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 Dans la lumière de l'aube

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Message(#) Sujet: Dans la lumière de l'aube Jeu 14 Déc - 20:51

Il est sept heures et trente minutes lorsque Lou décide qu’il est temps de quitter son appartement pour pouvoir bénéficier du doux spectacle qu’allait lui procurer la lumière du jour. Elle ne prit pas la peine  de démarrer sa voiture, gratter les vitres gelées lui feraient perdre un temps considérable. Non, Lou adorait le froid alors elle préféra prendre son vélo pour monter plus haut que la ville pour retrouver cet écrin de verdure dans laquelle s’était perdu un doux ruisseau d’argent serpentant entre deux buissons avant de s’enfoncer plus loin dans les terres.  Lou aimait particulièrement cet endroit, depuis toute petite une aura de magie enveloppe cette clairière de sorte que la jeune femme se sent capable de tout faire là-bas. Elle a déjà pris un malin plaisir à s’imaginer telle une princesse dansant telle la belle au bois dormant tout en chantant cette douce chanson qui a bercé son enfance. Oui, Lou affectionne particulièrement cette petite clairière dont le petit flux continuel du ruisseau lui donne ce ton apaisant et rassurant qu’elle adore. Alors ce matin elle a décidé de retrouver son endroit favori avant de commencer une petite journée de travail dans son studio. Ne souhaitant pas rester enfermée toute la journée, c’est dans ce genre de moment que Lou adore s’y rendre. Se ressourcer pour y retrouver ses valeurs, effacer ses doutes et pouvoir enchainer la journée sur une note agréable. Le chemin pour s’y rendre n’était pas si long, Lou adore passer en vélo à travers les chemins de campagne, sa renarde savourant particulièrement ce genre de moment également. Loin des problèmes qu’engendraient la ville, loin de ceux qui avaient voulu l’agresser l’autre jour. Lou ressentit comme une pointe d’inquiétude en y repensant, et s’il lui arrivait la même chose dans cette clairière ? Lou venait à se demander si elle ne devait pas demander à quelqu’un de l’accompagner … Mais sa renarde était confiante et sereine et lui souffla la force de continuer à pédaler pour que le vélo la hisse sur le sentier forestier et la conduise ensuite dans son petit coin de paradis.

La douce lumière du matin commençait à filtrer entres les branches des arbres environnant. Mais l’heure de la photo n’était pas encore là. Lou pu prendre le temps qu’il lui fallait pour prendre le temps de déballer le panier de pique-nique qu’elle s’était préparé. Une couverture pour la posée dans l’herbe tendre et humide et un thermo de café bien chaud pour lutter contre le froid. Elle laissa son vélo appuyer contre un arbre pour prendre place sur sa couverture, s’enroulant dans un plaid chaud et tout doux pour pouvoir attendre que la lumière lui convienne. Lou se délectait de ce moment, les deux mains entourant le thermo de café elle continua encore de regarder autour d’elle avec béatitude. Peu importe la saison, peu importe les années, cet endroit garde cette saveur de féérie qu’elle seule arrive à percevoir. Ne se trouvant sur aucun territoire, alors elle se rassure en se disant qu’elle n’aura pas d’ennui avec les deux meutes qui encerclent la ville. Elle n’aurait donc pas d’ennuis comme la nuit où elle a rencontré Rafe, elle n’avait pas peur non plus aujourd’hui car elle se trouvait dans un endroit préféré. Pas de danger, pas de problème alors tout ira bien maintenant. Sa renarde apaisée lui souffla de son bien-être pour la détendre et c’est ce qui arriva. Lou prit une gorgée du café qu’elle avait pris avec elle, se délectant de la chaleur qu’il laissait dans ses mains. Elle était bien, elle était à la maison.

Elle n’attendit pas aussi longtemps pour retrouver le contact familier de son vieil appareil argentique. L’objet était soigneusement emballé dans plusieurs tissus que Lou défit avec délicatesse pour ne pas abimer l’ancien appareil photo qu’elle chérissait de tout son cœur. La lumière commençait à s’infiltrer de telle manière que le petit ruisseau s’imbibait d’une lumière blanche légèrement  bleutée qui lui rappelait particulièrement l’hiver. Voilà son but du jour, voilà ce qu’elle voulait développer. Elle se releva de sa couverture, le plaid toujours bien enroulé autour de ses épaules. Appareil posé près de l’œil elle s’avança au bord de l’eau, se mettant presque à plat ventre pour obtenir son premier cliché de la matinée. Si quelqu’un l’observait, il est sûr qu’il la prendrait pour une folle à la voir allongée dans l’herbe froide près d’un ruisseau quelconque. Mais elle était satisfaite de sa première image, Lou pourrait voir le résultat lorsqu’elle développerait la pellicule dans sa chambre noire ce soir. Elle se releva doucement, tenant d’une main l’appareil et essaya d’ajuster le plaid sur ses épaules, sa veste légèrement humide de la rosée fraiche sur son ventre et sa poitrine lui donna quelques frissons mais rien de bien grave. Elle chercha du regard quel endroit conviendrait le mieux, elle voulait les branches dépourvues de feuilles retombant non loin de l’eau, elle voulait ce côté dramatique que seule offre la lumière froide du matin. Mais Lou ne s’avouait jamais vaincue, elle cherche dix bonnes minutes, trouvant enfin l’endroit qu’il lui fallait, sachant pertinemment que cette photo serait certainement le plus réussie de toute. Accroupie, plus loin de l’eau cette fois,  elle observa les lieux à travers son vieil argentique. Elle l’avait trouvé, elle attendit que l’ombre d’un nuage ait fini de passer pour pouvoir appuyer sur le déclencheur et …

