rencontrer la surface froide du mobilier. Le moindre geste, la moindre expression est manipulée par quelque chose, une idée ou bien une parole puis un silence. L'animal au fond ne fait que trancher pour le oui ou pour le non, mais on ne peut l'ignorer. Dans sa cage de musique la panthère trainait des griffes au sol, cherchait les rideaux de velours par où grimper et tirer jusqu'à laisser la lumière inonder sa prison d'ébène. De temps en temps, elle se sentait ensevelie. Ensevelie sous le poids d'un partenaire humain trop... humain. Il arrivait qu'elle ne puisse plus trouver ce semblant sauvage et familier chez le faiseur de son, qu'elle doive hurler aux oreilles pour lui rappeler qui il est. Qui ils sont. Elle a toujours été plus directe, plus tranchante, la panthère. Plus reposée et parfois plus habile, elle dormait au-dessus des ondulations de l'eau, ses deux disques jaunes targuant l'onde opaline. Elle ne manipulait pas, ne promettait rien. Elle était, là où son humain imitait. Les beaux costumes, la chevelure bien rangée et les sourires millimétrés. Tout cela n'avait rien d'animal. Puis venait le moment où il fallait exploser le champ par les mines et les fulminations. Les introspections étaient rares.

De retour à la fenêtre. Un sourire. Elle se présente. Calmement. Et elle lui fait même le plaisir d'un premier regard, un vrai. Deux orbes marron de chocolat tapent dans ses iris charbon, laissent apparaitre l'éclair d'un loup qui surveille tapi dans l'ombre des pensées. Au même moment la panthère avait fait taire son ménage, contemplait maintenant entre les carreaux le molosse carnivore. L'inconnue qui avait été avec lui dans l'incendie, s'excuse. Elle s'appelait Sara. Son récit amusa l'homme au félin noir, manqua de lui ôter intérieurement l'esquisse d'un sourire. "Si cela n'avait tenu qu'à elle, Raven serait morte." Et sa panthère insérée entre ses côtes parfaitement cintrées aurait ouvert grand la mâchoire pour gronder que son humain avait agi exactement de la même manière qu'elle. En abandonnant le puma à son sort de façon brûlante. Et il aurait laissé le spectre de feu se refermer sur elle, alors que lui fuyait pour se sortir indemne de tout ce dédale rouge et toxique. L'instinct de survie, avant la survie des autres.

Elle avait rompu l'ouverture du sachet de sucre pendant qu'il posait les coudes sur la table, laissant dix doigts jouer entre eux. Autant qu'il lui était possible il laissait de l'air à la louve, s'empêchait de regarder trop fixement mais n'oubliant pas les croisades visuelles pour maintenir à flot le faible échange qui s'amorçait. Parler, parler, parler. "Enchanté. Et ne vous excusez pas." Simple formalité ; elle s'excuse si elle le veut. Peu importe, son timbre de voix demeure souple, modéré et toujours sur le même horizon que celui de Sara. Toujours. "Je crois que personne ne s'attendait à ce qui s'est passé. On a tous eu des réactions plus ou moins... surprenantes." C'est le moins qu'on puisse dire. Et puis son dos recule, rejoint le moelleux de la banquette. "J'ignore ce que sont devenus les autres, après ça."

Conclusion. Un soupir soulève sa cage thoracique. Autant la laisser boire sa boisson chaude et ne pas la noyer avec des questions qui brûleraient plus que le chocolat à la lisière de ses lèvres. Allons, allons. Du calme panthère. Bientôt je te laisserai errer au dehors. Encore un peu de patience. Il n'y a plus personne dans le bar. Personne, sinon eux deux, et le patron derrière son comptoir qui nettoie ses verres en veillant à ne pas laisser trainer d'oreille distraite, mais à l'évidence la discussion qui se profile l'intéresse.

Encore une fois le sujet rebondit sur le puma.

"Elle est repartie chez elle peu de temps après, je crois." En fait, il en est sûr. "On n'abandonne pas un congénère impunément. Les animaux ont un sens des liens puissant." Sans le grognement autour de ses tympans, Solel n'aurait pas sauvé le corps nu qui brodait la neige de sa froideur. Il l'aurait laissé tel quel, dans son sang. Mais pourquoi la louve, elle, était intervenue dans le brasier ? L'inconnue - Sara, ne semble même pas connaitre la concernée. Et il n'évoquera pas non plus ce qui s'est précisément passé en présence de Raven, au moment de lui prodiguer des soins. "Ne vous en faites pas, il est à ma charge." Oui, le chocolat.

Et puis lentement la panthère se découvre, abaisse son corps vers le sol pour s'étendre en un craquement d'os, grattant la terre sous ses griffes sorties. Un bâillement dans un claquement de dents, suivi d'un coup d’œil à la montre dont les poumons indiquent que le temps affleure dix heures. Et il se rappelle que ce matin, il n'a plus de scène pour jouer : elle a brûlé dans les flammes quelques jours plus tôt. "Vous avez l'oreille mélomane ?" Pardon ? "Vous aimez la musique ? Je peux vous jouer quelque chose, si le cœur vous en dit. Avec ou sans partition, je ne suis pas pianiste à mes dépends."
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Message(#) Sujet: Re: La musique adoucit les moeurs... Jeu 22 Fév - 13:01

La musique adoucit les moeurs...