Lou poussa un juron entre ses dents. Elle n’était pas seule et elle venait de le découvrir, elle venait de gâcher une partie de sa pellicule car cette personne doit se trouver sur le cliché. Elle allait le vérifier dans la soirée. La déception de Lou devait être perceptible mais c’est la renarde qui l’a mis en garde. N’avaient-elles pas appris toutes deux qu’il n’est jamais bon de rencontrer un inconnu. Elle en avait fait les frais, elle en avait été sauvée. Mais cette fois il n’y avait pas de sauveur mais aussi Lou n’avait pas été élevée pour être désagréable. Alors c’est avec tout le naturel du monde que la jeune femme sourit à l’inconnu. « Je suis navrée mais … Je pense que je vais devoir vous facturer ce cliché. » Plaisante-t-elle, son regard passant de l’argentique à sa main à l’inconnu plus loin. « Je plaisante mis vous allez tout de même apparaitre sur une de mes photos, c’est une véritable chance ! » Continua-t-elle, cet éternel sourire aux lèvres alors qu’elle se pince ensuite les lèvres pour retourner vers son vélo, son panier en osier et sa couverture.
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Message(#) Sujet: Re: Dans la lumière de l'aube Jeu 14 Déc - 22:24

Mère Nature a conçu ses paysages pour pouvoir plaire à une partie de sa création humaine. Elle a pensé à doter la moitié de sa population d'une pensée collective qui a permis la survie de tous et des plus faibles... mais elle a aussi pris le soin de garder le contrôler sur ses vestiges naturels les plus précieux.
Peut-être pour réserver ses derniers reliefs sauvages aux plus solitaires d'entre nous.

Il était de ceux qu'on appelle les nocturnes, la nuit et les vivants. Sa panthère devait bien être le reflet de quelque chose, et en effet : elle était la parure d'ébène que Solel revêtait lorsque l'astre brûlant courait rejoindre les falaises. Un fauve qui se meut dans la pénombre, ses plus terribles idées fleurissant à l'orée de ses deux soleils jaunes. Le plus étrange est sans doute de constater que ni l'un ni l'autre ne semble plaire au partenaire, pourtant, animal comme humain se complait dans cette auto-centrisme qui trône au milieu de leur univers. Solel jouerait pour tous ; sa panthère rugirait pour eux.

Trop similaires. C'est peut-être la raison pour laquelle ils se méprisent autant. Quel sentiment cela fait-il de comprendre qui l'on est réellement ? La question trottait avec mesquinerie alors que ses pas écartait les sentiers touffus qui s'étendaient à perte de vue jusqu'aux creux des collines. L'air matinal apporte avec lui un vent frais et humide, soleil timide qui contemple au loin le paysage encore endormis. Que fait le musicien aussi loin de chez lui à une heure aussi précoce ?
La réponse est le nom d'un félin.

Sous son passage, toute épaisseur de neige meurt, et le cristallin du tapis blanc aveugle. Les degrés chutent à une vitesse prodigieuse. Elle est tout de même ravie d'avoir pu se défouler pendant une heure et s'ébroue de contentement. La satisfaction sur ses traits apaisés est inhabituelle. Peut-être a-t-elle tué en chemin. Solel peut sentir le gout de la rouille sanguine gratter son palet, même si ce n'est pas lui qui a ôté la vie. C'est le genre de défaut que peuvent partager les métamorphes, celui de ressentir pour deux le poids de ce qui est déjà trop lourd pour un seul.
La chaleur de son souffle crée des volutes de vapeur dans l'air et l'eau figée aux branches lui rappelle que tout temps cesse d'exister si le mouvement s'arrête. Une manière comme une autre de dire qu'on est éphémère.

Lentement les couleurs réchauffées gagnent les plaines des Cairngorms, réveillant avec elle une volée d'oiseau qui disparait dans le lointain. Le genre de vision enchanteresse qu'on n'a qu'une fois, à un seul moment donné, à un seul endroit, et seulement seul. L'errance l'amène à longer la crête d'un ruisseau à la surface miroir, proche de l'invisible. Le bruit incessant des clapotis le rend imperméable à tout. À sa panthère et aux cieux qui chantent l'aurore. Il s'oublie et le monde avec, laissant son visage porter l'expression neutre qui résulte de l'absence de problèmes.

C'est un bruit d'appareil photo qui fait s'écrouler son univers. Mouvement de la tête sur sa droite ; une ombre aplatie sur le sol se relève et s'approche, un aimable sourire sur la figure. Une femme à la chevelure blé or. Elle semble humaine dépourvue d’aspérités mais sous sa peau, Solel entend les battements de cœur d'un autre habitant. Il peut sentir son fauve se tendre avec dédain, respirant le parfum du canin.

Elle lui dit à demi-mots qu'il vient de faire échouer un cliché.
Solel eut un haussement d'épaules dans sa tête mais, physiquement, n'en montra qu'un faible sourire intimant la désolation pour le sort des photos. Le genre de chose qui tend un peu à laisser de marbre (sérieusement ce parc est énorme, comment a-t-elle pu le prendre lui ?) Puis il la voit qui commence déjà à remballer, prête à partir sans demander son reste. Cette affreuse odeur de chien ! Qu'elle fiche le camp. Le pianiste ne l'aurait pas empêchée de s'exécuter, les poings plantés dans les poches de son manteau noir. Oh il n'aurait rien fait, jusqu'à ce que son regard curieux accroche le petit boitier entre les mains de son interlocutrice prête à s'envoler.

La machine l'interpelle, et achève de le sortir de son mutisme.

"C'est un argentique ?" Levé des sourcils. Il comprend mieux la tristesse d'avoir raté une prise. "Je suis navré. Combien vous en reste-t-il ? Des polaroids."
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Message(#) Sujet: Re: Dans la lumière de l'aube Ven 15 Déc - 15:36

Lou ne s’attendait pas à rencontrer quelqu’un à cette heure-ci et encore moins dans son petit coin de paradis qu’elle croyait personnel. Lou n’était pas confiante quant à l’homme qui se trouvait être présent avec elle dans la clairière. À vrai dire, elle ne savait plus vraiment quoi penser. Devait-elle encore croire que la bonté existe après ce qu’il s’est passé ? Lou émettait une certaine réticence voir même une crainte par rapport à l’étranger. Pas une très grande peur mais cela lui suffisait pour tenter de fuir. Sa renarde lui accordait le même sentiment et toutes deux étaient prêtes à partir. L’inconnu ne semblait ni bon ni mauvais en soit, son odeur indiquait pourtant une odeur de félin, de prédateur dont elle se sentait menacée. Lou allait soigneusement plier la couverture qu’elle avait étendue sur le sol lorsqu’il s’intéressa à l’argentique. Elle se pinça les lèvres, son caractère reprenant le dessus sur les évènements d’il y a peu. Malgré la crainte ressentie, la jeune femme prit deux secondes pour réfléchir à la situation. La forêt lui offrait de nombreux terriers, de nombreux couloirs pour lui échapper. Le béton cédait place à la terre et dans son élément elle décida qu’elle pouvait tenter d’accorder la chance à cette personne mystérieuse. Mais la renarde la poussa à agir, Lou fit le premier pli de la couverture par terre mais l’inconnu enchérit avec les polaroïds. Elle sourit, il ne lui en fallait pas plus pour comprendre que cette fois le danger n’était pas présent. Lou prit tout de même garde tout en se retournant vers lui, défaut de la renarde imagine-t-elle. Elle tenait fermement l’argentique entre ces mains, faisant un petit pas en avant pour se trouver un peu plus proche de l’inconnu. « Oui, oui c’est bien un argentique, vous voulez le voir ? » Demanda la jeune renarde sans que son sourire s’efface. Lou commençait à croire de nouveau en la bonté, en la curiosité de chacun, celle avec lesquelles tout le monde vient à la naissance.

« Et il doit me rester quelques prises, peut-être 5 je dirais mais j’en ai d’autres au studio. » Continua-t-elle mais elle devait avouer que le problème n’était pas lié à la pellicule mais à l’endroit, au bon moment, à cette lumière dans laquelle il venait d’apparaitre et dans cette douceur que baignait l’atmosphère. Tout ce qu’elle était et tout ce qu’elle souhaite montrer : le doux. « Mais le problème ne vient pas des polaroïds mais de ceci … » Libérant sa main droite la jeune femme engloba l’endroit tout en regardant partout autour d’elle. Non, elle n’obtiendrait pas d’autres journées comme celle qui venait de se dérouler, jamais la lumière ne repassera de la même manière entre les deux branches qu’elle affectionnait, l’oiseau ne viendrait plus se poser au bord de l’eau pour se rafraichir de la même manière et Lou ne voulait pas que les choses se reproduisent deux fois de la même façon. La liberté de tous est de pouvoir faire ce qu’il veut et personne ne fait jamais les choses deux fois de la même manière. « Je voulais montrer cet endroit de la manière dont je le perçois, cela fait quelques matins que je passe à attendre ici pour obtenir le résultat que je voulais. » La jeune femme regarda sa couverture à moitié pliée sur le sol, le thermo posé non loin de son panier tressé. Pour sûr, cet homme allait la prendre pour une dingue de venir attendre de cette manière dans ce froid. De plus, plusieurs fois !