Alors qu'elle s'était, de nouveau, perdue dans ses songes (elle s'y perdait souvent, la petite blonde, c'était aussi comme ça qu'elle était capable d'exercer son art du dessin, son esprit ne prenait jamais de pause), le dénommé Solel reprit la parole, la sortant de sa torpeur. Elle ne sursauta pas cette fois; c'était un peu comme si elle sortait de son lit, ouvrant doucement les yeux pour laisser ses pupilles s'adapter à la lumière du jour. Le sucre calmait ses angoisses, la chaleur au creux de ses mains détendait le reste de son corps et elle regarda à nouveau son interlocuteur. Elle ne souriait pas, mais son visage n'était pas tendu, il laissait simplement transparaître celle qu'elle était en réalité: une enfant qu'on a tendance à vouloir protéger, une femme qu'on câline comme une petite fille pour ne plus qu'elle aie peur du noir. Elle l'écouta parler, elle-même silencieuse, tandis qu'il lui expliquait l'inattendu de l'incendie. La louve était attentive, elle aussi, elle avait envie d'en savoir plus et Sara ne posait pas de question. Elle se contentait de ce qu'on lui disait, respectant parfois un peu trop l'intimité des autres - il arrivait fréquemment qu'ils pensent qu'elle ne s'intéressait pas à eux, alors qu'en vérité, c'était simplement qu'elle avait toujours peur de déranger. Les autres? Elle ne connaissait pas les autres. Elle ne savait pas plus ce qu'ils étaient devenus: n'étant pas de sa meute, elle ne s'en était pas préoccupée. Seule sa meute comptait. Elle était fermée au monde, hormis pour son travail, où elle était toujours très appréciée pour son calme et sa discrétion.

Les animaux ont un sens des liens puissants, qu'il disait. Effectivement. Sa louve était bien plus encline à secourir un congénère, alors qu'elle-même était très renfermée. Elle n'était pas vraiment sociable, elle préférait fuir l'inconnu pour conserver sa tranquillité. C'était toujours compliqué de nouer de nouvelles relations intimes - en même temps, elle ne les recherchait pas. Finalement, l'animal et l'humaine étaient en symbiose parce qu'elles se complétaient. Ce que Sara n'était pas, la louve l'était - et vice-versa. Elle pouvait sentir le félin du pianiste s'impatienter. Elle avait envie de sortir et la blonde comprenait, parce que sa propre compagne s'était relevée, s'étirant de tout son long, réclamant le mouvement. Elle n'aimait pas rester immobile trop longtemps et voilà des heures qu'elles étaient assise au même endroit. L'air du dehors lui faisait envie, le calme de la nuit l'appelait, elle commençait à tourner en rond, envieuse de jeux avec les siens et d'herbe fraîche sous les pattes. La petite blonde souleva sa tasse et y plongea la lèvre supérieure pour se délecter du breuvage qu'elle aimait tant. Le chocolat chaud était sa madeleine de Proust. Si Solel retenait ce détail, cela lui serait utile pour l'apprivoiser. Car, si elle était calme désormais, elle restait en retrait, ne dévoilant rien d'autre d'elle que ce que son corps trahissait. Quand elle reposa sa tasse, à présent quasiment vide, le pianiste lui indiqua qu'il le lui offrait. " J'apprécie. Merci. " dit-elle avec un léger sourire, qui disparut aussi vite qu'il était apparut. L'animal grogna légèrement, réclamant l'attention. De l'intérieur, elle lui envoya un sentiment de caresse, partageant sa tendresse l'espace de quelques secondes, pour l'apaiser. On aurait pu deviner la canis courber le dos sous l'effet des frissons, frotter sa tête contre son humaine, comme un chien réclame le contact physique à sa maîtresse.

Solel parla à nouveau. L'oreille mélomane? Sur le coup, elle ne saisit pas. Mais bien vite, il lui proposa de lui jouer quelque chose. Peu lui importait quoi. Il voulait faire parler le piano sous ses doigts et la jeune femme hésita un instant. Pour elle, la musique était synonyme de familiarité, d'union qui se créait. Elle n'avait jamais partagé ça avec quelqu'un d'autre que sa mère, ou qu'avec Veronika, qu'elle connaissait bien maintenant. Aussi, elle regarda un instant dans la direction de l'instrument, qui semblait les attendre. Luttant encore quelques instants contre sa propre méfiance, elle termina son breuvage, sans répondre. Puis elle reposa l'objet, doucement, comme si elle prenait garde à ne pas faire de bruit inutile. " Oui... oui, pourquoi pas. " Tournant ses yeux vers le faiseur de musique, on pouvait voir ceux-ci briller, contrastant avec tout ce qu'elle essayait de montrer. C'était aussi pour ça qu'elle regardait peu les gens: on lisait en elle comme dans un livre ouvert et elle avait toujours détesté ça. Satisfaite de pouvoir enfin changer de place, sa louve l'entraîna en avant et elle se releva, rabaissant ses manches, prenant soin de tirer sur son pull pour le remettre en place le plus bas possible - rester cachée, autant que faire se peut. Elle récupéra son propre sac, songeant un instant qu'il ne faudrait pas oublier de répondre par la positive à la proposition de randonnée à cheval.  Par réflexe de bonne éducation - ou de soumission totalement intégrée? - elle rapporta la tasse au serveur avant toute chose, puis se tourna vers Solel, qu'elle suivit jusqu'au piano. " Je ne crois pas avoir de compositeur préféré... " Elle ne savait pas que lui dire - devait-elle lui dire quelque chose? Prenant place derrière le piano droit, elle croisa ses mains, qu'elle posa dessus et, juste avant d'y appuyer son menton, elle lui fit un sourire en coin. " Surprenez-moi. "
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