« Vous voulez essayer ? » Proposa-t-elle alors aussi soudainement que peut tomber la neige un soir d’hiver. Gênée de son attitude, Lou fixa un instant le ruisseau tout en replaçant une de ses longues mèches blonde derrière son oreille. Après tout, elle ne le connaissait pas. Que pouvait-il bien en faire qu’elle lui propose de manier son précieux appareil ? Il n’en avait peut-être pas les connaissances ou tout simplement s’intéressait-il car il est en recherche pour un cadeau de fin d’année ? Mais Lou ne se posait pas ce genre de question, elle vivait dans l’instant présent et tout ce qu’elle voyait face à elle n’était qu’un homme entant un peu trop le félin qui venait de lui demander si c’était bien un argentique. Alors elle a tout simplement plongé la tête la première comme elle le fait toujours pour répondre de la manière la plus correcte mais aussi pour se montrer des plus agréables avec lui. « Et si vous voulez … » Elle reprit sa dernière capture, celle où il apparait. Oui, l’image était vraiment parfaite. La lumière se posait aussi délicatement sur l’eau qu’un nuage semble doux. Le monde semblait s’être arrêté sur ce coin de nature et pourtant au fond de l’image on pouvait l’apercevoir, lui, l’inconnu, sauvage dans cette nature paisible, aussi imprévisible que les bourrasques du vent. Mais Lou, dans son éternelle innocence, ne voyait que la beauté et la pureté que dégageait cette photo et s’il n’avait pas été dessus elle aurait remué ciel et terre pour pouvoir être mise en évidence dans une galerie. « Elle est à vous. » Dit-elle en lui tendant la photographie qu’elle souhaitait si parfaite.
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Message(#) Sujet: Re: Dans la lumière de l'aube Jeu 21 Déc - 19:06

Solel n'avait pas pour habitude de porter d'intérêt aux objets, n'étant de toute manière que peu matérialiste et conservateur. Il préférait l'éphémère, la beauté d'un instant qui se fane et la vie qui œuvre après le passage de sa jumelle macabre. Un portrait qui se fige, marque pour l'éternité une surface de son souvenir, était cependant quelque chose d'une rare beauté.

"Vous voulez le voir ?" La femme en parlait comme si c'était un enfant ou un animal, qu'importe ; que ça valait la peine d'être montré. Solel ne se départait pas de son sourire mutin dont les mots décorateurs auraient été inutiles. Il y avait comme une frontière d'innocence qui le séparait de cette métamorphe naïve. Avec plaisir, répondait-il humblement alors que sa panthère déployait sa mâchoire en un bâillement muet, suivi d'un claquement des crocs.

Elle lui expliquait alors qu'il lui restait cinq tentatives dans sa besace. Le pianiste ne connaissait que peu de choses dans le domaine de la photographie, contenté de son statut de simple spectateur, mais il n'ignorait pas le cout des pellicules pour ce genre d'appareil. Les parfums de l'ancien temps ont un prix, semble-t-il.

"Vous avez un studio ? Puis-je déduire par-là qu'il ne s'agit pas simplement d'un passe-temps ?"

Des amateurs qui se perdent entre les collines qui dorment sont nombreux ; le lac attire son lot de touristes et l'herbe fraiche de Inverness tend à rameuter les esprits candides au cœur de ses méandres. Mais toute cette brume attractive dissimule bien d'autres choses. Cette femme n'avait pas l'air de s'en rendre compte, et le détail n'avait pas échappé au créateur de son. Elle s'écarte d'un pas pour lui montrer le paysage qui s'étend comme une fresque sous leurs yeux : magnificence d'un paysage qui ne cesse de s'accroitre sous le levé du jour, percé par les milles rayons du soleil blanc.

"Un paysage, que sa terre soit meuble, détruite ou laide, ne sera jamais ridicule. On ne peut pas l'affubler des défauts de l'être humain : c'est peut-être là toute la pureté de la chose. Avant mon arrivée, avez-vous pris d'autres photos ? J'aimerais bien les voir, si c'est possible."

Ses yeux noir animal fixaient le lointain comme si un point invisible manipulait sa vision. Un vent frais souffle sur le dos des collines et vient mordre les nuques laissées à découvertes. C'est alors que son homologue féminin se tourne vers lui, l'objectif dévoilant un œil noir. L'appareil semblait prêt à passer d'une main à l'autre, sans penser qu'il pourrait tomber entre des griffes mal intentionnés.

"Il ne vous en reste plus que cinq, vous ne voulez pas les garder précieusement ? Je ne pense pas avoir le regard aussi habile que l'ouïe..."

Un piano avait moins de chances de se briser sous une mauvaise manœuvre, et savoir que la jeune femme acceptait de céder son bien aussi facilement et sans demande aucune, appuyait l'idée qu'elle ignorait parfaitement à qui elle pouvait bien avoir affaire. Même Solel douterait être capable de mener en bateau une insouciance telle sans ressentir un soupçon de pitié pour celle qui ne sait pas. (...) Transmission de l'objet, et c'est alors qu'un cliché remplit son champ de vision : elle veut lui donner la prise où il est apparu, carré contenant les débuts d'une illustration éternelle.

La main gantée du pianiste s'échoue malgré tout dans l'air :

"Je devrai la payer ?" Parcelle de sourire, ce n'est qu'une plaisanterie. "... Mais je suis prêt à mettre le prix, elle est vraiment jolie. Je suis navré de l'avoir gâchée."

Ses doigts récupèrent le polaroid. Il peut se voir dans le coin en haut à droite, l'air de rien, la faible silhouette obstruant une partie du paysage. Même sans le savoir, tu as du culot. La panthère n'avait pas tort. Sa poche de manteau avale la photo et l'objectif se lève au niveau de sa ligne d'horizon : la vue particulière de l'argentique modifie du tout au tout la vision qu'il avait jusqu'alors du parc. Les petites brûlures noires qui dévorent le contour du cadre et le grésillement discret et soigné qui nappe l'écran d'un semblant d'ancien ont quelque chose d'authentique. Le musicien tourne autour de lui-même, la lanière de l'appareil sur son cou et l'appareil coincé entre ses doigts méticuleux, pianiste qui ne peut s'ôter ses réflexes. Le paysage tourne avec lui comme la bande d'un long panorama flamboyant. Quelques fois, la jeune femme revient dans l'objectif, et c'est sur elle qu'il se fige.

"Au fait, je ne crois pas m'être présenté. Je m'appelle Solel."

Guettant la réaction de son interlocutrice, son index se stabilise au-dessus du déclencheur.
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Message(#) Sujet: Re: Dans la lumière de l'aube Sam 30 Déc - 11:36

La beauté d’un paysage oublié capturé lors de sa transformation vers l’hiver, les rayons du jour se laissant apercevoir à travers quelques nuages gris. Voilà ce que Lou souhaite par-dessus tout partager avec le restant du monde en prenant des photos unique. Alors rien n’était plus normal pour elle que de vouloir partager, dans son monde ce n’est qu’une chose normale et coutumière. Et c’est avec un merveilleux sourire qu’elle vit l’inconnu prendre l’objet entre ses mains sous son regard qui n’est que très peu inquiet. Ce n’est pourtant pas le cas de la renarde, agitée et inquiète, elle ne lui laissait pas le temps et le plaisir de savourer cet instant de partage de sa passion avec un autre. Mais Lou ne l’écoutait pas, tentant de nouveau de se fier à son instinct de base, sa confiance habituelle en la bonté de tous et de ce que cela peut procurer en ce monde qui est soudainement si cruel à ses yeux. Lou lui expliqua les dernières tentatives qui lui restaient pour pouvoir continuer sa matinée, elle lui dit aussi qu’elle possédait un studio et l’inconnu s’y intéressa alors. C’est avec un grand sourire que Lou pu voir la compréhension sur le visage de l’homme, de voir qu’il ne s’agissait pas que d’un simple passe-temps, oh non, c’est si loin. « Oui ! Il est en ville, dans le centre. On ne peut pas vraiment le rater il est assez bien décoré pour le moment. Et effectivement c’est loin de n’être qu’un simple passe-temps. C’est un peu ma manière à moi de rendre le monde meilleur. » Continue-t-elle alors tout en regardant l’appareil entre les mains de l’inconnu. Celui-ci parcourait l’endroit à travers l’œil de l’argentique, Lou l’écoutait attentivement alors qu’elle comprenait le moindre mot de ce qu’il pouvait bien dire. Elle se sentit soudainement comprise par quelqu’un d’autre qu’elle et son sourire ne s’en fit que plus franc encore. « Il est si rare de rencontrer quelqu’un qui a le même courant de pensée, oui bien sûr que j’en ai d’autre ! » Dit la jeune femme tout en retournant vers son sac pour en reprendre les autres clichés. Certains laissant apercevoir la pureté de l’endroit à travers des rayons entre les branches et d’autres une certaine désolation laissée par le monde.

C’est une certaine fierté qui émanait d’elle, heureuse de partagé ce qu’elle sait faire et surtout ce qu’elle adore faire. Mais l’inconnu semblait retissant face à l’offre de la photographe. Mais il finit tout de même par accepter la chance qu’elle lui offre de pouvoir tester quelque chose qui lui semble unique à chaque fois qu’elle capture une image pour l’éternité. « Je suis certaine que vous serez parfaitement capable de faire quelque chose de magnifique. Si vous êtes artiste alors vous devez percevoir quelque chose que les autres ne voient pas autour de nous. » Lou termina ses paroles par un petit sourire discret, espérant ne pas paraitre trop intrusive dans la vie de cet homme.
Il accepta aussi la photo qu’elle lui tendait, la sienne finalement. Lou se surprit même à rire de sa plaisanterie. « Vous ne l’avez gâchée en rien, c’est le hasard qui fait que certaines choses apparaissent au dernier moment, et je dois dire que c’est plutôt en bien cette fois-ci. » Reprit-elle directement, il est vrai que l’image n’est pas des plus belles à ses yeux mais elle est heureuse qu’elle lui plaise tout de même.  Il se mit alors à observer de nouveau le paysage à travers l’objectif, il se présenta alors tout en la regardant à travers son outil de travail. Lou se sentit mal à l’aise de se retrouver de l’autre côté du petit appareil, elle n’avait pas pour habitude d’être sujet de photographie, préférant retrouver les bonnes attitudes chez les autres et non chez elle. Mais malgré la gêne occasionnée, elle fut agréablement surprise d’entendre le prénom de l’inconnu. Chantant et doux, elle l’aimait beaucoup. « C’est vraiment très beau, je ne pense pas avoir un aussi joli prénom que le vôtre. Je m’appelle Lou. » Dit-elle avec un brin d’amusement dans la voix. Beaucoup s’imagine qu’il ne s’agit qu’un diminutif alors qu’il s’agit de son véritable prénom, pas de Louise ni d’autre encore, juste Lou, simple et doux à l’oreille. « Vous habitez en ville ? » Se laissa-t-elle alors piquée par la curiosité de savoir où pouvait bien vivre Solel et si elle avait un jour la chance de pouvoir le revoir un jour ou l’autre.
Le soleil perçait plus haut dans le ciel, éclairant le bois d’une nouvelle lumière qui ne trouvait plus l’intérêt dans le regard de la photographe mais ne l’empêchait pas de voir la beauté qui découlait du petit ruisseau qu’elle affectionne tellement. « Voulez-vous faire un peu de chemin avec moi pour le retour ? » Propose-t-elle alors tout en se rendant bien compte que le temps passait et que son travail allait devoir l’attendre lorsqu’elle sera rentrée.
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Message(#) Sujet: Re: Dans la lumière de l'aube Lun 8 Jan - 2:50

Rendre le monde meilleur. Solel eut un bref haussement des sourcils à l'entente d'une parole aussi naïve. On ne rend pas un monde meilleur en le figeant : c'est en le changeant qu'il grandit. Oh oui, il acceptait la photographie comme le fait d'un art à part entière... Mais comme le peintre qui s'acharne sur sa toile ou le sculpteur qui taille dans le marbre toute sa vie durant ; aucun réel changement ne s'opère sinon l'intime persuasion que quelque chose de bien s'est produit.

Or il s'agit d'une méprise.
Pour Solel, il ne s'agit ni plus ni moins que d'une manière de flatter son égo.

Sitôt il serait rentré chez lui, qu'allait devenir le polaroid que Lou lui avait donné ? Il finirait jeté avec le reste, ou bien dans le meilleur des cas, perdu dans un nid de poussière à demeurer dans l'oubli le plus total. Peu de gens le savent, mais la Mort n'est pas le fait de fermer les yeux : elle est l'acte d'oublier. Et Solel oubliera.

"Bien sûr. Rares sont ceux qui portent une réelle attention à la beauté fugace des choses. C'est un art que j'apprécie."

Entre sa chair, la panthère guettait, l'air éteint et pris de pitié pour la métamorphe qui ne voyait rien sinon les sourires plastique de son hôte. Un flash de surprise illumina le noir des iris féminins ; le carré de l'immortalité émergerait de l'appareil et, comme tous les autres avant lui, finirait par rejoindre la mosaïque de l'inerte. Solel était un homme qui vivait dans son propre présent et portait peu d'intérêt pour les choses du passé.
L'orbe ébène de ses yeux se teint d'une couleur insouciante, prêt à imiter les expressions bienveillantes et légères. On aurait du mal à saisir la complexité du pianiste, tant tout est dissimulé derrière des faux semblants.

"Ah, ça y est ! Eh bien, c'est loin d'être parfait... Que cela fait-il, de se faire photographier ? Attendez." Ses doigts gantés tirent le cliché. "Tenez. Vous êtes resplendissante."

Lou admettait un début de sourire, postée devant la quiétude d'un paysage hivernal. Des inconnus auraient pu croire à la photo souvenir d'une promenade dans le parc tout ce qu'il y a de plus sincère. Les moindres mots, les moindres changements physiques de la photographe traversaient Solel comme le fleuve passe à travers les mailles du filet. Avec une fluidité implacable, sans se faire arrêter jamais, mais capturant au creux de ses eaux le moindre résidu un peu important, un peu précieux. Une course tranquille vers les abysses qui ne peut inquiéter celui qui plonge, tant la clarté liquide aveugle les yeux.
Elle parlait beaucoup, avouait beaucoup, mais bien peu de choses retenaient l'attention du solitaire. En commentant l'inhabituel du prénom Solel, elle lui indique une fois de plus son intérêt pour les détails sans grande importance. Lou ? Lou, était-ce le raccourci de quelque chose d'autre ? Et Lou, était-ce le patronyme d'une femme candide dénuée de capacité à lire à travers les mots ? Lou était à ses yeux, et pour le moment, le reflet de ce qu'elle aimait faire. Des images fixes et gardées, piégées par l'illusion de la beauté. Un poisson parmi les requins, la rose nue prise en joue par les épines.

Une humaine qu'on craquerait d'une poignée de main.

"En ville, c'est ça. Enfin... Plutôt aux alentours. On n'aime pas beaucoup la foule." Sourire, sourire. "Ce serait avec joie, et ça me changera de d'habitude."

Marcheur qui emboite lentement le pas, l'appareil encore pendant autour du cou, il fit mine de regarder à travers l'objectif, comme cherchant à capter la moindre source de vie environnante et vibrante. Le silence les entourait d'une couronne où eux seuls semblaient exister, où on entendait que le bruit des pas foulant la terre, les minéraux roulant sous les semelles et la fine bruine matinale courant le long du végétal. Son fauve noir se montrait d'une sagacité détonante, preuve que plus rien ne le mettait en état de méfiance, déchargé de la potentielle menace venant d'un autre métamorphe.

"Elle est bien calme, votre moitié. Un renard ? Vous êtes la deuxième que je rencontre cette semaine. Oh, excusez-moi ; vous voudriez peut-être le reprendre ?"

L'appareil photo eut l'oeil levé vers Lou, signe de passation de pouvoir. L'envie d'évoquer le Refuge connecta aussitôt les pensées du créateur de son, mais il s'avisa, préférant sauvegarder le sujet pour plus tard. Une jeune femme rousse porteuse de renard avait effectivement fait sa rencontre quelques jours plus tôt, alors qu'il devait se produire sur scène pour égayer la soirée des réfugiés de la ville. C'est une coïncidence étrange que de retrouver une métamorphe à la même créature et originaire d'un comportement simplet commun.

"J'aimerais bien visiter votre studio. Un jour, peut-être."
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Message(#) Sujet: Re: Dans la lumière de l'aube Jeu 11 Jan - 18:08

Il la prit alors en photo, le flash surprit un peu la jeune femme, ce qui la fit sourire sur le moment. Empêchant peut-être Solel de voir à quel point le malaise est présent lorsqu’elle se retrouve de l’autre côté de son appareil photo. Elle est photographe et non un modèle. Lou rit alors qu’il expliquait que c’était loin d’être parfait et lui demandait alors ce que cela faisait que d’être de l’autre côté, la grimace ne fut pas retenue et Lou ne put cacher une nouvelle fois ses sentiments. « Pour tout dire, je ne suis pas vraiment fan d’être de ce côté, je préfère largement prendre en photo que d’être photographiée ! » Rit-elle un court instant tout en saisissant le petit carré plastifiée tout en rougissant sous le compliment de Solel, ça aussi elle n’avait que trop peu réussi à le masquer, elle ne peut cacher ce qu’elle peut bien ressentir aux autres. Un coup son visage la trahit ou alors des évènements extérieurs le font à sa place, de par sa maladresse à certains moments également. « Et vous vous débrouillez bien ! » Ne put-elle s’empêcher de le complimenter à son tour sur la qualité de la photographie qu’il venait de prendre à l’instant. La photo était d’une véritable simplicité mais Lou en avait si peu d’elle qu’elle la trouvait assez sympathique finalement, elle se dit que le rendu ne pouvait pas être différent vu qu’elle se trouve d’un côté différent et qu’elle ne peut pas diffuser cette même énergie qu’elle cherche sans cesse à capturer encore et encore. Elle vient ensuite lui demander où il habitait et de lui demander après s’il souhaitait faire un bout de chemin avec elle. Si elle fut surprise d’apprendre qu’il n’avait pas forcément d’endroit fixe pour vivre elle fut tout de même ravie d’apprendre qu’il allait faire une partie du chemin retour en sa compagnie. Lou prit alors le guidon de son vélo entre les mains et commença alors à la poussé sur un sentier imaginaire qui allaient pouvoir les mener à un retour vers la civilisation prochainement. « Mais vous n’avez pas d’habitation fixe ? Désolé si ma question semble indiscrète, je m’intéresse c’est tout. » Dit-elle alors pour continuer une conversation qu’elle trouvait agréable.

Mais il vient alors lui dire que la renarde était vraiment bien calme et qu’elle était la deuxième qu’il rencontrait dans la semaine. Lou eut un sourire, peut-être était-ce son amie Hazel ou encore son ami Mitch ? Elle ne lui pose pas la question, se contentant alors de lui répondre d’un : « Nous ne sommes pas nerveuse ou encore quoi que ce soit d’autre. En général, on s’accorde assez bien et il y a bien peu de conflits. » Nouveau sourire aux lèvres pour pouvoir lui répondre, elle ne saurait dire mais l’animal de cet homme la rendait tout de même un peu nerveuse, le sentant presque imprévisible. Elle récupéra son appareil en le plaçant autour de son cou, prenant garde à ce qu’il n’ait pas de coups dessus en changeant de mains et de porteur. Un peu comme l’anneau à porter au Mordor, rien ne doit lui arriver en cours de route. « Mais, si je peux me permettre, votre félin me rend quelque peu nerveuse, je la sens un peu imprévisible ou je ne sais pas vraiment comment l’expliquer, je me sens nerveuse c’est tout. » Ose-t-elle confier ses doutes sans savoir s’il allait être conciliant avec elle ou bien se moquer. Le soleil se levait plus haut encore dans le ciel, laissant apercevoir une campagne gelée qui s’offrait à eux droit devant. L’herbe était parsemée de givre laissant apercevoir les endroits où des animaux l’avaient foulée, des traces partant un peu dans tous les sens et laissant imaginer l’agitation qui peut animée les sous-bois lorsque personne ne regarde ou qu’aucune forme humaine ne vient déranger ce fragile équilibre. Solel lui demanda alors s’il pouvait venir visiter son studio un jour et Lou s’arracha à la contemplation des plaines pour porter son regard sur lui. « Bien sûr avec plaisir ! Et cette photo sera encadrée dans un coin à la vue de tous ! » Dit-elle en pointant la poche dans laquelle elle avait glissé la photo que le jeune homme venait de prendre d’elle. « Et pourquoi pas dans les prochains jours ? L’agitation va grandement retombée après les fêtes de fin d’année, les gens ne veulent pas de photos d’eux après s’être gavés pendant des jours entiers ! » Plaisante-t-elle alors en espérant pouvoir faire rire. Il est vrai que peu de personne venait juste après les fêtes et la période était généralement très calme, permettant à la jeune femme de mettre en place différents projets qui lui tiennent beaucoup à cœur. Comme le début d’une série de photos pour pouvoir les exposer dans une galerie et réussir à vivre d’autre chose encore. « Que faites-vous dans la vie ? Avez-vous un travail qui demande autant de précisions que le mien ? » Se questionne Lou à voix haute, se rendant compte de son audace, elle se mit à rougir, qu’allait-il donc pensé ?
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Message(#) Sujet: Re: Dans la lumière de l'aube Jeu 18 Jan - 10:56

Lou réitéra la question de la localisation. Persistance innocente qui ôta un sourire. Un de ceux qu'on utilise pour caresser dans le sens du poil.

"Ça n'a rien d'indiscret, j'aurais pu poser la même question." Il inspire lentement. "Avant d'entrer par le sud de la ville, vous ne continuez pas tout droit mais tournez sur la gauche : là, vous trouvez un passage un peu couvert mais vous ne vous arrêtez pas à ça. Si vous allez plus loin, vous devriez tomber sur un chemin peu utilisé qui termine sur une impasse habitée par quelques maisons. C'est dans l'une d'entre elles que je vis. Et vous savez tout."

Donc, pas directement en ville, on est d'accord. Solel donnait souvent cette impression qu'il n'avait pas de lieu réel où se rendre une fois le soleil couché, mais il n'en était rien. On parlait seulement d'un homme qui aimait garder le silence sur ses habitudes, ses fréquentations et son lieu d'habitat. Un fantôme aurait eu les mêmes réponses que lui, et curieusement, même les précisions qu'il venait de délivrer conservaient cet étrange aspect d'illusoire et d'irréel.

"Et vous ?" Progressivement son ouïe accorda plus d'attention au jeu de chaine du vélo, qu'aux paroles de Lou, qui évoquait l'omniprésence dérangeante de la panthère. "Je suis désolé. Elle fait souvent cette impression aux gens et j'ai du mal à lui demander le calme. Je vous assure que vous ne craignez rien."

Le même sourire pendait à ses lèvres alors que le pianiste levait le visage vers le paysage. Les poings dans les poches (on raconte que c'est le tic du menteur), Solel accompagnait la montée de Lou sur la crête des collines, un alizé traversant les écharpes pour venir mordre les peaux découvertes. En lui, le fauve battait des oreilles et montrait les crocs. Il était affamé. Un déglutissement humidifia la gorge de son humain. Lou était probablement encore en train de parler de photo, chose qui échappa purement et simplement à l'attention du compositeur. Une vague plaisanterie eut tiré son attention de la rêverie : vaut mieux se prêter au jeu s'il ne veut pas passer pour celui qui ignore.

"Ce serait avec plaisir, j'aimerais vraiment voir ce que vous faites. Je pense que vous aurons tout le temps pour ça, en effet. Et peut-être pourrai-je vous rendre la pareille... Puisque vous me le demandez : je joue du piano. En ce qui concerne la précision, on peut dire ça, oui. L'improviste ne sied pas à tout le monde dans ce domaine. C'est un travail minutieux."

Clairement des domaines qui n'avaient rien à voir avec l'autre, aux yeux du métamorphe. On parlait d'art quoiqu'il arrive, mais quand on connait l'avis de Solel Phoenix quant à ce propos, cela n'a plus grande importance. (...) Lorsqu'ils arrivent près d'un grand chêne, son pas s'arrête. Le félin noir a les yeux clos et se souvient du parfum d'une sportive matinale, rencontrée quelques jours plus tôt. Un rictus moqueur aurait pourfendu les babines carnassières si cela avait été possible.

"Le vent se lève." Un regard sur sa montre précise l'origine des bourrasques qui se font plus tranchantes. "Il approche midi... Déjà. Je vois que vous avez apporté des choses avec vous : votre déjeuner ?"

Solel n'avait pas grand-chose de prévu aujourd'hui, outre quelques prestations sur l'estrade plus tard dans la journée. Si Lou n'avait pas été là, il aurait meublé sa matinée en laissant la panthère prendre le relais. Il n'allait pas dans un parc aussi étendu et riche en gibier sans raison, après tout. Ironique était son évocation du déjeuner de Lou : parallèlement, un certain félin pourléchait ses babines à l'idée de son prochain repas.
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